Ludo
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Armes rouillées

    Lorsque l'on naît, des armes rouillées dans le coeur mais qui se tiennent prêtes, on ne t'oublie pas.
 
Ludo



On en revient toujours à ça, Ludo. J’ai dégagé et on voudrait me faire croire à ma présence. J’ai déchiré le contrat, il n’y aura plus de rappel; je marche vers l’effacement. Je m’épuise. Ma voix, mes paroles se détachent des murs, ça fait un sale effet. Mais il n’y aura bientôt plus rien, plus, plus rien, juste un poète englué dans de sales draps.

Il faudrait vraiment que tout s’arrêtât de ce temps compté des hommes, il faudrait casser toutes les dimensions, partir pour maintenant, revoir demain, inventer la veille, désintégrer la mémoire et chronométrer le dernier soupir.

N’oublie pas de regarder la mort planquée au bout de ta vie, dans ton cœur qui gerce. Accumule les ordres que tu te donnes, mets un impératif sur tes envies, chante ta vie perdue où grogne le hasard. Et puis rase les mots et vis tes manigances et tes compromissions pour scotcher les secondes. Fais ce que tu veux!

Je n’ai pas envie d’aller sur d’autres périphéries, les armes rouillées c’est de l’incompris, un malentendu, un courrier qui s’empoussière en poste restante. Les armes rouillées c’est une métaphore de plus. Les armes comme les mots ne rouillent pas. Le barillet attend un dernier ordre. Appuie sur la gâchette, réactive ton lexique, travaille à l’étonnement. Dégoupille, flingue, abats tes cartes.

Tu comptes sur moi, tu dis ne pas m’oublier. Mais si. C’est la loi de notre physique ferroviaire. Je passe et je bats des records du monde. Regarde, je ne suis déjà plus dans le paysage. Mais il est dans l’ordre de maquiller, de cerner et d’appesantir un trait. Je m’en fous. Ce n’est pas une agression, à peine une esquive, un mouvement de tête, ma fortune à moi. Tu me comprends ?

Et puis l’oubli, allez savoir…

Léo