Jean-Luc Poirier
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

La passion et l'amour

    La passion est la douleur suprême de l'amour, j'aurais dû t'écrire bien avant 93 mais qu'aurais-je dit? Je t'en veux de dire tant de mots d'amour dont la beauté n'a d'égal que tes larmes que je ne peux m'exprimer qu'en niaiseries à une femme. Je t'écoute et je pleure. Je t'écoute et je gronde, je t'écoute et je me tais parce que ton silence à toi me bouleverse (tes textes, tes musiques, tes sentiments, tes révoltes... ) Je t'ai découvert j'avais 14 ans (j'en ai 50) avec «je t'aimais bien tu sais» Depuis je vis «je pisse, j'éjacule, je pleure». Maintenant il paraît que tu es passé à l'Orient Éternel..... les cons! tu es là plein de larmes et de tristesse, de rire de révolte, de poésie d'amour, de fraternité de mépris, de respect de littérature. Il y a tant de gens qui t'aiment et tellement qui ne te connaissent pas.

Allez salut Monsieur à bientôt «dans dix mille ans»

Jean-luc poirier



La passion, l’amour… si on savait ce que c’est. La beauté de l’amour! Les mots flanchent, se dérobent, mentent. Ça finit toujours mal, l’amour. Dans l’odeur tragique des sous-vêtements, l’odeur de la menthe. Reste la lucidité olfactive du bas-ventre.

Autre chose dans ta lettre: «J’aurais dû t’écrire bien avant 93, mais qu’aurais-je dit?» Non… Rien… Tout gâcher sur une seule rencontre, sur une humeur barricade. Ils ne sont pas à vous les artistes. Un divorce permanent.

Les gens un peu sensés ne viennent pas vous parler. Ils ne font pas le beau devant la loge ou devant la grille à Castellina. Ils écoutent dans la solitude. Après un concert, ils partent comme des voleurs. Un vol négocié. C’est très bien comme ça. Qu’aurais-tu dis dans tes courriers? Des mots gênés, des mots lestés. Dégage des comparaisons. Tout ce qu’on raconte aux femmes est niaiseries ou ronsarderies. Sauf pour les flics de l’esthétique horizontale. Parle avec les femmes, bavarde, cause, débloque. Trompe-toi…

Léo