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Albert Einstein

     
   

Je vous aime passionnément

    Je me fous, monsieur, de la théorie de la relativité! Je me fous de la masse, de l'énergie et de la bombe atomique! Et, diantre, oui, depuis que vous l'avez dit, je me fous de cette gravitation «qui ne pourrait être tenue responsable pour les gens qui tombent en amour» !

Monsieur! Vous me faites vibrer! Je vous aime!

Ouf, han?
Martine
 

Très chère Martine,

Vous me voyez profondément troublé et fort confus. Dukas, qui me relaie ma correspondance à ma résidence d'été, à Nassau Point, où je me trouve en ce moment, n'a pas tenu bon de me signaler que vous m'aviez fait parvenir votre doux message à l'occasion de la Saint-Valentin. Plus fort encore, elle a énormément tardé à me le faire parvenir, y voyant sans doute une incitation à entretenir une relation non conforme aux bonnes moeurs. Tout cela faisant en sorte que je vous réponds avec un mois de retard. Je vous prie très humblement de bien vouloir pardonner cette maladresse de ma secrétaire. Vous ne pouviez savoir qu'elle triait mon courrier, et je ne pouvais savoir que vous m'écriviez pour la Saint-Valentin. Quelle extrême maladresse! Quelle confusion!

Pour en revenir à votre lettre, sachez qu'elle me réchauffe le coeur et fait remonter en moi des souvenirs ataviques, et que, si... enfin... Eh! Vous avez vu? Un requin!

Trêve de plaisanterie, je vais vous citer en exemple aux personnes qui me demandent pourquoi les gens m'acclament alors qu'ils ne comprennent pas un mot à mes théories. Je suis bien entendu très sensible aux messages d'admiration, voire d'amour. Sans mauvais jeu de mot, j'aime moi aussi les gens bons (ha! ha! ha!), et je suis sûr que vous entrez dans cette catégorie. Enfin... je ne veux pas dire que vous êtes grosse. Hitler, lui par contre, je le déteste, car voyez-vous, c'est un bon aryen (ha! ha! ha!). Je suis ravi de vous lire, chère Martine. Prendre le temps de vous répondre me permet de reposer mes vieux yeux et d'imaginer ce que peux être l'amour au-delà du temps.

Vous dites que vous vous f... de la théorie de la relativité. Voulez-vous que je vous la résume en deux phrases? Voici: mettez la main sur un rond de poêle une seconde, et vous aurez l'impression que ça a duré une heure. Mettez la main sur Martine une heure et vous aurez l'impression que ça a duré une seconde. C'est ça, la théorie de la relativité.

Si vous voulez m'écrire à nouveau, belle Martine, ne vous en privez pas, et je prendrai les dispositions pour que le courrier en provenance de vous soit traité à part.

Albert Einstein
 


Très cher Albert,

Ne soyez pas troublé ni confus! Je crois que votre secrétaire est très jalouse!

Mais voyez, moi aussi je réponds avec un peu de retard parce, figurez-vous, que j'avais trouvé un gars avec lequel je croyais que j'allais avoir une relation moins compliquée qu'avec vous sur Dialogus. Croyez-le ou non, cher ami, il semble que je me sois royalement trompée.

Nous nageons en plein film de David Lynch...

Ça aussi c'est de la relativité, oui? Au fond, vous êtes un sacré démagogue, puisque Tout n'est-il pas relatif? M'enfin.

Je crois que je ne suis pas douée pour l'amour, monsieur Einstein. Mon esprit ne reconnaît pas la gravité alors ce n'est pas de sa faute si je tombe toujours amoureuse. C'est que je suis un peu twitte, je crois. Alors oui, voilà, je veux bien m'intéresser à vos théories et oublier toute cette sale histoire. Alors à part votre petit coup de séduction qui vous rend très drôle, dites, comment vous la calculez, votre théorie? Parce que moi je croyais que la théorie de la relativité avait un rapport entre l'infiniment petit et l'infiniment grand et qu'on pouvait voir l'Univers dans un atome. Vous voyez ça comment, vous?

Je sais, je vous semble peut-être très rationnelle, tout à coup, mais je crois que vous, c'est avec votre tête que vous charmez le mieux les dames...

