Guillaume Loignon
écrit à

   


Albert Einstein

     
   

Synchronicité

    Cher Einstein,

Je doute que vous ne l'ayez connu, mais le psychanalyste Carl Gustav Jung a émis cette étrange théorie du nom de «synchronicité» qu'il a développée avec son ami Wolfgang Pauli. Vous avez certainement connu ce dernier, prix Nobel de physique.

Or, cette théorie (que je comprends plus ou moins) fait appel au «paradoxe EPR». Lorsque j'appris que vous-même êtes le E de ce EPR, je décidai de vous écrire.

Voici donc ma question: expliquez brièvement le paradoxe EPR et, si possible, ses connections avec la théorie dite «de la synchronicité».

Amitiés,

Guillaume Loignon
Montréal
 

Monsieur Loignon,

Pour répondre aux tenants de la mécanique quantique, moi et deux de mes collaborateurs (Podolsky et Rosen) avons imaginé en 1935 une expérience qui violait un principe de base de la relativité, qui veut que l'information ne peut pas se propager plus vite que c. Dans cette expérience de pensée, appelée expérience EPR (nos initiales), on considère deux systèmes A et B qui interagissent puis qui s'éloignent. On suppose ainsi qu'il existe un hamiltonien de couplage et que les deux systèmes s'intriquent puis qu'ils sont séparés spatialement. Lorsque l'on mesure les probabilités conjointes d'une propriété, la mécanique quantique prévoit que la mesure de l'un modifie profondément le système (c'est le postulat de réduction du paquet d'onde). Ainsi, la mesure simultanée de l'autre système ne peut plus donner que certaines valeurs propres. Une source produit deux photons intriqués qui se déplacent vers deux polariseurs. Les deux photons sont tous les deux polarisés rectilignement verticalement et horizontalement. Cette situation est difficile à décrire avec des mots car elle est spécifiquement quantique. Si la probabilité d'obtenir les photons polarisés horizontalement est la même que verticalement, le formalisme décrit cet état ainsi:

= (|v,v> + |h,h>)


La mesure de la probabilité d'obtenir une certaine polarisation du photon 1 donne 1/2 quelle que soit cette polarisation. Il en est de même pour le photon 2. Par contre, si l'on mesure des probabilités conjointes et sachant qu'on vient juste de mesurer une polarisation verticale pour le photon 1, on trouve que la probabilité de mesurer une polarisation verticale pour le deuxième photon vaut 1.

Le paradoxe EPR. Cet état de fait nous gênait beaucoup, car il violait a priori un principe fondamental de la relativité. En effet, si les polariseurs sont distants de d, et que la mesure de la polarisation du deuxième photon est effectuée à un temps t très court après le premier (tel que d/t<c), alors l'information sur la polarisation du premier photon se déplacerait, d'après moi, plus vite que c. J'acceptais cependant les résultats de la mécanique quantique, mais je la supposais simplement incomplète. Pour résoudre ce paradoxe, j'ai proposé que la paire de photons ait eu une polarisation déterminée lors de sa création à la source. En d'autres termes je pensais que, statistiquement, 1 paire de photons sur deux avait une polarisation verticale, et 1 paire sur deux une polarisation horizontale.

Quant à la synchronicité, je crains de ne pouvoir vous en parler davantage.

Albert Einstein