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Bezette
écrit à
Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves


Connaître votre histoire


    Chère Princesse,

Êtes-vous la quatrième épouse d'Henry VIII, Roi d'Angleterre, né en 1491? Si oui, j'aimerais bien connaître votre histoire. Pourquoi le Roi vous a-t-il répudiée la même année qu'il vous a connue? Quel âge aviez-vous à cette époque? Comment avez-vous vécu après cette répudiation? Avez-vous eu le temps de connaître un peu le Roi Henry pour nous en parler?

Espérant en savoir plus sur vous, merci.


Ma très chère Bezette,

Votre lettre me replonge dans des rêveries poignantes. Contrairement à ce que vous pensez, je ne suis pas la quatrième épouse d’Henri VIII, la malheureuse Anne de Clèves. Anne est une cousine éloignée de mon défunt mari, le prince de Clèves. Son mariage avec le roi, il y a quelques années, a fait grand bruit à la cour, et plus encore sa répudiation quelques mois plus tard. Vous n’êtes pas sans savoir quelles sont les mœurs des cours royales, où le devoir, impitoyablement, fait plier puis rompre les cœurs les plus nobles, les sentiments les plus délicats. Henri venait donc de perdre son épouse alors qu’elle lui donnait un héritier; mais un roi ne peut rester sans reine, et ses ambassadeurs eurent pour mission de trouver une princesse qui constituât une alliance féconde et fructueuse, au mépris de ce sentiment noble et délicat qu’est l’amour. Le choix se porta sur Anne de Clèves, dont un portrait peint par Holbein charma le roi. Son cœur s’enflamma à cette image, et il l’épousa. Mais force fut bientôt d’avouer que le peintre avait été par trop flatteur; Anne avait un physique ingrat. Pour cette raison elle fut répudiée, et l’alliance politique rompue. Voilà, chère Bezette, qui devrait vous laisser songeuse et vous fournir un exemple saisissant de l’humaine nature. Sur la foi d’une image, on aime, et cet amour ne résiste pas au temps et à la réalité. Les qualités de cœur font pâle figure auprès de la déception que génère un portrait fallacieux, et l’amour vrai n’est que chimère et contes bleus pour les couventines.

Cette missive réveille en moi de bien tristes pensées. Vous dites désirer mieux me connaître. Qu’il vous suffise de vous souvenir que j’appartiens à la maison de Chartres, et que mon mari tant estimé est mort du chagrin que je lui causais pour avoir chéri une image chatoyante plus qu’un époux fidèle et dévoué.

Ma chère amie de plume, pardonnez si je suis peu prolixe. Mes blessures se rouvrent au moindre effleurement.

Bien à vous,

La Princesse de Clèves

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