Gérard Lison
écrit à

   


Jules César

     
   

Cruauté excessive

    Ave César,

C'est un honneur pour moi d'écrire au grand conquérant que vous êtes.

Cependant, je trouve assez difficile de comprendre l'incroyable cruauté avec laquelle vous avez châtié vos adversaires, ou plus précisément Vercingétorix.

Il semble qu'après la défaite d'Alésia, vous ayez obligé Vercingétorix à se dépouiller d'armes et vêtements, vous l'auriez fait emprisonner nu dans une cage et ramené à Rome comme un animal sauvage.

Par la suite, ce pauvre Vercingétorix aurait dû servir de gladiateur dans le cirque pendant plusieurs années avant de mourir sordidement étranglé dans son cachot insalubre.

Bon, je n'ignore pas que la Convention de Genève n'existe pas à votre époque et que la seule loi de la guerre est «Vae Victis» mais tout de même!

Pourquoi donc un tel traitement, aviez-vous un compte personnel à régler, un ami à venger ou un exemple à faire?

Amicalement,

G Lison



De César à G Lison,

Tes sources sont vagues avec des termes comme «il semble que».

Tout cela est complètement faux. Lors de sa soumission, Vercingétorix a volontairement jeté ses armes et armures avant de s'asseoir en tailleur au pied de l'estrade où César était installé sur sa chaise curule. Il a agi intelligemment car les tribuns de César l'auraient fait s'agenouiller s'il ne s'était pas assis. Il a évité cette humiliation.

Enfermer les prisonniers dans des cages de bois est une tradition purement gauloise d'inspiration druidique. Jamais un Romain n'aurait agi de la sorte. D'ailleurs, Vercingétorix était un grand chef, ce qui lui a permis de conserver son or et ses bijoux et de vivre confortablement dans une villa près de Rome en attendant sa mise à mort qui devait suivre le triomphe de César. Il est ridicule de présenter au peuple un chef malade, diminué, maltraité ou mourant. Le peuple doit voir le chef vaincu dans toute sa splendeur et toute sa puissance. Cela montre que celui qui l'a vaincu lui est réellement supérieur. Vercingétorix est mort par la suite dans les prisons du forum selon l'ancienne coutume, tout comme beaucoup de chefs et de rois étrangers. Le dernier une liste était à ce moment Jugurtha de Numidie.

César accorde beaucoup d'importance aux lois romaines et aux traditions. Tout ce que tu as décrit est complètement faux. Qui a bien pu raconter des choses pareilles? Si tu le sais, G Lison, César te demande de lui donner des noms afin qu'il fasse taire ces mauvaises langues.

Vale!

C J Caesar



Ave César,

C'est mon professeur d'Histoire (mon précepteur) qui m'a enseigné la version que je vous ai donnée, je n'ai pu que benoîtement le croire. Je suis rassuré quant au sort de Vercingétorix. Je ne doute point de vos paroles ni de vos intentions. Dans quelles conditions ce chef gaulois fut-il donc ramené à Rome et comment se fait-il que, se sachant condamné, il ne se soit pas évadé de sa villa pour sauver sa vie? Enfin, pourquoi exécuter un captif? Le garder en otage l'aurait sans doute rendu plus précieux. Les lois romaines sont plutôt dures avec les vaincus.

Vale!

G Lison



À G Lison,

Malheureusement, ton précepteur t'a enseigné une version erronée. Il ne faut pas lui en vouloir. Deux mille ans te séparent de l'époque de César et l'Histoire peut avoir été altérée par des gens mal intentionnés.

Les otages servent à garantir la docilité des parties lors d'une entente. Dans le cas de Vercingétorix, comme il était un chef vaincu (donc déshonoré), il ne représentait pas une monnaie d'échange valable pour les Gaulois. Qui aurait voulu vouloir suivre à nouveau un chef qui les avait entraînés dans une terrible catastrophe? Il n'était plus rien pour les autres chefs gaulois et son sort ne leur importait plus.

Vercingétorix a été renvoyé à Rome sous escorte armée monté sur un mulet. Il n'était pas ligoté, mais seulement désarmé. Il n'a pas tenté de s'échapper car il savait que c'était inutile. Personne ne voulait de lui en Gaule et personne ne l'aurait aidé en Italie. De plus, il se savait vaincu et se soumettait aisément à ses vainqueurs. L'honneur qui lui restait l'a fait rester. De plus, il portait un gros collier d'or très serré dans son cou. César a fait souder ce dernier afin qu'il ne puisse l'enlever. Cela le rendait donc très reconnaissable.

Il a vécu quelques années confortables à Rome. César a même dîné avec lui quelque fois dans la villa et cela fut très agréable à chaque fois pour tous les deux.

Au risque de se répéter, César te rappelle que plusieurs millénaires te séparent de lui et que les mentalités et les valeurs ont probablement beaucoup changé durant tous ces siècles.

C J CAESAR



Ave César,

Je remercie Votre Excellence de cette réponse car, en effet, je n'avais pu que croire la version qui m'avait été donnée par mon précepteur. Cependant, l'or étant un métal fort malléable, Vercingétorix aurait pu assez facilement se l'arracher, mais ce chef gaulois n'avait sans doute nulle part où aller. Je ne juge ni ne condamne la société romaine de votre époque car, comme vous avez la sagesse de le reconnaître, nous avons des valeurs différentes dans des sociétés différentes. Par exemple, Brutus, votre protégé, se suicidera en s'exclamant «Vertu, tu n'es qu'un mot» ce qui est plutôt difficile à comprendre venant d'un tel assassin.

Vale

G Lison