Et pourquoi on traiterait ce courrier à part? Vous avez des choses à cacher, vous?

Ha!

Martine

xx
 


Bonjour à nouveau Martine,

Il me fera toujours le plus grand plaisir de vous parler, n'en doutez pas un seul instant.

Mais non, je n'ai rien à cacher, voyons. En parlant de traiter ce courrier à part, je voulais seulement dire, éviter qu'il me soit relayé par ma secrétaire, afin de lui éviter d'avoir à jouer les gardiennes de la vertu. Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit, et non de jalousie, j'en suis absolument convaincu. Dukas, jalouse?

Vous trouvez que notre relation est compliquée? Ben voyons, nous ne faisons que dialoguer, vous et moi... euh... non?

Je suis désolé, mais je ne connais pas David Lynch. Je suppose qu'il donne dans le dramatique.

De plus, je ne comprends pas ce que voulez dire par «twitte». Il semble que ce soit une façon pittoresque de dire que vous vous trouvez, comment dire, inapte à résister aux pièges des charmes de la gent masculine? N'en soyez pas désolée; c'est ce qui fait votre charme, à vous, les femmes.

La relativité... la relativité... vous ne voulez pas réellement que je vous entretienne de relativité dites-moi? Nous avons une si belle complicité, de si beaux échanges, basés sur absolument tout sauf la relativité, et vous voulez que je vous assomme en vous en parlant? Est-ce que «twitte» ne voudrait pas dire masochiste par hasard?

Non, la relativité n'établit pas de rapport entre l'infiniment petit et l'infiniment grand, pas plus qu'elle permet de voir l'Univers dans un atome. Cela, c'est la théorie de Tout, qui n'est pas encore découverte à ce jour, et qui permettra, un jour, de comprendre «vraiment» ce qu'est l'Univers. Pour le moment, nous, les scientifiques, ne faisons qu'en dévoiler des parties, en espérant que ce que nous voyons nous permette d'entrevoir de quoi il en retourne.

La théorie de la Relativité (la Générale) est une théorie générale de la Gravitation, en ce sens qu'elle tente d'expliquer le comportement des astres dans leurs moindres mouvements, ce que la Mécanique Newtonienne n'arrivait pas à expliquer entièrement. C'est que Newton, malgré l'incroyable génie de ses calculs, ne prenait pas en compte la déformation de l'espace-temps par les masses gravitationnelles. Les tenants de la mécanique quantique, même s'ils tiennent le haut du pavé en «expliquant» l'infiniment petit, ne peuvent en aucun cas intégrer la Gravitation dans leurs calculs, ce qui laisse à penser que la théorie de Tout sera un heureux mélange de différentes théories physiques.

La théorie de la relativité restreinte en est une, l'électrodynamique des corps en mouvements rectilignes uniformes, c'est à dire non accélérés. Elle dicte simplement que les lois de la physique sont les mêmes dans tout référentiel en mouvement rectiligne uniforme. Dans ce sens, elle pose que si vous vous trouvez dans une fusée sans fenêtre, aucune expérience scientifique que vous feriez à bord ne pourra vous permettre de déterminer si la fusée se déplace ou est arrêtée. Cette théorie pose également, en corollaire, que c, la vitesse de la lumière, est la vitesse limite que rien ne peut dépasser. Cela a diverses conséquences intéressantes: contraction des longueurs, dilatation du temps, non-simultanéité.

Mais je m'arrête ici, et je m'en veux à mourir. J'ai fini par vous parler de la Relativité, alors que je m'étais promis de ne pas aller sur ce terrain avec vous. Si je vous ai ennuyé de quelque façon, je vous donne la permission de m'envoyer paître.

Albert Einstein
 


Monsieur Einstein,

Je vous prie de m'excuser de ce petit retard! Il parait que nous les femmes, des fois, ont... Quoi? Sept mois de retard? Ma parole, je suis sur le point d'accoucher de vous! Spirituellement, je veux dire, mon cher ami d'outre temps cybernétique!

Vous savez ce que ça veut dire ça?;o) Attendez, je le refais autrement! :-)

Vous voyez? Non?

Ah...

