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Léo Ferré

     
   

Merci pour ce bonheur

   

Merci pour ce bonheur

Il est minuit et demi et je vais me coucher en écoutant «avec le temps» et tant d'autres qui vont m'accompagner dans mon sommeil, toutes, toutes sont du bonheur et je ne dirais qu'une chose: merci M. Ferré, merci pour ce bonheur.

Isa

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C'est encore moi, je suis désolée de vous déranger mais je ne trouve plus «la lettre» et, oh oui ce soir j'aurais tellement aimé l'écouter mais tant pis je me la chanterai toute seule sans toi.


Isabelle,

Moi qui n’ai ici de communication qu’avec la brume, avec des gens déguisés de rien, ta lettre apporte un peu d’incroyable. Tu me fais rentrer dans ta nuit, pour être moins glacée, pour me prendre au mot? On couche toujours avec des morts… Es-tu sûre que je t’accompagne? Je ne suis qu’une illusion. C’est avec toi que tu rentres dans le sommeil, avec ton temps mesuré. Moi, je suis en surimpression. Seulement dans la matière, une filigrane.

Merci pour ce bonheur, m’écris-tu. Le bonheur… Qu’est-ce que c’est? J’économise ma réserve de définitions. J’en ai moins d'utilité en ces temps de poussière. Un hold-up permanent, l’éternité de l’instant, le chagrin qui se repose. Le bonheur c’est une mélancolie clandestine qui meurt au fond des soutes, une passante qui ne passera plus, le rêve avant la nuit. Je veux bien être ça avec mes chansons. Toi, tu piges mes mots. D’autres m'inversent. Ils dégoulinent d’eux-mêmes, ils débordent de haine.

On m’a dit, sur la toile internette, une décharge déversée, avec une sorte de mec à bruit d’évier, le compteur à 2000, l’opéra des rats. Tout ça sur mon nom! De quoi dégueuler. Pourtant, dans ma vie de chanteur, je n’ai fait que donner de l’amour. Je l’ai déjà dit lors d’une nuit radiophonique. Rien de nouveau dans la brume. Rien d’autre à faire qu’à aimer. Aimer le soleil qui ne se lève pas, un nuage qui se ramasse, une femme improvisée, une errance passagère. On me prend pour un prédicateur, je m’en fous.

Si tu as le temps et si tu le veux, tu peux te regarder dans moi. Refais ton maquillage, les soirées sont longues. On dégagera vers le dehors, on se tirera d’un monde absent, on piétinera des nuits blanches.

As-tu retrouvé La Lettre? «Quand tu parles je m’enchante / Quand je chante je te parle / Nous venons d’ailleurs tous les deux». Sois vigilante, fais surgir le bonheur, ne cours pas après, observe le calendrier des marées. Et ne rate pas la correspondance.

Sois heureuse, Métabelle.

Léo