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Pierre, Nathan, Claire
écrivent à

Alexandre Dumas


Écrivain en herbe


   

Marseille, le 21 février 1842


Cher Monsieur,


Je vous écris pour vous faire part de mon admiration envers vous. Vous avez brillamment progressé dans votre carrière d’écrivain. Pour moi, vous êtes aussi un extraordinaire compositeur. Vos œuvres sont exceptionnelles tant dans l’écriture que dans le théâtre. Peut-être êtes-vous un génie dans l’écriture comme Beethoven l’était dans la musique?

J’aurais, pour finir, un nouveau sujet de roman qui pourrait vous intéresser: «Les trois mousquetaires, un roman de cape et d’épée».

Auriez-vous, sil vous plaît, l’amabilité de me répondre? Cela me toucherait au plus haut point et j’en serais très honoré. D’autre part, et j’arrêterai ici. Continuez d’écrire des romans et des pièces de théâtre, pour mon grand plaisir et celui de beaucoup d’autres personnes.


Salutations,

Robert Dupont


Mon cher Monsieur Dupont,


Je suis honoré et très flatté de la comparaison que vous hasardez entre le prodige allemand et moi. Cependant, je ne pense pas qu'il m’appartienne, à moi, de dire que je suis à la littérature et au théâtre ce qu'il fut à la musique. Et ce, non pas par fausse modestie; non, monsieur, c’est par respect pour le titanesque travail qu'il a dû accomplir pour être ce qu'il est et qu'il restera dans l’histoire des hommes. Plus encore, je vous confierais que cette place que j’occupe naturellement par rapport au célèbre musicien me plaît et me sert; me plaît, parce que, paradoxalement, elle me permet de mieux voir et mieux admirer; me sert, car elle me permet de garder les pieds sur terre et de continuer à m’améliorer. Il faut toujours, et cette maxime vaut autant pour l’homme de quarante ans, déjà un peu versé dans la littérature que pour vous qui aspirez à l’être, oui, il faut toujours garder un œil humble et critique sur soi et sur son travail et chercher sans cesse à faire mieux. Boileau, le chantre du classicisme, dans un traité qui restera toujours dans le lot des plus importants manuels de l’école poétique, l’a bien mieux dit que moi; je ne peux donc que le citer:

«Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez»

Quant à votre proposition de roman, ah, monsieur! me croirez-vous si je vous dis que, avant-hier, j’ai enfin pu éclaircir les énigmes qui m’ont permis de mettre ce titre sur un projet? Mon Dieu, que n’êtes-vous arrivé plus tôt! Vous m’auriez épargné des jours de recherches qui, certes, m’ont permis de découvrir un grand nombre de mystères sur le XVIIe siècle, mais m’ont privé des plus douces heures de sommeil et des plus charmantes conversations. Après tout, c’est cela, la vie d’artiste. Mais j’ai en ce moment-même, devant moi, un livre du dernier intérêt, plus précisément intitulé «Mémoires de M. le comte de La Fère, concernant quelques-uns des événements qui se passèrent en France vers la fin du règne du roi Louis XIII et le commencement du règne du roi Louis XIV». Ce livre, qu’a eu l’amabilité de me prêter mon bon ami Paulin Paris, contient une foule d’intéressants détails que je n’osais espérer; je compte en profiter pour donner au public les plus amusants volumes dont je n’ai jamais eu le bonheur de le divertir.

Je vous promets de vous en dire plus à la prochaine occasion et vous remercie de toutes ces bonnes intentions à mon égard; mais j’ai surtout l’honneur d’être, mon cher Monsieur Dupont, votre humble et obligé,

Alex. Dumas

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