Nathalie
écrit à

   


Alexandre Dumas

     
   

Panthéon

   
Très cher Alexandre, 

J'ai vécu plusieurs années à Villers-Cotterêts, et vous êtes devenu un ami... Je vous lis et vous relis toujours avec plaisir. Et, j'étais encore dans votre ville natale à cette époque, j'aimerais savoir ce que vous avez pensé de votre panthéonisation. Beaucoup de «spécialistes» ont affirmé que vous n'auriez pas du tout apprécié... 

En vous remerciant, cordialement, 

Nathalie.



Me prenez-vous pour mort ou pour un dieu, ma chère, pour venir me tenir ce langage ? Car du temps où nous avions des panthéons, en Europe, c’était pour loger les dieux ou les restes des grands hommes. Mais il y a plus. Avez-vous lu le décret de l’Empereur? Je crois que non. Moi-même je ne suis tombé dessus que par hasard, en revenant des Îles de la Manche où j’ai accompagné un poète exilé.

Ô! Dieu veuille hâter, madame, le jour où nous n’aurons pas besoin de fuir la chère patrie pour être en paix avec notre conscience politique! Eh bien, d’après ce fameux décret, il n’y a plus de panthéon, plus de temple de la gloire, plus de temple de l’humanité; par conséquent, lors même que j’eus été mort et que la patrie reconnaissante (le diable m’emporte si je sais pourquoi!) eût voulu honoré ma mémoire, je ne pourrais être «panthéonisé». En fin de compte, je suis bien tenté de croire que c’est une farce que vous me faites.

Espérant avoir tout de même satisfait votre désir, j’ai l’honneur d’être...

Alex. Dumas