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          Dialogus

Sunday
écrit à

Alexandre Dumas


Livres et politique


   

Cher Alexandre Dumas,

Je vous écris car nous faisons un projet Dialogus au collège Bergson. À part cela, je vous envoie cette lettre parce que je vous admire. J'ai lu votre trilogie du «Comte de Monte-Cristo» que j'ai adorée car sa vengeance est un plan très long et méticuleux et ses rouages se mettent en place au dernier moment. J'ai, bien entendu, quelques questions à vous poser:

Êtes-vous d'accord avec l'élection de Napoléon Bonaparte? Croyez-vous aux coïncidences heureuses ou malheureuses (dans votre vie par exemple)?

Quel est votre roman préféré? Quel est votre roman préféré parmi ceux que vous avez écrits et pourquoi? Pour le roman «Les trois mousquetaires», vous êtes-vous inspiré de la vie réelle?

Désolée de vous importuner; mais j'espère que vous prendrez un peu de temps pour me répondre. Vous êtes vraiment le plus grand écrivain de votre époque.

Cordialement,

Sunday


Lettre écrite dans le cadre scolaire


Ma chère Sunday,

Mon retard, dû à un long voyage en Amérique dont je rentre à peine, a sans doute perturbé votre projet et cela me cause un vif déplaisir. J’espère que les réponses que je vous apporte suffiront à me faire, sinon pardonner, du moins excuser.

À la campagne qui porta le prince à la présidence de la République, je pris clairement partie pour Eugène Cavaignac. Quelqu’un d’autre se fut vanté d’avoir dès lors compris, avant tant d’autres, qu’un héritier de Napoléon ne se contente pas d’un fauteuil présidentiel: un trône seul lui convient. Eût-il sincèrement désiré se limiter aux bornes fixées par la constitution que son destin le rattraperait; eût-il franchement désiré oublier qui il était que son nom et l’Histoire de l’Europe le lui viendraient rappeler. Je ne fus donc pas surpris quand je vis s’accomplir cet autre 18 Brumaire; je fus seulement triste.

En ce qui concerne les coïncidences, je ne puis qu’y croire. Cependant, je m’interroge encore au sujet de leur nature. Sont-ce des événements prévus, organisés, arrangés de longue date par la Providence, ou sont-ils le simple fait du hasard? Je suis en cela moins heureux que Jacques, le personnage de Diderot, pour qui tout ce qui arrive «était écrit là-haut». Néanmoins, «Jacques le fataliste et son maître» n’est pas mon roman préféré; d’ailleurs, en ai-je? J’ai beaucoup de plaisir à lire Walter Scott, à écouter les histoires d’Hugo, de Lamartine, de Vigny, de Sand et de mon fils, autant que j’en éprouvais à écouter Nodier; mais allez choisir dans tout cela!

Mais concernant les miens, ma chère, vous rendez-vous bien compte que vous venez de demander à un père de vous dire lequel de ses enfants a sa préférence?

Enfin, à propos des personnages des Mousquetaires, je vous avouerai que certains ont bien existé tandis que d’autres, quoi que j’en pusse dire dans la préface de ce livre, n’ont jamais vécu que dans mon imagination. C’est le cas des Bonacieux, par exemple.

J’espère avoir satisfait votre curiosité, et j’espère que vous ne tiendrez pas rigueur à

Votre éternel obligé,

Alex. Dumas

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