Jean-Claude Lebas
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Charles Darwin
Charles Darwin

     
   

La philosophie et la théorie de l'évolution

   

Bien le bonjour Monsieur Darwin,

Quand on pense à la très reconnue théorie scientifique de l'évolution, on a envie de l'opposer à des philosophies ou croyances en Dieu. Est-il nécessaire de savoir si une théorie scientifique est en accord avec des philosophies ou croyances? Avez-vous rencontré des problèmes contradictoires d'ordre philosophique avec votre théorie de l'évolution?

Jean-Claude L.


Cher monsieur Lebas,

Lorsque nous élaborons ou analysons une théorie scientifique, nous ne pouvons nous abstraire totalement de nos conceptions philosophiques, et cela peut influencer notre point de vue sur la théorie, indépendamment de sa valeur scientifique propre.

Cependant, je crois que ce qui doit primer dans le fait d’accepter ou non une théorie scientifique, c’est sa cohérence et sa capacité à expliquer la réalité observable, même si cela doit nous amener à modifier nos croyances. Refuser une théorie scientifique au nom d’une croyance est une attitude dogmatique, pour moi inacceptable.

L’opposition qui est souvent faire à ma théorie au nom de la croyance en Dieu relève de ce dogmatisme, dont d’autres ont été victimes par le passé. La théorie de Copernic et de Galilée, selon laquelle la terre n’est pas le centre immobile de l’univers, n’est pas incompatible avec l’idée de Dieu. Cependant, après Copernic et Galilée, il n’était plus possible de croire en Dieu de la même façon. Il en est de même pour ma théorie. C’est pour cette raison qu’elle suscite des réticences d’ordre philosophique ou religieux, sans que ces réticences soient étayées par des faits.

Je ne pense pas que ma théorie de l’évolution par sélection naturelle soit incompatible avec l’existence de Dieu (comme avec son inexistence), mais, depuis la publication de "L'origine des espèces", on ne peut plus croire en Dieu comme avant. Pour une analyse plus en détail de cette question, je vous renvoie aux courriers que j’ai déjà écrits à Dialogus, en particulier ma réponse à « Évolution et révolution ».

cordialement,

Charles Darwin