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 Antoine 
écrit à

Alexandre Dumas


Remerciements


   

Bonjour ou bonsoir (ne sachant pas quel heure il est de l'autre côté)!

Je suis un très grand fan de vos œuvres et de votre vie si mouvementée de révolutionnaire, entre autres... Après avoir étudié brièvement votre roman «Le comte de Monte-Cristo» en cours (lequel, entre vous et moi, fut bâclé par un professeur qui voulait en finir!), je pris goût à la littérature. Je tiens surtout à vous en remercier.

Maintenant j'ai juste une petite question: où avez-vous trouvé toute cette inspiration en gardant une âme authentique et ouverte ?


Mon cher enfant,

Je vous remercie de l’intérêt que vous daignez prendre pour ma personne et mon œuvre, autant que je suis heureux de vous avoir, comme vous dites, donné goût à la littérature. Aussi ce n’est donc pas à vous de me remercier car, si la divine Providence nous a fait don, à nous autres poètes, du talent d’amuser et d’instruire, c’est de vous autres, lecteurs, que dépend notre carrière. Ainsi, qu’est-ce que serait Dumas sans des gens comme vous, Antoine, ces dizaines et ces centaines de millions de femmes et d’hommes qui, depuis les quatre coins du monde, ont adhéré à notre prose?

Où, me demandiez-vous, trouvé-je cette inspiration? Parbleu, voilà la question la plus facile qu'un lecteur m’ait posée! Je vous répondrai donc tout simplement que je la trouve partout. Dans la nature, dans l’Histoire, dans la musique, dans le théâtre, dans les faits divers, la poésie... Ainsi, l’idée des Mousquetaires m’est venue en lisant les mémoires de monsieur d’Artagnan; celle de Monte-Cristo, lors d’une excursion sur la petite île de Pianosa en compagnie du prince Napoléon, future empereur des Français et après avoir lu « Le diamant et la vengeance », petit fait-divers raconté dans un journal... Je pourrais vous citer près de trois cents volumes ainsi conçus, soit en lisant le grand Michelet, soit en lisant le grand Nodier, le grand Walter Scott, le grand Schiller ou le grand Shakespeare; soit en voyageant, soit dans mes multiples périples en faveur de la liberté des peuples auxquels vous avez fait allusion. Mais par-dessus tout, mon cher Antoine, je dois vous avouer que mon inspiration est d’abord le fruit de la gêne matérielle dans laquelle vivait ma famille. C’est moins poétique, certes, mais après plusieurs tentatives infructueuses de me placer, que ce soit chez le notaire de Villers-Cotterêts ou ailleurs, ma mère désespérait de me voir devenir un citoyen honnête et un soutien pour ses vieux jours. C’est dans cette période particulière que je fis la connaissance d’Adolphe de Leuven, qui m’a initié à la littérature. Nous partîmes à Paris, dans le but d’avoir des avis sur les petites pièces que nous écrivions. Ces dites pièces n’étaient jouables nulle part, aussi aucun théâtre ne les accepta; elles ne furent même pas lues! Et aujourd’hui, je remercie les théâtres de ne les avoir ni acceptées ni lues. Mais à Paris, je commençais à lire de l’histoire et de la poésie, et plus je lisais, plus ce que je lisais m’invitait à le réécrire, à le compléter, à l’adapter et, oserais-je même dire, en quelque sorte, à l’agrandir...

En espérant avoir satisfait votre curiosité, veuillez agréer, cher Antoine, l’hommage de ma profonde reconnaissance,

Alex. Dumas

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