Mademoiselle Mimi 
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

Anthipathique ou sympathique

   

Bonjour,

Je ne vous connais pas et malheureusement, le peu de documents que j'ai lu ou vu sur vous, donne de vous, hélas, un côté très antipathique.

Certaines personnes m'ont assuré que vous étiez anticlérical, contre les flics et contre ce qui représente la République. Croyez-vous à ce point que tout ce qui porte un uniforme soit à mettre dans le même panier? C'est injuste! Il y a des hommes bons partout! Expliquez-moi, il serait dommage que je garde une mauvaise image de vous...

Je vous remercie d'avance pour votre réponse.

Bien cordialement,

Mademoiselle Mimi


Et une de plus. On me fait passer pour un sale type. J'ai toujours été antipathique aux gens. Déjà à l'école. Et ça continue ici, ailleurs et nulle part. Marre... marre...

Finalement, je m'en fous. Ça ne compte plus, c'est complètement invalide, hors-jeu, décadré. Alors, sans façon, Mademoiselle Mimi, votre lettre, c'est du cirque, c'est clown et compagnie, de la bobine enfarinée, c'est Zavatta au Quai des Orfèvres, la lampe dans la gueule «j'avoue tout monsieur le commissaire», ou Ferré dans le confessionnal «vous avez péché mon enfant vous me direz trois ou seize Je vous salue Machine».

Vous ne me connaissez pas et quelques documents me font «malheureusement, hélas» très antipathique à vos beaux yeux. J'ajoute une autre couche. Quand on se trompe faut persister, faut exagérer, aller vers le contresens, le tonneau. À quoi bon expliquer, se justifier? Je pourrais vous conseiller d'aller écouter mes chansons, de fermer la porte, les murs et vous mettre en face à face avec mes chansons. Le mec antipathique ne serait pas là, ni la juge aux beaux yeux. Il y aurait une sensibilité, pour écouter ou pour tout arrêter, décidément ce qu'il est antipathique. Foutez la paix à mon enveloppe, faut décacheter, je ne serai ni antipachose ni sympatitruc. Un artiste vous parlera, vous l'écouterez, selon votre saison, vos ébats d'âme. Vous me connaîtrez alors, avec des mots moins tocs, un regard moins torve. Et mes mots et ma musique vous serreront. Déchirez mon image, tapez dans la réalité. On se rencontrera. Je vous embrasse, cara Mimi et je ne vous en veux pas.

Léo



Cher Léo,

Je m'excuse d'avoir attaché autant d'importance à des images qui ne parlent pas en votre faveur, comme quoi, mieux vaut poser la question directement à la personne concernée. Les médias resteront des manipulateurs d'images... J'aurais dû à la place écouter vos chansons pour avoir la réponse.

Merci de m'avoir décrassé les oreilles et les idées.

Sans rancune, j'espère.

Amicalement,

Mimi


Mimi des bois, ni excuse, ni rancune, ce n'est pas le lieu, ce n'est pas l'officiant adéquat. Je ne suis pas dans les gestes basiliques. Jette les images, rentre dans le silence de ma chanson. À ne rien dire on se comprendra.

Baci.

Léo