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Albert Einstein

     
   

Une étincelle à Paris

    Cher Monsieur Einstein,

Plus le temps passe, plus les connaissances scientifiques s'élargissent, mais il existe aussi des domaines où elles stagnent après un passé pourtant prestigieux.

Il en va ainsi du cohéreur de Branly qui fut une véritable révolution scientifique au début du XXè siècle, mais qui tomba rapidement dans l'oubli avec l'apparition de la diode.

Aucune explication scientifique satisfaisante de ce cohéreur n'a pu être donnée à ce jour.

Bien sûr, certains auteurs ont échafaudé des hypothèses, mais aucune ne résiste à l'analyse. On y parle «d'effets tunnels», de «soudures entre grains», «d'effets de proximité», etc...

Nous disposons maintenant de moyens d'investigation scientifique considérables, comme par exemple, le collisionneur du centre de recherche européen à Genève (le CERN) qui nous a permis de mettre en évidence la plupart des particules constituant la matière, particules qui avaient été pressenties par la physique quantique.

Malgré ces grands moyens, rien ne nous permet aujourd'hui de répondre à la question suivante :
par quel effet une étincelle électrique produite à Paris peut modifier quelque chose dans un petit tas de limaille qui se trouve à l'autre bout du monde ?

Votre avis à ce sujet serait le bienvenu.

Très cordialement,
H. CHARLES
 

Cher ami,

Le cohéreur de Branly, bien qu'étant une invention géniale pour son époque, n'est rien d'autre qu'un appareil de détection des ondes électromagnétiques, ou radiorécepteur. Si vous préférez, on peut dire que c'est l'ancêtre des appareils ayant permis l'avènement de la télégraphie sans fil (T.S.F.).

Appelé radioconducteur par son inventeur lui-même, le cohéreur est un détecteur d'ondes électromagnétiques inventé par Edouard Branly en 1890. Il consiste en un tube isolant de quelques millimètres de diamètre et rempli de limaille sur une épaisseur de quelques millimètres. Deux électrodes de laiton en forme de piston compriment légèrement la limaille avec une pression réglable.

La résistance au courant électrique mesurée entre les électrodes varie dans de grandes proportions: entre quelques dizaines d'ohms et quelques centaines de kilo ohms. On peut considérer le cohéreur comme un interrupteur (imparfait) fonctionnant en tout ou rien.

Le «tube à limaille» en tant que résistance électrique variable avait déjà été étudié par le physicien italien Calzechi Onesti vers le milieu des années 1880. Mais la grande découverte de Branly a été de constater que la conductibilité du tube à limaille augmentait brusquement lorsqu'une étincelle éclatait à quelques dizaines de centimètres de lui: on disait alors que la limaille était «cohérée». Il suffit alors de tapoter légèrement le tube pour «décohérer» la limaille.

Vers 1894 le physicien anglais Oliver Lodge, professeur à l'Université de Liverpool, perfectionna le radioconducteur de Branly en y adjoignant un dispositif pour décohérer la limaille et lui rendre sa sensibilité. Il pu ainsi effectuer des transmissions sur quelques dizaines de mètres. Ce détecteur d'ondes hertziennes a permis à Guglielmo Marconi de réaliser des liaisons à grande distance en radiotélégraphie.

Il est un fait que plusieurs explications sont aujourd'hui avancées pour éclaircir les phénomènes à la base du principe du cohéreur, mais comme vous dites, aucune ne semble satisfaisante.

Albert Einstein
 


Monsieur,

Je vous remercie beaucoup pour votre réponse à mon message concernant le cohéreur de Branly et je vous encourage vivement à persévérer dans votre sympathique initiative.

Très cordialement,

H. CHARLES
 


Monsieur,

J'accueille votre mot d'encouragement avec joie et je suis heureux de vous avoir aidé.

Albert Einstein