Est-ce bientôt ta fin?
       

       
         
         

Sallia

      Chère Cassandre,

Je suis très heureuse de pouvoir t'écrire! Merci de nous donner de ton temps, même si, d'après ce que je comprends, du temps, tu en as à revendre!

Crois-tu que Clytemnestre mettra fin à tes jours? Vient-elle te voir de temps en temps? Et si oui, de quoi parlez-vous? N'êtes-vous pas des rivales dans un certain sens?

Prends soin de toi!

Sallia

 

       
         

Cassandre

      Joie dans ton coeur Sallia!

En effet, j’ai beaucoup de temps à consacrer aux autres. J’ai une éternité devant moi. Chaque matin, en observant l’aube aux doigts roses s’étendre dans le ciel, je me dis que cette journée est la dernière, que Clytemnestre enverra ses mercenaires s’emparer de moi et qu’enfin cette éternité que j’attends commencera. Mais de chaque jour, j’en vois la finalité et les étoiles du matin redeviennent inlassablement les étoiles du soir.

Clytemnestre est venue me rendre visite trois fois dans les trois jours qui ont suivi mon emprisonnement. Je fus mise à l’arrêt dès notre arrivée à Mycènes et Agamemnon, qui me promettait monts et rivières, s’est peu soucié de mon sort. Ensuite, de nombreuses journées ont passé sans que j’aie de nouvelles de la reine ou du roi. Puis, un matin, j’ai entendu les rumeurs du palais. Une grande révolution s’était déclenchée: la reine avait repris le pouvoir et Agamemnon était mort, de sa main. Dès lors, je croyais qu’elle en finirait avec moi, mais lorsqu’elle est venue me rendre visite ce soir-là, elle fut toute politesse et gentillesse.

Elle vient régulièrement dans mes appartements. Elle s’assoit ou marche comme un lion en cage. Elle me parle comme si elle se parlait à elle-même. Je ne sais quoi lui répondre… C’est une femme bien étrange. Elle me fait un peu penser à ma mère. Toujours cette soif de régner, ce dégoût des hommes et de leur pouvoir. Je la comprends dans un sens, moi aussi j’ai longtemps traîné cette haine pour les hommes et leurs prétentions, mais maintenant… plus rien ne saurait éveiller en moi la part de vie qui me reste. Plus rien n’a d’importance. Je ne suis pas encore morte peut-être, mais j’ai l’impression d’avoir un pied sur le bûcher.

Je crois que la reine me regarde parfois comme une ennemie, mais moi, je ne me sens pas sa rivale. Je n’ai jamais souhaité l’affection d’Agamemnon et c’est bien à contre-coeur que j’ai dû le suivre dans cette absurde traversée. Je ne suis plus qu’une esclave exilée. Cela, je crois que Clytemnestre le sait et c’est pourquoi elle se montre parfois si aimable.

Que les dieux t’accordent leur protection!

Cassandre, née Alexandra