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Arcane 
écrit à
Albert Einstein
Albert Einstein


Pour en finir avec votre vision de Dieu


    Bien le bonjour, Albert,

Tout d'abord, mes plus franches félicitations! Vous savez, aujourd'hui, en 2009, vous êtes l'archétype du génie. À tel point qu'il est devenu langage courant de dire à quelqu'un qui fait une remarque particulièrement intelligente: «Bravo Einstein!»

Les plus grands génies actuels sont ceux du siècle passé. J'ai nommé messieurs Karl Marx, Sigmund Freud, Friedrich Nietzsche et vous-même. Vous êtes le plus grand génie de l'histoire.

J'avoue avoir une admiration particulière pour monsieur Nietzsche, qui est en quelque sorte un mentor pour moi. Avez-vous lu ses écrits? Qu'en pensez-vous? Je brûle d'impatience de savoir ce qu'Albert Einstein pensait de Nietzsche!

Bref, voici l'objet principal de ma requête: votre vision de Dieu. Je sais que vous croyez en un certain Dieu, car j'ai déjà lu toute votre correspondance à ce sujet sur Dialogus, concernant les quinze constantes de l'univers qui seraient pour vous une tentative de mise en équation de Dieu. C'est fascinant!

Je sais que vous ne croyez pas au Dieu des religions, car vous ne croyez pas en un dieu qui se soucierait des hommes. Vous n'êtes pas théiste, mais plutôt déiste, pour commencer. Approfondissons. Je vais énoncer quelques-unes de vos citations, pour mettre en relief ce que je ne comprends pas dans votre vision de Dieu.

«Je ne peux pas imaginer un Dieu qui récompense et punit l'objet de sa création. Je ne peux pas me figurer un Dieu qui réglerait sa volonté sur l'expérience de la mienne. Je ne veux pas et je ne peux pas concevoir un être qui survivrait à la mort de son corps. Si de pareilles idées se développent en un esprit, je le juge faible, craintif et stupidement égoïste.»

Où l'on voit que vous rejetez avec intelligence le Dieu des religions.

«Je crois au Dieu de Spinoza, qui se révèle dans l'ordre harmonieux de ce qui existe et non en un dieu qui se préoccupe du sort et des actions des êtres humains.»

Donc, cette vision colle avec votre vision immanente du divin, en ce que le divin se révèle lui-même dans la nature et l'univers. On appelle ceci du panthéisme. Du grec «pan», tout, «Dieu est partout». Bien que l'on dise «panthéisme», le panthéisme est une forme de déisme, non de théisme. On devrait dire «pandéisme». Mais foin de pédantisme.

D'ailleurs vous dites:

«Je suis fasciné par le panthéisme de Spinoza, mais j'admire plus encore sa contribution à la pensée moderne, parce qu'il est le premier philosophe qui traite l'esprit et le corps comme unité, et non comme deux choses séparées.»

Pourtant,vous dites: «Je ne suis pas athée et je ne pense pas que je peux me qualifier de panthéiste.»

Alors là, je ne comprends plus rien. Êtes-vous panthéiste? Ou avez-vous développé une vision plus personnelle du Dieu de Spinoza qui dépasse ou s'éloigne du panthéisme?

Merci de me répondre, j'en serais vraiment éclairé.

Question subsidiaire:

Vous dites: «La science sans religion est boiteuse, la religion sans science est aveugle.»

En tant qu'athée, je ne suis pas du tout d'accord. Et même, venant d'une personne non-religieuse comme vous, cela me surprend fortement. Pour moi, science et religion sont totalement incompatibles et ennemies. La religion est une superstition superflue, un mal qui doit disparaître pour la survie de l'humanité.

«La science sans religion est boiteuse»? Comment ça? Peut-être par «religion» entendez-vous «morale» ou plutôt «éthique»; mais en ce cas, seriez-vous d'accord pour dire que la science n'a -pas du tout- besoin de religion?

Voilà, ça fait beaucoup de questions, je sais; j'espère que vous m'en excuserez, mais ce sont toutes les questions que je me pose à votre sujet depuis bien longtemps.

Aussi, merci d'avance pour votre réponse et veuillez recevoir, cher maître, toute l'étendue de mon immense admiration pour votre personnage iconoclaste, votre humour délicieux et votre esprit sans pareil.
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