Michèle Tremblay
écrit à

   


Alexandre Dumas

     
   

De La Mole et infidélité

    Monsieur Dumas, bien le bonjour,

J'ai appris que vous vous étiez fait pleurer en écrivant la torture de De La Mole et j'en ai été très émue.

Par ailleurs, il semble que vous ayez fort bien pris l'infidélité de votre femme, tournant l'événement à la blague. Auriez-vous la gentillesse de m'entretenir davantage de ce sujet?

Merci à l'avance et bonne journée,

Michèle



Madame,

Aussi paradoxal que cela puisse sembler, l'auteur est plus souvent l'esclave de son histoire que l'inverse. Et, il arrive que l'auteur en soit le premier attristé.

Vous souhaitez que je vous entretienne des infidélités de mon épouse et de ma réaction face à cet événement. Vous serez probablement surprise de savoir que je n'ai pas souvenir de cette circonstance particulière. À ma défense, il faut dire que je n'ai été marié que cinq ans avec cette chère Ida. Quoi qu'il en soit, il faut dire que, auprès de cette bonne société parisienne, le mot d'esprit est certes mieux reçu qu'un esclandre de jalousie. Et, de toute façon, comment pourrais-je lui en vouloir de son infidélité, moi qui, je peux l'avouer au crépuscule de ma vie, aurait bien plus à blâmer sur cette question? Après tout, les chaînes du mariage sont si lourdes qu'il faut être deux pour les porter; quelquefois trois.

Sincèrement,

A. Dumas

Monsieur Dumas,

 Concernant l'infidélité de votre femme, voici ce que j'ai entendu dans une reportage télévisé sur vous. Vous êtes entré dans votre chambre à coucher et avez entendu un bruit de castagnettes venant du garde-robe. Vous l'avez ouvert et y avez trouvé votre meilleur ami (et amant de votre femme) qui claquait des dents, de froid. Sur le coup de la colère, vous l'avez empoigné et suspendu hors de la fenêtre. Puis, vous ravisant, vous avez déclaré qu'il faisait froid dehors, que vous ne pouviez lui faire subir un tel désagrément et l'avez invité à se glisser, au chaud, sous les couvertures, ce qu'il a fait. Vous vous êtes donc retrouvés tous les trois sur le matelas, votre femme au beau milieu. Au bout d'un moment, vous avez dit à votre ami que vous l'aimiez trop pour vous brouiller ainsi avec lui et lui avez proposé de faire la paix. Il a accepté et vous a tendu la main, par-dessus le corps de votre femme. Vous auriez conclu par ce mot d'esprit: «On se sert la main au-dessus de la place publique.»


Chère Michèle, 

Comme je vous l’ai écrit dans ma précédente missive, je n’ai pas souvenir de ces circonstances particulières. Votre certitude de ces événements inquiète, je dois le dire, mes capacités de mémoire, que je croyais meilleures. Je vieillis. Je peux toutefois vous dire que mon épouse a en effet eu (au moins) un amant. Après notre mariage, nous nous sommes installés à Florence. Je suis rentré quelques années après, mais Ida y est demeurée avec son amant, le prince de Villafranca. Croyez-moi, je me souviens bien du divorce et, surtout, de la pension de plusieurs milliers de francs que j’ai dû donner à mon ex-épouse. Pardonnez-moi de ne pas pouvoir vous éclairer davantage sur cette anecdote précise. Mais, je dois dire que c’est un bon mot d’esprit et je me sens bien heureux de savoir qu’il est de moi.

 Bien à vous. 

A. Dumas