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Louise
écrit à

Alexandre Dumas


Alexandre Dumas


   

Cher monsieur Dumas,

Je suis très honorée de vous écrire. J'aime vos œuvres, notamment «Les trois mousquetaires».

Je crois que vous êtes originaire d'Afrique. Vos origines n'ont pas dû faciliter la publication de vos livres. À cause du racisme sévissant à votre époque, votre vie n'a pas dû être toujours toute rose. Avez-vous eu des enfants? Est-ce que vous avez commencé à écrire jeune ?


Toutes mes salutations,

Louise


Chère Louise,

J’ai en effet des origines africaines: ma grand-mère était une esclave noire. Comme je l’ai dit dans mes mémoires, je ne sais quelle brouille de cour ou quel projet de spéculation détermina mon grand-père à quitter la France vers 1760, à vendre sa propriété et à aller fonder une habitation à Saint-Domingue. En conséquence de cette détermination, il avait acheté une immense étendue de terrain, située vers la pointe occidentale de l'île, près du cap Rose, et connue sous le nom de la Guinodée, au Trou-Jérémie. C'est là que mon père naquit, de Louise-Cessette Dumas, et du marquis de la Pailleterie, le 25 mars 1762. A la mort de ma grand-mère, le marquis se résolut à rentrer en France avec son fils; mais une dispute éclata bientôt entre eux, mon père prit le nom de sa mère, Dumas, et s’engagea dans l’armée.

J’eus effectivement à faire face à quelques remarques peu sympathiques sur ma couleur de peau. Effrayant parfois, admiré souvent et envié toujours, je dus me battre comme un beau diable. Mais il se trouve que le génie, le talent finissent toujours par s’imposer. Le public n’a pas demandé qui était ce Dumas avant de commencer à le lire. Il s’est lancé, il a aimé, il s’est laissé conquérir, voilà tout. Et quand il a vu cet homme aux cheveux crépus, qu’on lui a dit que c’était l’auteur d’Henri IV, auteur que son talent avait élevé jusqu'au triomphe, il était déjà trop tard pour ne pas l’applaudir.

Vous me faites l’honneur, ma chère, de me demander si j’ai des enfants. Mais mon Dieu, êtes-vous une recluse? À quelle distance vivez-vous du monde pour que le nom de mon fils mette autant de temps à venir jusqu’à vous? Oui, j’ai notamment un fils, mon meilleur ouvrage! Il s’appelle aussi Alexandre, et au train où il va, je crains de n’être plus connu, sous peu, que pour Alexandre Dumas le père.

Mais en attendant que cet heureux malheur arrive, je continuerai d’être, chère Louise, votre très obligé,

Alex. Dumas.

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