Diane

écrit à

   


Cassandre

     
   

École?

    Ma chère Cassandre,

Voilà plusieurs semaines déjà que je ne t'écris plus. Pourtant connaître l'histoire d'Ilion me passionne, et cela me manque de ne plus rien savoir. Aujourd'hui encore, une question me vient à l'esprit. Aviez-vous des maîtres qui vous apprenaient la «sagesse», si je puis employer cette expression? Dans notre présent, nous appelons cela l'école, peut-être est-ce le même terme à ton époque...

Mais quelle personne suis-je donc? Tu es là, prisonnière de Clytemnestre, à souffrir, à appréhender la mort... Et moi je te pose une question tellement insignifiante. Pardonne moi, mais je n'ai aucunement l'habitude... Tu as vécu tellement d'épreuves, je ne tiens pas à tout te remettre en mémoire.

À bientôt, mon amie,

Diane


Paix dans ton grand cœur, Diane!

Je ne trouve ni ta question insignifiante, ni tes propos déplacés. Il n’y a rien à dire au sujet de ma situation présente, mais tout à dire sur Ilion, qui régna un jour sur l’Hellespont. Peu de Troyennes et Troyens ont survécu aux affres de la guerre et il importe de conserver la mémoire de Troie, qui fut une riche et puissante cité et qui périt parce qu’elle ne voyait que sa richesse et sa puissance. Ma mort n’importe pas, amie. Tes questions, elles, sont importantes.

Il fut bon grandir à Troie sous le règne de Priam. Pour moi ce fut peut-être un peu plus ennuyeux que pour les enfants de la basse ville qui s’amusaient beaucoup plus. Parfois, j’échappais à la surveillance des adultes pour jouer avec eux. Nous parcourions les rives du Scamandre à la recherche de grenouilles, de petits animaux et d’insectes. Nous gambadions dans la fertile plaine, à travers champs, humant les odeurs infinies de notre bonne terre. Ensuite, une des vieilles femmes vivant dans les modestes huttes bordant notre fleuve sacré nous distribuait galettes et lait de chèvre chaud.

La plupart du temps, je devais demeurer dans le quartier des femmes, le gynécée, où j’apprenais, avec un indescriptible ennui, à filer, tisser, broder… Ces activités répétitives me projetaient trop souvent dans des transes où l’avenir m’apparaissait de manière confuse et fort effrayante. Encore là, j’essayais par tous les moyens de m’enfuir pour vagabonder.

Très jeune, lors d’une visite de ma mère au temple, Apollon s’adressa à moi et me demanda de me vouer à son culte, ce que je lui promis.

Lorsque je devins une femme, c’est-à-dire vers l’âge de douze ans, je fus confiée à des femmes qui m’instruisirent au culte de notre Mère Terre. Je devins prêtresse de la Déesse Mère et revint à la maison royale de mon père. Là, je demandai à être envoyée au temple d’Apollon pour y devenir prêtresse du Dieu Soleil. Ce qui me fut accordé, malgré les réticences de mon père.

La seule éducation que je reçus fut tout d’abord des enfants de la basse ville qui m’instruisirent à la Vie. Ensuite aux femmes des abords du Scamandre qui m’enseignèrent le Partage et l’Amour. Quant aux prêtresses et prêtres de la Mère et d’Apollon, je leur dois la totalité de mon savoir, ce que tu appelles sagesse. Chez mon père, je n’appris qu’à filer, tisser et broder, je n’étais qu’une simple femme. Tandis que mes frères bénéficiaient d’un enseignement complet, nous, les filles, nous devions apprendre à bien les servir! Il vaut mieux servir un dieu qu’un homme, si tu veux mon avis.

J’espère que j’ai bien répondu à tes questions, amie Diane.

Que la Grande Mère te dispense ses bienfaits!

Cassandre, née Alexandra