Laureen
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Les anarchistes

   

Cher Léo,

Tant de belles chansons écrites ... En pensant aux «Anarchistes», je me demande d'où vous viennent ces belles paroles. Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire? Est-ce votre oncle qui vous a donné cette envie?


Laureen,

Comment dire... Je n'écris pas mes chansons. Je suis sur le passage d'un convoi que je détrousse avec application, une mise à sac en coupe réglée. Les mots surviennent. Comme ça. Le mot avant la pensée, le désordre avant mon désordre. Rien ne me pousse à écrire que ces intrusions violentes, cette obligation à cambrioler et à mettre de côté. C'est ce qui me bouge, ce bruit avant le silence. Je pourrais faire autre chose, un métier, un ennui, me mettre dans la présence du vide. Mais je suis aux aguets, à m'en mettre plein les poches. Je ne cherche pas à comprendre ce qui passe à cette intersection immobile, dans ma zone franche. Je suis là, seul, avec des mots et des musiques.

Léo