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Alexandra
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


Fuir


    Chère princesse,

Pourquoi avez-vous fui votre vie pour une retraite qui a dû vous faire vraiment du bien?


Ma chère Alexandra,

Comme il m'est agréable d'avoir un peu de distraction en ces temps douloureux! Votre lettre me ravit, en même temps qu'elle me force à me replonger dans mes souvenirs. Vous voulez savoir pourquoi j'ai fui ma vie dans une retraite à d'aucuns incompréhensible. Il me semble, bien chère, que c'est moi-même que j'ai fui au travers de ce départ. Il est vrai que j'aurais pu me laisser aller à la facilité, au penchant qui me poussait irrésistiblement vers M. de N.; mais j'aurais, tôt ou tard, souffert de cet amour. J'ai préféré m'épargner l'inquiétude de la passion, et choisi une douce douleur plus que joies et souffrances ardentes. J'ai préféré me détacher de M. de N. en gardant le rêve de ce que notre amour aurait pu être, plus que m'arracher à lui contrainte par son désamour, et vivre dans le regret de ce que notre amour aurait été. Plutôt pas de début qu'une fin qui m'aurait réduite en miettes. Quant à savoir si cette retraite que je mène actuellement «me fait du bien dans ma vie», comme vous le dites, j'avoue n'en rien savoir. Je souffre moins; je tire même un certain bonheur de cet état languissant dans lequel je me complais. La vie doucement semble se retirer de moi, sur la pointe des pieds, aussi furtivement que j'ai quitté le monde avec fracas.

Ma bonne Alexandra, je vous remercie de m'avoir accordé une pensée, et je retourne aux miennes, que vous avez su rallumer tantôt.

Bien à vous,

la Princesse.

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