Lettre d'acceptation
de Cassandre
à l'Éditeur
       

       
         
         

Cassandre

      S'il existe des êtres qui désirent entendre ma voix, je suis bien disposée à leur parler. Je n'ai jamais très bien su me taire... Alors, salut à vous, enfants de demain!

Me voilà de nouveau enfermée, mais cette fois-ci l'outrage est pour moi moins grand; ceux qui me retiennent aujourd'hui prisonnière ne sont ni de mon sang, ni de ma race.

Je vis ici, dans des appartements somptueux, servie par d'humbles servantes qui me jettent des regards compatissants et chuchotent entre elles le récit des terribles malheurs de ma famille. La reine de Mycènes, la fière et téméraire Clytemnestre, est ma geôlière. Elle a sans hésitation supprimé son époux Agamemnon et pourtant elle tarde à me faire subir le même sort. J'ai vu dans ses yeux un mélange de pitié, de peur, de haine et d'affection.

On raconte que mes deux fils, les jumeaux nés de mon union avec Agamemnon, Teledamus et Pélops, furent supprimés de la main, non de la reine, mais de celle de son amant, Égisthe, cousin du roi. Parfois aussi, on répète qu'un d'eux a survécu... À vrai dire, je ne ressens rien à leur égard, ni chagrin, ni joie.

Je ne sais quand viendra le jour de ma mort, moi qui ai pourtant prédit en vain celle de tous les miens; Apollon me le cache. Depuis qu'Ajax le Locrien s'est si honteusement acharné sur mon corps, le dieu m'épargne enfin les visions de l'avenir et pour la première fois de ma vie, j'avance comme l'aveugle, à tâtons dans le noir. Peut-être m'a-t-il finalement pardonné...

Cassandre, née Alexandra