Selune
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

La Solitude

    Cher Leo,
Ici quelques mots de solitude et de cette folie
Que seule toi peux comprendre...

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Cauchemar

Nuit après nuit
tu m'affaiblis
Nuit après nuit
je te prie

Nous nous endormons
Alors qu'elle veille

La Solitude.

Cette nuit, elle m'a soufflé
Dans mon oreille naïve
Des mots de désastres
Des mots de désespoir
Des mots de l'Abîme


«Par vos chevilles vous imaginez
Etre libres
Par elles-mêmes vous
apportez
Votre propre défaite.
A moi elles vous lient.»

Ô Etoilé Scorpion
Ô Sournois Korrigan
Ô Farouche Fée
Ô Attachante Sirène
Ô Eternelle Vouivre
Libera me

Leo! Ici ce testament tu comprendras
Si toutefois la Lumière te guide
Jusqu'au Grand Conseil
Jusqu'aux rivages de l'Ile de Sein
Jusqu'aux neuf Druidesses
Jusqu'à la fin du Kali Yuga

Jusqu'en Terre d'Emeraude.
Betek an douar nevez

Je ne m'arrête plus
Quand je vois
Ma Folie

Selune



On ne l'a pas toujours vu.

Sauf une, qui avait tout pigé a long time ago: la folie c'est ma trace, appuyée de plus en plus dans mes derniers textes, ceux de la dernière correspondance, direction embarquée, la folie dans la tête, sous l'oeil double et glacé d'un vers évidemment oublié. Le plus souvent dans nos vies adhésives nous nous recouvrons de société, plein cadre dans le moule, dans un chaud factice. Quand on sort de cet ensevelissement, quand on se dépoussière, on passe pour un fou. C'est comme ça. Je suis un fou.

Et toi qui m'écris de ton cauchemar, tu irises ta folie. On vit avec la saloperie de cette conscience dans le social, ces barreaux implantés! L'artiste qui ne bouge pas de sa folie ne remonte dans ses traits que de la reproduction, du dupliqué, du conforme, des exemples irascibles d’anti-poésie. Dans la marge je soutiens intrinsèquement l'échafaudage de mon pedigree, je suis le fou à abattre, sommations contre balles. Ma folie vous la verrez à peine, j'y suis en tête-à-tête, camisole contre peau, au bras de ma compagne. Je crois à la raison remisée, aux convenances incarcérées, à l’artiste qui demain inventera la république du silence, je crois à un bateau ancré dans une calanque sous une promesse adolescente. Tout ce que tu écris, Selune, n'appartient qu'à tes nuits, au très profond où tu te largues. Mets des mots sur le soir couchant, maquille ton testament. Libera te. Seule. Que cette idée de silence et de folie arrive au plus tôt. C'est ça, aussi,

la folie, un terme aux idées taxées, peut-être le découragement de l' absurde, la fin de mon introduction…

Léo