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écrit à

Alexandre Dumas


Vos œuvres


   

Bonjour Alexandre Dumas

J'aimerais connaître les titres de vos œuvres et savoir combien vous en avez écrit. L'un de vos livres a-t-il été censuré? Êtes-vous bien ou mal vu de la société?

Merci d'avance pour votre réponse.


Me voilà incapable de savoir si, derrière ce sobriquet (qui dénote seulement quelque allégeance anglo-saxonne), se cache un homme ou une femme; mais n’importe! Vos raisons pour ce faire n’ayant point besoin d’être connues pour être respectables, je vous salue.

Le nom et la quantité de mes œuvres, voilà ce que je suis dans l’incapacité totale de vous dévoiler. Un lecteur m’a posé la question avant vous et je crois lui avoir fait la même réponse... Je n’en ai pas de meilleure, hélas. Je laisserai à la postérité le soin de les compter, quitte à ce qu’elle en retranche la moitié au profit de mes détracteurs.

À propos du fait d’être bien ou mal vu, je vous dirai simplement que, victime des plus graves injustices, je n’en suis pas moins l’un des hommes les plus heureux que la terre ait porté. Ceci est la preuve flagrante de l’échec de ceux qui cherchaient à me faire du tort; aussi ne m’y attardé-je pas davantage.

Enfin, pour ce qui est de la censure, j’en ai été frappé à maintes reprises. Au théâtre ou ailleurs, cette maîtresse ne m’a jamais marchandé les soins les plus intenses! Je vous conterai en exemple les péripéties survenues à mon «Ange Pitou», en vous transcrivant un passage de l’avant-propos de la Comtesse de Charny:

«Ainsi par exemple, on vient me proposer, à moi qui ai fait Monte-Cristo, les Mousquetaires, La Reine Margot, etc., on vient me proposer de faire l'Histoire du Palais-Royal.

Une espèce de conte en partie double fort intéressant:

D'un côté, l'histoire des maisons de jeu; de l'autre côté, l'histoire des maisons de filles! On vient me proposer, à moi, l'homme religieux par excellence: l'Histoire des crimes des papes!

On vient me proposer... Je n'ose pas vous dire tout ce que l'on vient me proposer. Ce ne serait rien encore si l'on se bornait à me proposer de faire. Mais on vient me proposer de ne plus faire.

Ainsi, un matin, je reçus cette lettre d'Emile de Girardin:

«Mon cher ami, Je désire qu'«Ange Pitou» n'ait plus qu'un demi-volume, au lieu de six volumes; que dix chapitres, au lieu de cent. Arrangez-vous comme vous voudrez, et coupez, si vous ne voulez pas que je coupe.»

Je compris parfaitement, parbleu! Émile de Girardin avait mes Mémoires dans ses vieux cartons, il préférait publier mes Mémoires, qui ne payaient pas de timbre, plutôt qu'«Ange Pitou» qui en payait. Aussi me supprima-t-il six volumes de romans pour publier vingt volumes de Mémoires.

Et voilà, cher et bien-aimé lecteur, comment le mot fin fut mis avant la fin. Comment «Ange Pitou» fut étranglé à la manière de l'empereur Paul Ier, non point par le cou, mais par le milieu du corps.»

J’ai l’honneur d’être,

Votre humble et obligé,

Alex. Dumas

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