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Albert Einstein

     
   

La voile

    Cher Maître,

Très peu de gens savent que vous adoriez faire de la voile. Pourriez-vous me dire à quel endroit vous avez appris à naviguer sur ces bateaux?

Pendant l'été 1939, où vous avez écrit votre célèbre lettre à F.D. Roosevelt, où faisiez-vous du voilier? Et saviez-vous nager?



Bonjour,

Les bons souvenirs que vous me rappelez là! Bien oui, avec la physique et le violon, la voile est la troisième passion de ma vie. Tout au long de celle-ci, où que j'aille, je me suis toujours arrangé pour avoir un plan d'eau pour pratiquer ce sport. C'est sur le lac de Zurich, dans ma jeunesse, que j'ai commencé à faire de la voile, sur un bateau que j'empruntais à ses propriétaires, les Markwalder. Je n'ai jamais cessé depuis, et n'en parlez pas à mon médecin, il en ferait une attaque. C'est d'ailleurs ce qui m'est arrivé, à quarante-neuf ans, lors de mon séjour à Berlin, sur le lac Havel. Il y avait du vent et j'ai dû fournir un effort physique trop considérable pour, semble-t-il, mes habitudes de fumeur. Toujours est-il que mon médecin m'a interdit la voile, m'ordonnant même de remiser mon bateau.

En Allemagne, j'avais un sept mètres, le Tummler, que mes amis m'avaient offert pour mes cinquante ans. Trop gentils, ils l'avaient discrètement équipé d'un petit moteur au cas où le vent m'aurait fait défaut. Et en 1939, puisque vous mentionnez cette année, je naviguais sur le Tinef, à ma résidence d'été à Nassau Point. Les gens ont toujours dit que j'étais un bien mauvais barreur, et je dois leur donner raison, si on compte la quantité de malencontreuses aventures qui me sont arrivées en mer. Mais faire de la voile est plus fort que moi. J'apprécie la communion avec la nature, l'eau, le ciel, l'harmonie.

Et, finalement, non, je ne sais pas nager. Cela a d'ailleurs failli me coûter la vie à quelques reprises.

Albert Einstein