Sophie
écrit à

   


Léo Ferré

     
   

À vingt ans

    Cher Léo, monsieur Ferré, 

À vrai-dire, je ne sais pas comment vous nommer, car je ne vous connais pas...

Bref, je vous écris pour vous parler de votre magnifique chanson «À vingt ans». Pourtant, cette chanson est un total paradoxe. En effet, vous nous faites voyager dans les plus beaux moments de la vie tout en leur accolant une pointe de mélancolie. Ce qui m'étonne, c'est que votre chanson, que j'ai découverte par le biais de Julien Clerc, soit adaptée à toutes les époques! Je me demandais donc tout à l'heure si derrière chaque grand moment de joie ne se cachait pas un plus grand malheur. Que faire pour maximiser le bonheur et minimiser le malheur? Faut-il passer par le chemin de la philosophie? Écouter Kant et sa philosophie déontologique ou bien s'adresser à la philosophie étymologique d’Aristote?

Sophie, dix-huit ans.


Chère Sophie,

Permettez-moi de jouer le professeur. Mon nom est Ferré, pas «Ferret», ma chanson c'est «Vingt ans», pas «À vingt ans». Ce n'est pas grave. C'est simplement comme ça. Quant à m'appeler Léo, allez-y... je n'ai pas mieux.
Vous me parlez de cette chanson interprétée par Julien Clerc. Je n'ai pas toujours été en accord avec mes interprètes. Beaucoup ont flicaillé et fait la police dans mes mots, les remplaçant à leur guise et à leurs pudeurs effarouchées. J'ai toute une liste de ces ré-écrivains au petit pied. Mais la plupart sont honnêtes. Ils me chantent. Si ça les chante... «Vingt ans», «total paradoxe». Eh oui! Bien vu! «Les plus beaux moments de la vie avec une pointe de mélancolie». C'est peut-être ça le bonheur. Un coup de vent. Un «hold up». Pas vu, pas pris, mis de côté pour des moments glaciaires. Pour tout bagage on a dix-huit ans, Sophie. Conservez-les. C'est la sagesse. Et c'est votre philo! Quoique... pour celle-ci, je ne peux vous conseiller entre le déontologique et l'épistémologique. Ma philosophie à moi tire plutôt du côté de la poésie et de la musique. Ça se vaut, non? Alors prenez le chemin que vous voulez. Essayez-les tous. Pour les plus intéressants, revenez en arrière et recomposez la route, la vôtre, sans garde-fou philosophique, sans protection religieuse. «Ni Dieu ni maître», on en est toujours là ! Allez Sophie continuez avec vos chiffres, les dix-sept de Rimbaud et les vingt de ma chanson. Vous êtes dans la moyenne. Gardez le cap.
Choisissez votre camp. Il bougera entre le rire et le pleur. Je vous embrasse, Sophie. Et votre sagesse.

Léo