Inclinez votre drôle de tête vers la gauche. Là, vous voyez? Deux yeux, un nez, une bouche

:-)

Mais on peut faire aussi comme ça:

:0) Ou ça:O) Ou:o)

Ça dépend. D'autres le font à l'envers. Des gauchers peut-être? Comme ça... (Mais c'est 'achement dur):

(-:

Il faut pencher la tête à droite alors. À droite, Albert:

(-:

Bon.

Ben voilà. Je suis à la bourre encore. Il y a les enfants et mon ami, là, dans mon salon qui m'attendent et tout, alors j'y vais.

Je me demande bien, vous, de quoi elle a l'air, votre vie de tous les jours? Vous aussi, vous êtes «Dans le jus»?

Hahahahah! «Dans le jus»! C'est une drôle d'expression non? Ici, chez moi, ça veut dire «Trrrrrès occupé». Vous êtes «Trrrrrrrrès occupé» dans une journée?

Bon j'y vais!

Martine, qui dort chaque nuit avec une affiche de vous en face de son lit depuis au moins dix ans.

Fidèle han?:)

xxxxxxxxxxxxxxxx
 


Martine! Je désespérais d'avoir de vos nouvelles. Vous dites qu'il s'est passé sept mois de votre côté? Du mien, la dernière fois que je vous ai lue, c'était il y a dix ans. La dernière fois que nous avions correspondu, j'étais en 1944, et là, je suis en 1954. Eh oui! Vérifiez sur ma page sur Dialogus. Il y a eu une «coupure» de 10 ans que je ne puis expliquer. Même Dumontais n'a pu me donner d'explications. Mais je suis content de vous relire à nouveau, et je me souviens de l'effet qu'avaient eu vos lettres sur Dukas. Oh! Je ne vous dis pas.

Et enfin! Vous me donnez le sens de ces petites figures que je vois à l'occasion dans les lettres qu'on me fait parvenir et qu'on n'a jamais daigné m'expliquer. Grâce à vous, je comprends enfin TOUT, euh... presque. Il me reste quand même la théorie des champs unifiés. Et vous devriez peut-être mettre cette affiche de moi à la garde-robe. Elle fait peut-être fuir les garçons, qui vont s'imaginer que vous êtes une intellectuelle irrécupérable. Enfin... je ne veux pas dire que vous ne l'êtes pas, mais bon... à trop s'afficher, et d'autant plus avec un hurluberlu comme moi.

Albert Einstein


Monsieur Albert!

Contente de vous retrouver!

Ah, tiens c'est étrange en effet ce qui s'est passé dans votre communication avec nous... Mais enfin vous êtes là et c'est ce qui compte!

Sur cette affiche, dans ma chambre, il y a une citation de vous qui dit que «les lois de la gravité ne sauraient être tenues responsables des gens qui tombent en amour». Le message que j'envoie à mes amoureux n'est donc pas vraiment intellectuel... En fait, il ne fait qu'excuser ma «maladresse émotionnelle» je crois.

Parce qu'en effet, je trébuche souvent, en amour, mais comme je connais bien mon handicap, j'ai de bonnes genouillères pour me protéger en cas de chute...

C'est quoi les champs unifiés? Pourquoi vous posent-ils problème?

Dites, vous ne croyez pas que mourir n'est qu'un passage d'une dimension à une autre et qu'en fait, nous sommes éternels?

Un hurluberlu? Mais non voyons! Ce sont «les autres» qui croient ça! Mais vous et moi, Albert, on s'en fout des autres!

Bien chaleureusement!

Martine,
maladroite
 


Très chère Martine,

Vous avez raison, on se fout des autres, quand on pense qu'on a raison. Le plus bel exemple est moi-même face à la communauté des quantistes. Ils peuvent bien s'amuser s'ils le veulent, mais bon, tant qu'ils croiront que Dieu joue aux dés, je me sens rassuré dans mes propres croyances.

Pour votre situation amoureuse, alors au moins, on peut dire que vous connaissez la «gravité» de votre état. C'est bien.

Je ne sais pas trop si j'ai envie d'aborder le sujet de la théorie des champs avec vous, de peur de vous ennuyer. Je peux simplement vous dire qu'elle est mon ultime tentative d'unifier les forces de la nature à la Relativité Générale et de donner enfin un sens aux équations quantiques.

