Multiples questions
       

       
         
         

mi_myself_and_i@hotmail.com

      Cher Albert,

Le but de cette missive consiste tout d'abord à vous informez de l'admiration que j'ai pour vous. Cependant, là n'est pas la raison de mon message. En fait, j’espérais plutôt que vous arriveriez à combler certaines de mes interrogations.

Vous en conviendrez avec moi, Internet est, de nos jours, un outil de travail très pratique. Néanmoins, nombreuses informations sont erronées, et il est difficile de vérifier la fiabilité de ces dernières. C'est pourquoi je vous pose moi-même les questions qui me taraudent. On dit qu’étant jeune, vous n'étiez pas un très bon élève et que les professeurs vous considéraient comme un élève lent et peu doué. Est-ce vrai ?

De plus, pourriez-vous m’expliquer comment vous êtes devenu l’un des, sinon LE, plus célèbre physicien dans l’histoire de l’humanité ? J’aimerais savoir d’où l’idée de vous lancer dans cette carrière est-elle venue et avec quelles motivations avez-vous percez dans ce métier? Est-ce ce peu de réussite à l’école qui vous a poussé à étudier dans cette voie ou considérez-vous que ce succès est dû à une intelligence particulière, n’ayant en effet rien à voir avec la non-réussite à l’école ?

En terminant, j’aimerais savoir comment vous avez réagi lorsque des gens tel Alexandre Friedman, ont contredit vos théories.

Je vous remercie d’avance de votre réponse avec l’espoir que vous aurez répondu à mes multiples questions.

Amicalement vôtre

Amélie

 

       
         

Albert Einstein

      Chère Amélie,

Permettez-moi de commencer ma réponse par votre dernier point. Mes théories étaient à ce point révolutionnaires que je me suis fait à la critique. En effet, après avoir bouleversé la physique en remettant en question la gravitation de Newton et le temps absolu, mes contradicteurs furent nombreux. Plusieurs physiciens ont toujours eu de la difficulté avec les théories que j'apportais à la physique. J'ai passé au travers simplement parce que j'avais, moi, une profonde conviction que mes découvertes étaient exactes. J'ai moi aussi été le contradicteur de certaines théories, qu'on pense à mon rôle d'objecteur de la nouvelle physique, dite mécanique quantique, à partir de 1927. La science est ainsi faite, et les chercheurs doivent accepter que leurs découvertes ne fassent pas toujours l'unanimité.

Quant à l'Internet, je ne le connais évidemment pas, mais, grâce à ma correspondance ici sur Dialogus, je vois cela comme une immense bibliothèque à laquelle des millions de gens ont accès à partir de chez eux. À la différence près que les informations disponibles dans cette bibliothèque planétaire sont de toutes sources et peuvent avoir été écrites par n'importe qui. En tout cas, c'est ainsi que je visualise ce que vous appelez «Internet». Vous savez, cela ne fait pas beaucoup de différences avec les journaux de mon époque et de toutes les époques. Les journalistes écrivent ce qu'ils veulent, et leurs articles ne sont pas toujours une source d'information exempte de toute erreur.

Comment suis-je devenu le physicien le plus connu? D'abord, je n'ai pas jamais cherché ce titre. Simplement, au tournant du siècle, alors que j'étudiais au Polytechnicum, j'ai commencé à me pencher sur les problèmes les plus criants en physique: la taille des atomes, la vitesse de la lumière dans le vide, la notion d'éther, la simultanéité, la relativité, la gravitation. J'avais l'extrême avantage d'être un libre penseur, n'étant attaché à aucun a priori, ni aucune école de pensée. Cela m'a permis de faire table de rase de presque toutes les croyances établies depuis des décennies, sinon des siècles, et de repenser rien de moins que toute la physique, et la dépoussiérant de ses vieux paradigmes. Cela n'a pas été sans peine, et a heurté plusieurs personnes.

Quant à l'école, j'en ai parlé plusieurs fois ici sur Dialogus. Je n'étais pas ce que certains appellent «un cancre». Simplement, je n'ai jamais accepté quelque forme d'autorité, que ce soit de l'État, religieuse, ou scolaire. J'avais l'impression que nos professeurs se comportaient en lieutenants. Je n'étais pas fait pour les méthodes d'enseignement de mon époque. De toute manière, je pense que les méthodes d'enseignement n'ont pas vraiment changé, même à votre époque. Je ne suis pas du genre à me faire dire quoi faire, quoi penser, quoi croire. Cela m'a détaché de certaines matières, dont je n'appréciais pas les manières des enseignants. Notamment mon professeur de Grec, au Gymnasium (Lycée), qui m'avait dit : «Einstein, vous ne ferez jamais rien de bon!». Ce jour-là, j'ai plaqué le Gymnasium pour aller rejoindre mes parents en Italie. Mon attitude de libre penseur m'a évidemment nui à plusieurs reprises, notamment pour trouver un emploi à la sortie de mes études. Aucun de mes professeurs n'a voulu me couvrir. D'un autre côté, j'étudiais à la maison, principalement avec oncle Jacob, des matières qui m'intéressaient vraiment, comme les mathématiques, la physique, et l'algèbre, et les sciences en général. Cette façon d'étudier ce qui m'intéressait en autodidacte me convenait davantage que le modèle scolaire, rigide et quasi-militaire. À quinze ans, même si je tirais de la patte à l'école dans certaines matières, j'étais très en avance sur les autres en mathématiques, alors que je maîtrisais le calcul intégral.

Albert Einstein
         
         

mi_myself_and_i@hotmail.com

      Cher Albert !

Je vous suis reconnaissante de votre réponse, mais j'aimerais également savoir quelles motivations vous ont poussé a creuser la science autant que vous l'avez fait. Il a dû vous être très difficile de surmonter les contradictions même si vous étiez plus que convaincu que vous aviez raison. C'est pourquoi je me demande à quel point on peut être motivé dans ce que l'on fait, à quel point on peut consacrer sa vie à sa passion. Considérez-vous que vous aviez un métier comme les autres ? De plus, pensez-vous que l'intelligence est une chose qui se développe et que n'importe qui pourrait en arriver là où vous en êtes ?

J'attends votre réponse avec impatience !

Amélie
         
         

Albert Einstein

      Amélie,

Je n'ai pas vraiment eu de problème avec ceux qui ne croyaient pas ce que je faisais. J'étais absolument convaincu que je voyais juste et je gardais le cap. Mes motivations étaient presque d'ordre religieux. Je voyais la recherche fondamentale en physique comme une quête de l'ordre divin des choses, de la beauté de la nature, de l'explication de la symétrie naturelle. Je considérais que je travaillais sur le projet du Vieux, en tentant de comprendre comment le monde fonctionnait.
J'ai toujours considéré l'intelligence comme un muscle qu'on doit entraîner. Plusieurs fois par jour, parfois même continuellement, j'entraînais mon esprit à résoudre des difficultés mathématiques ou des problèmes de physique.

Albert Einstein