Patrick Bogo
écrit à

   


Jules César

     
   

Caesar imperator

   

Patrick Bogo àCAIUS IULIUS CAESAR

Salut,

J'aimerais savoir à partir de quel moment tu as pris conscience du rôle que tu devais jouer dans le monde romain? 

J'entends par là la prise de conscience de ton destin. 

Tu es loin de Rome, alors méfie-toi de Pompée: depuis la défaite de Crassus ce n'est plus le même homme me suis-je suis laissé dire, qui s'opposerait à toi si tu ne licenciais tes légions. 

Puissent Venus Genetrix et le grand Jupiter Capitollin veiller sur tes entreprises.

SALVE


De César à Patrick Bogo, 

César a toujours eu conscience qu'il était voué à une grande destinée. N'est-il pas un descendant de Vénus? Grâce à son grand-père (aussi appelé Caius Julius) qui a su marier ses filles à de grands hommes (Caius Marius et Lucius Cornelius) dont le prestige s'est reflété sur ses fils (dont le père de César), César a pu jouir de la fortune et de l'influence nécessaire pour atteindre ses buts.

 Quant à Pompée, il est mort depuis quelques années déjà. 

C.J. CAESAR


Salut à toi Caesar, 

Tu ne me réponds pas ou de manière succincte; j'en attendais un peu plus, aurais-tu perdu l'éloquence qui a fait ta réputation?

Je suis surpris de lire que l'on t'ait déjà présenté la tête de Pompeius, triste fin, n'est-ce pas? Pour le pacificateur de Mare Nostrum! Tu devrais te détourner des effets de style, tu parles à un centurion primus pilus qui a traîné ses caligae sur tous les théâtres d'opération à tes côtés. Je te repose ma question différemment: à quel moment as-tu compris la nécessité de changer les institutions, compte tenu que tu aurais pu te satisfaire d'une vie de patricien à l'instar de tes collègues?


De César à Primus Pilus, 

Tu aurais dû te nommer plus tôt, primus pilus et j'aurais pris plus de temps pour te répondre correctement. En général, je dicte mes réponses à un secrétaire et il résume ma pensée dans une lettre. Comme il ne leur est pas permis de parler ou d'écrire en mon nom directement, ils le font à la troisième personne. Je réponds à ta lettre moi-même, primus pilus, et espère que le rouleau te parviendra en bon état où que tu sois. 

Il est vrai que j'aurais pu me contenter d'une carrière politique classique et me lancer dans le cursus honorum comme tout patricien peut espérer le faire. Mais je suis né et ai grandi dans la Suburra qui est le quartier le plus pauvre de Rome. Ce contact direct avec la plèbe m'a permis de voir autre chose que la vie sur le Palatin (où vit la majorité des membres de la noblesse). J'ai vite compris que c'est la plèbe qui mène Rome, quoiqu'en pensent les sénateurs. Durant mon enfance, on m'a souvent parlé des Gracques qui ont tenté de donner plus de pouvoir au peuple et on m'a surtout raconté les exploits de mon oncle Caius Marius. Il n'était pas né à Rome dans une riche famille. Il avait fait sa fortune lui-même durant son service en Espagne puis avait épousé une Julia, ce qui lui a ouvert les portes du Sénat. Il s'est par la suite montré plus efficace, plus intelligent que les nobles qui l'ont détesté. Malgré l'opposition, il a été sept fois consul et a toujours gouverné pour le peuple. Il avait compris avant moi que ce dernier détenait le vrai pouvoir. Le parti des populares n'a jamais été aussi fort que sous son gouvernement. Les travailleurs, marchands et capite censi ont occupé le forum et ont montré au Sénat que sans eux, il ne serait rien. Rome se gouverne pour le peuple et par le peuple. 

C'est ce que les Optimates n'ont pas compris.

 Pour ma part, j'ai toujours voulu compléter l'oeuvre de mon oncle Caius Marius. Je n'ai jamais accepté la trahison de mon autre oncle, Lucius Cornelius Sylla, pourtant allié de Marius. Il s'est finalement mis au service des riches et a pris le pouvoir, écrasé le peuple. Les proscriptions de Sylla furent terribles. Beaucoup de sang a coulé sur Rome et je fus moi-même visé. J'ai dû fuir pour vivre en raison de mon admiration pour Marius. 

C'est durant cet exil que j'ai résolu de revenir à Rome pour prendre le pouvoir et pour continuer l'oeuvre des Gracques et de Caius Marius. Les institutions actuelles ne convenaient qu'aux riches et privilégiés qui méprisaient la plèbe. Pire, certains parvenus s'étaient vendus aux Optimates, comme Cicéron! C'était la décadence de Rome. Rome, ville à vendre qui finira par se tuer elle-même! Voilà ce que je pensais. Catilina a tenté détruire la structure, mais il ne s'y est pas pris de la bonne façon. Il a d'ailleurs payé le prix fort que Cicéron, le soi-disant sauveur de la République, lui a imposé. Il est mort au combat avec honneur pour ce qu'il croyait être juste, ce qu'aucun sénateur n'aurait le courage de faire! Tu connais sans doute la suite, primus pilus. Nous sommes sur le point d'y arriver. Quelques pas encore et Rome sera une ville nouvelle. 

J'espère avoir, cette fois, répondu à ta question de façon satisfaisante. 

Vale! 

C.J. CAESAR