Albert Einstein


Très cher Albert,

Oui, à nouveau quelques mois se sont écoulés depuis notre dernier échange... C'est que, tout comme vous, je travaille d'arrache-pied à mes projets. Vous en physique quantique et moi en conneries pathétiques, mais comme tout est relatif, je trouve toujours moyen de me convaincre que ce que je fais est absolument capital pour l'ensemble de l'Univers et de ses nombreux habitants, qu'importe leur bande d'ADN et ce, même si, en fait, ils en possèdent une.

J'ai mon orgueil, tout de même...

Alors voilà. Dernièrement, je me demandais... Admettons qu'on coupe un grain de sel en deux. Et puis en deux, et puis encore en deux... On pourrait le couper en deux à l'infini puisque théoriquement, rien ne se perd, et rien ne se créé, oui?

Alors admettons que ce grain de sel puisse toujours se diviser (en deux ou en quatre ou en mille morceaux, c'est selon), à l'infini; ça voudrait dire, en quelque sorte, qu'on peut interpréter ce même grain de sel comme un truc immensément grand... ou microscopiquement petit...? Et même au-delà de ça, je veux dire, même avec toute la concentration dont je peux user en ma qualité d'être humain, j'ai de la difficulté à me figurer ces infinis, grands ou petits. Je ne peux, dès lors, qu'imaginer un cercle. Oui, un cercle, c'est infini? Pour moi, c'est le seul symbole qu'on puisse utiliser afin de réunir les antipodes... Qu'en pensez-vous?

Voyez que la... gravité de mon état amoureux est bien moindre que celle de mon état d'esprit face à ce que je comprends de la relativité!

Ceci étant dit, je suis peut-être aussi carrément dans le champ. Ça m'arrive.

Je me questionne toujours sur le mot «quantique» qui me semble très obscur.

Sur ce, mon très cher Albert, de l'an 2006, je ne vous souhaite que du bon!

Chaleureusement,

Martine Guillemette-Milleville



Très chère Martine,
 
C'est toujours une joie de vous lire.
 
Ne vous en faites pas avec le mot «quantique». Il dérive simplement du mot «quantum» qui signifie une discontinuité élémentaire d'une grandeur.
 
Pour le grain de sel, vous faites une excellente analyse, très chère. Vous refaites même l'expérience de pensée des Grecs anciens, de Démocrite pour être plus précis. L'atome était, pour certains philosophes de la Grèce antique, le plus petit élément indivisible de la matière. Le mot provient du grec atomos, « que l'on ne peut diviser ».
 
On peut effectivement diviser et diviser le grain de sel, et cela, sans y mettre trop d'énergie. Cependant, il y a bien un moment où l'on ne peut plus diviser le grain de sel. À force de diviser et de diviser, vous finirez par tomber sur une simple molécule de chlorure de sodium (du sel), ou NaCl. Bien entendu, cette modécule est divisible à son tour, mais cela n'est plus du sel. Si vous divisez cette molécule, vous la fractionnez en ses deux éléments constituants, et vous aurez un atome de chlore et un atome de sodium. Et en plus vous aurez besoin d'une réaction chimique pour y arriver. Si vous désirez continuer et diviser un des atomes, vous devrez utiliser une énorme quantité d'énergie, et vous aurez besoin d'un accélérateur de particules, pour bombarder l'atome et le faire éclater en ses constituants. À ce moment, vous aurez des protons, des neutrons et des électrons, plus un certain nombre de particules élémentaires constituant la force forte. Et si d'aventure vous avez envie de continuer à fractionner et de briser un des protons, là, vous aurez besoin de tellement d'énergie que cette technologie n'existe même pas à mon époque. Vous aurez besoin d'un énorme accélérateur afin de briser un proton. La quantité d'énergie nécessaire pour y arriver est titanesque. Une fois le proton brisé, vous aurez trois quarks. Et là, si vous voulez briser un quark, il faudra demander à un autre qu'à moi, car pour moi le quark est le composant élémentaire de tout. Mais je suppose que si un jour on arrive à les briser, il faudra encore plus d'énergie, de sorte qu'il doit bien y avoir un plafonnement quelque part qui empêche de briser ce qui deviendrait finalement, l'indivisible.
 
Albert Einstein