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          Dialogus

S.
écrit à

Alexandre Dumas


Publicité mensongère


   

Messieurs Dumas et Maquet,

Votre peinture de la France m'a induite en erreur. En 2008, j'y venais m'extasier devant le Pont neuf, les messieurs spirituels et les dames élégamment vêtues. J'y cherchais ardemment une gargote du nom de la Pomme de pin et la belle et grande littérature.

Au lieu de cela, je n'y trouvai, hélas, qu'un froid décapant, une préfecture inhospitalière, des boîtes de sardines et Nicolas Sarkozy. J'exige des explications sur ce que je considère être une ignoble tromperie sur la marchandise.

Cordialement,

S.


Mon cher, Ma chère (aucun élément de votre lettre ne me permettant de pencher pour l’un ou pour l’autre),

Vous êtes, en effet, en droit de demander des explications et nous, en devoir de vous en fournir; mais vous souffrirez, du moins je l’espère, que je ne réponde qu’en mon nom propre, laissant à M. Maquet toute la liberté de vous apporter les explications que lui-même juge appropriées. Du reste, je n’aurai même pas la satisfaction de lui pouvoir communiquer votre lettre, n’ayant plus aucune nouvelle de lui depuis notre procès.

Votre lettre m’a donné l’impression que la France a beaucoup changé, pour ne pas dire qu’elle a beaucoup perdu; hélas! chaque temps a sa particularité, le vôtre semble être celui de la déchéance. La France que j’ai peinte, c’est celle du moment où j’ai tracé les traits. Qu’eussiez-vous dit, par exemple, s’il n’y avait aucune différence entre la Marie-Antoinette de Van Meytens qui avait alors douze ans et dans celle de Vigée-Lebrun qui en a trente-huit? Vous eussiez crié à l’anachronisme en lisant, par exemple, que Charles IX vécut au château de Versailles et vous eussiez eu raison de le faire! De ce fait, tout en partageant votre déconvenue, je ne crois pas qu’une plus longue démonstration soit nécessaire pour vous assurer que ce n’est pas la peinture qui est mauvaise mais le modèle qui s’est transformé.

Tout au contraire de moi qui demeurerai toujours,

Votre humble et obligé,

Alex. Dumas

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