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          Dialogus

Julien et Maxime
écrivent à

Alexandre Dumas


Maxime et Julien à Alexandre


   

Monsieur Dumas,

Nous voulons en connaître davantage sur vous, alors nous allons vous poser quelques questions. Pourquoi êtes-vous éternellement amoureux? De qui? Est-ce que cela vous a aidé dans l'écriture de vos romans? Pourquoi avez-vous voulu publier vos romans avec Auguste Maquet? Qu'est-ce qui vous a bouleversé dans la pièce de théâtre «Hamlet»? Pourquoi votre père est-il mort alors que vous n'aviez que quatre ans? Où trouvez-vous vos sources pour vos divers romans? De quoi êtes-vous mort?

Merci de répondre.

Veuillez agréer, monsieur, nos salutations distinguées,

Maxime et Julien


Hé, messieurs, comme vous y allez! Vous m’avez posé, là, près d’une dizaine de questions d’une traite, et moi je vous préviens qu’il y en a auxquelles je serai bien incapable de répondre. Commençons par celles-là d’ailleurs.

De quoi suis-je mort? Par ma foi! Comment diable puis-je vous répondre si je suis mort? Vivez-vous donc si loin du monde que vous n’entendiez plus parlez de moi?

Quant à mon père, après avoir servi la République en Europe et en Égypte, où il avait été, pour ainsi dire, le bras droit de Bonaparte, il fut d’abord empoisonné dans les geôles du roi Ferdinand de Naples alors qu’il essayait de rentrer en France. Après vingt mois de captivité pendant lesquels il vécut le plus grand supplice, il finit enfin par être libéré; mais alors ce fut pour entamer un calvaire plus éprouvant encore. Le général Bonaparte, bien qu’il lui eût accordé la permission de quitter l’expédition d’Égypte, lui tint rigueur de l’avoir quitté; il fut mis à la retraite, et le premier consul fit en sorte qu’il ne perçût ni ses arriérés de soldes, ni sa part des cinq cent mille francs que le gouvernement de Naples fut forcé de payer pour le dédommagement des prisonniers de guerre survivants. Aussi, si vous voulez savoir de quoi est mort mon père, mes jeunes amis, je vous dirais qu’il est mort des poisons de Ferdinand de Naples et de la haine de Napoléon, à quarante et un ans; je vous conseillerai surtout de lire un récit plus détaillé que j’en ai fait dans mes mémoires, aux chapitres quatorze, quinze et vingt, plus particulièrement.

Par ailleurs, il est vrai qu’en amour je suis fidèle à moi-même, et, de cet aspect de ma vie, on ne dira que ce qu’on peut dire de l’ensemble. Du reste, si je parais... quelque peu... inconstant, dirons-nous, c’est par pitié et par considération pour les femmes, car celle qui serait obligée de me supporter longtemps serait bien malheureuse. Certes, chaque poète a sa muse, et j’ai aussi les miennes. Et même si, conformément aux lois de renouvellement des choses, elle change souvent de visage, cette muse reste pour moi une source intarissable d’inspiration... Voilà tout ce que je peux vous en dire!

Enfin, concernant Auguste Maquet, il m’est tout bonnement impossible de vous dire pourquoi je publiai en collaboration avec lui. Le hasard prit soin de le placer sur ma route, voilà tout. C’est du reste un excellent collaborateur, un homme plein de ressources, de justice et de culture. Notre collaboration fut honnête et fructueuse jusqu’à ce que, comme un voile qui cède à la tempête, il se laissât monter la tête par mes détracteurs. «Mais quand diable, monsieur, lui disaient-ils, vous résoudrez-vous à faire un procès à Dumas?
- Peste, messieurs, leur répondait-il dans un premier temps, voilà la septième fois de la journée que l’on me conjure de faire un procès à Dumas; pouvez-vous, s’il vous plaît, me dire quel serait notre contentieux? Je vous préviens que je suis en très bonne intelligence avec monsieur Dumas; que l’on se respecte mutuellement; que nous partageons de manière équitable le fruit de nos diverses collaborations et même que, dans ce partage, monsieur Dumas a une manie bien étrange de faire ma part plus grosse que ne le veut mon travail réel».

Mais, hélas, ce cœur finit par capituler devant le siège de l’ambition et de l’envie; il alla grossir le rang de ceux qui m’attaquent toujours et ne m’atteignent jamais.


Je vous remercie, mes jeunes amis, de l’intérêt que vous prenez à mon œuvre et à moi qui, de cette façon, demeurerai éternellement votre humble et obligé,

Alex. Dumas

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