Vos visions
       

       
         
         

Alcyone

      Bonjour Cassandre,

J'aimerais savoir de quelle manière se manifestaient vos visions, de quelle manière elles venaient à vous.

Amicalement,

Alcyone

 

       
         

Cassandre

      Joie et Paix dans ta demeure Alcyone!

L’art de la divination me fut enseigné lors de ma formation de prêtresse dans le temple d’Apollon de la Sainte Cité de Troie. J’appris à observer les signes de la terre et du ciel, le vol et le cri des oiseaux, qui sont les messagers des dieux, et à observer le comportement des serpents du temple, qui connaissent de la terre tous ses secrets et volontés. On m’enseigna également à accomplir des sacrifices et à lire dans les entrailles des animaux. Malheureusement, tandis qu’on me reléguait au temple pour recevoir les consultants, mon frère Hélénos pouvait interpréter la volonté des dieux lors des évènements publics. Les honneurs sont réservés aux hommes. Parce que j’étais née femme, on m’interdisait de participer aux rituels officiels, à moins que ce ne fut que comme une simple assistante.

La meilleure divination qui soit est celle qui transforme les humains en véritables réceptacles vivants. Pour cela, les femmes sont beaucoup plus qualifiées que les hommes, car leur âme est réceptive et sensible aux mondes invisibles et à la voix des dieux. Dès ma plus tendre enfance, et pour cela, nul besoin ne fut de m’enseigner la méthode, je pouvais voir le futur aussi sûrement que je vois le présent. Une des première fois fut ce jour où mon frère Hélénos, mon cadet de deux ans, et moi, avions accompagné ma mère au temple d’Apollon pour sacrifier au dieu. Avant d’entrer dans le temple et du haut de la terrasse, j’observais le port tranquille quand soudain l’eau claire s’obscurcit et je vis des milliers de navires noirs comme les ténèbres. Ce fut ma première vision concernant l’attaque des Grecs et elle ne dura que quelques instants.

Les prêtres et prêtresses affirmaient que je possédais ce don de naissance. En effet, à l’époque où ma mère me portait dans son sein, ainsi que mon jumeau Alexandre, elle eut un rêve prémonitoire envoyé par un dieu bienfaisant. Ce rêve annonçait la destruction de Troie par Alexandre, surnommé Pâris. On a dit qu’un des deux enfants provoquerait la malédiction de la ville, tandis que l’autre ne pourrait que l’annoncer. Ainsi fut scellée notre destinée.

Les fidèles d’Apollon me montrèrent comment provoquer ces visions, mais malgré cela, elles me venaient aussi d’une manière spontanée, à toutes sortes de moments ou d’endroits, sans que je puisse les interrompre ou les contrôler.

Cette extase ou ce délire qui s’emparait de moi, me permettait d’entrevoir l’avenir assez clairement. Apollon prenait possession de mon corps et me montrait les images du monde de demain. Ceux qui assistent à ce genre de délire peuvent ne rien y comprendre, car la voix du dieu ne leur est pas destinée. Imagine un peu l’effet: nous mangeons à la table royale quand soudain, devant mes yeux ébahis, des guerriers pénètrent dans le palais et assassinent tout le monde. J’étais bien entendu terrifiée et agitée. Mais mon père, gêné par mes délires, me renvoyait alors en me traitant de folle. Ce genre de scène s’est si souvent répété, qu’à la longue on m’ordonna de ne plus quitter mes appartements du temple. Il n’est de pire aveugle que l’homme qui ne veut rien voir…

Cassandre, née Alexandra