Jacques
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

En se faisant passer pour toi...

   

Cher Léo,

Un jour tu as écrit une chanson dans laquelle tu parlais à la place de Beethoven. Et si plus tard quelqu'un parlait ou écrivait en se faisant passer pour toi, quels conseils lui donnerais-tu?

Jacques


«… et si plus tard quelqu'un parlait ou écrivait en se faisant passer pour toi…». Et si je m'en tapais complètement, Jacques! Tu connais ma technique d'exil? En plus, il faudrait donner des conseils! Je trisserai plutôt vers les super ciels avec mes ailes d'ange. Le maître en conseil il faut lui cracher à la gueule. Toujours être indiscipliné. Se forcer à être solitaire et digne, ne pas s'enfouler, quitte à se donner des coups de pied dans le cul! Un poète ça ne donne pas de conseils. Ou alors c'est un prophète qui avance avec des lettres en surnombre, des clandestines intercalées, vers un aiguillage foireux. Il fera ce qu'il voudra celui qui prendra une procuration. J'ai d'autres boulots dans mon ciel en creux, d'autres mélancolies à tracer? Et puis personne ne se fera passer pour moi. Pas même sur Dialogus. Pas même sur Paradoxe.com. Et puis… quelqu'un, finalement, se fera passer pour moi. Il le fera très bien, comme dicté… Je serai alors sur une scène de théâtre, dans un décor de plage irlandaise, devisant avec le Général sur le mois de Mai. Je serai aussi dans un bouge à chanter quelques poufiasses littéromanes mouillant sur les quais de Rotterdam. On parlera en mon nom, on me coupera la parole, on me la rendra. Et ça fera jaser. Quelle importance! Je ne suis qu'un passant en dehors des clous. Je vague et je m' égare dans les plis. Je laisserai l'autre déposer ses mots. Quant à toi, dégage ailleurs, écoute-moi. Ma poésie n'est pas finie. Prends tes yeux et remplis les blancs, va à la ligne, joue avec mes rimes. Cherche l'entre sol.

On ne parle que de transparence. Ça m'ennuie. Laisse-moi dans mon index de mort. Ou viens avec moi.

Léo



Je te suis et te suivrai.

A toute à l'heure Léo!
 
Jacques