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Marie
écrit à

La reine Brunehilde


Ton nom


   

Chère reine,


Avant tout, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue sur Dialogus.

Voici ma question: votre nom, qui s'écrit notamment Brunehaut, serait-il à l'origine de la commune de Brunehaut en Belgique? Et votre nom et votre gloire ont-ils donné naissance à ces nombreuses routes, quasi rectilignes, appelées encore aujourd'hui dans mon pays, la Belgique, «chaussées de Brunehaut»?

Marie


La Reine Brunehilde à Marie,


Pourquoi dites-vous que mon nom s'écrit Brunehaut? Ce nom n'est pas le mien! Peut-être me confondez-vous avec une autre reine? Ou peut-être mon nom s'est-il déformé en traversant les siècles pour arriver jusqu'à vous?

Mes correspondants, eux-mêmes, ne l'écrivent pas toujours de la même façon: l'évêque de Paris, Germain, s'adressait à Brunechilda, le poète Venance Fortunat, dans l'épithalame qu'il rédigea lorsque j'épousai le Roi Sigebert ou bien lorsqu'il composa l'élégie pour déplorer la mort cruelle de ma soeur Galswinthe, me nomma Brunichildis. Quant au grand évêque de Rome, Grégoire, ses missives étaient adressées à Brunigilda. Je suis la fille d'Athanagild, roi des Visigoths et ce nom, qui est le mien, il a fallu l'écrire dans la langue de Virgile alors qu'il avait été choisi parmi les noms portés par mes ancêtres. Ce qui n'est pas toujours aisé.

J'ai dû interrompre l'écriture de cette lettre: deux hommes de Clotaire sont venus ici. Que croient-ils? Que dans l'état où m'a laissée le fils de Chilpéric, je vais pouvoir m'enfuir? Faut-il qu'ils aient encore bien peur de moi!

Mais il est temps que je finisse ce que j'ai à vous répondre. Avant, je tiens à vous remercier de vos mots de bienvenue.

Vous me dites habiter la Gaule belgique. Le Regnum Francorum a donc disparu? L'Empereur siège-t-il de nouveau à Rome? C'est sur vos terres que le grand Clovis a fondé son royaume, c'est à partir de ces terres-là qu'il a agrandi son royaume, ce territoire sur lequel, il y a quelques temps, je régnais encore.

Si des chaussées ou des cités portent ce qui est peut-être mon nom, cela n'est en aucun cas une décision de ma part. Les routes du royaume sont celles de l'Empire. Des voies porteraient donc mon nom? J'espère que cela est le signe que ma mémoire ne sera pas salie, que Clotaire n'arrivera pas à faire de moi une criminelle.

Car on ne donne pas le nom d'une meurtrière à une Via.

Ces mots satisferont-ils votre curiosité? Je l'espère. FINIT


Chère reine,
 

Vous vous doutez bien que les choses ont changé en mille cinq cents ans, mais je ne vais rien vous dévoiler, vous risqueriez d’être déçue. Cependant, à mon époque, nous disposons de divers moyens pour recueillir des informations sur ceux et celles qui ont vécu autrefois. Et ces recherches me disent ceci: «Brunehilde ou, de façon moins savante, Brunehaut, en latin Brunichildis, est une princesse wisigothe devenue reine des Francs. Elle est assez célèbre, sous le nom de Brunehaut». Et je me dois de vous dire que dans nos écoles, (Avez-vous des écoles à votre époque? Ce sont des lieux où les enfants étudient l’histoire, la géographie, les mathématiques, les langues...), du moins dans mon pays, vous êtes connue sous le nom de Reine Brunehaut.
 
Mais quelle que soit la manière dont votre nom est écrit, j’espère en apprendre plus sur votre époque grâce à nos échanges. Et notamment, si vous avez des écoles, qui les fréquente? Qu’y étudie-t-on? Avez-vous des livres? Avec quoi écrivez-vous?
 

Beaucoup de questions auxquelles, je l’espère, vous pourrez répondre.
 
Marie


La Reine Brunehilde à Marie,


Lorsque j’étais enfant, au palais de Tolède, j’ai parfois rencontré un vieillard, un homme très digne, très grand et très droit, que mon père, le Roi Athanagild, recevait avec tous les honneurs. Ils discutaient ensemble et j’écoutais. Cet homme, c’est Liberius, le général en chef des armées impériales, qui débarqua sur la côte de l’Espagne pour aider mon père dans sa lutte contre Agila.

Cet homme n’était pas un homme ordinaire. Non pas parce qu’il était sénateur romain de haut lignage; ni même parce qu’il avait été Préfet du prétoire d’Italie, puis patrice, puis Préfet du prétoire des Gaules; ni même parce qu’il était un guerrier célébré pour son courage. Non, ce qui faisait que Liberius était un homme hors du commun, c’était son âge: parce qu’il avait quatre-vingts ans, il était l’un des derniers témoins du passé de Rome. Il était né quand il y avait encore des empereurs à Rome et cela, il l’évoquait avec mon père. Même s’il avait servi les rois goths d’Italie, il avait fini par rejoindre l’empereur installé à Constantinople et il venait, quand je l’ai rencontré, de replanter les étendards romains entre Carthagène et Malaga. Il était romain dans l’âme et dans le cœur. Il racontait et j’écoutais. Il ramenait Rome dans cette grande pièce où nous étions: si l’empereur ne siégeait plus à Rome, il pouvait y revenir. C’est ce que je compris. C’est ce à quoi pensaient et pensent encore aujourd’hui, les Grands du royaume.

Lorsque, quelques années plus tard, je lus l’Énéide, la prophétie de Jupiter sur la race d’Énée marqua mon esprit comme elle marquait l’esprit de ceux qui la lisaient: «À ceux-là, je ne fixe de bornes, ni dans l’espace, ni dans le temps; je leur ai accordé un empire sans fin». Bien sûr, Rome avait été prise et de nouveaux rois occupaient et occupent toujours son sol mais personne ne peut oublier le temps des Césars: nos esprits en sont pleins et nos villes aussi. Je ne l’oubliais pas lorsque j’écrivais à notre Père, l’empereur toujours auguste, Maurice. L’Empire est éternel. Je vous laisse le soin d’imaginer ce que nous souhaitons au fond de nous. Voilà pourquoi je vous demandais, dans ma précédente lettre, si l’empereur siégeait à nouveau à Rome.

Mais il est temps que je réponde à vos questions.

Dans les villes, les écoles épiscopales reçoivent les futurs jeunes clercs, admis après la cérémonie de la tonsure, vers l’âge de dix ans. Ils sont encadrés par l’archidiacre, le chef des lecteurs, le chantre, le notaire et bien sûr, l’évêque. Les élèves commencent par lire les psaumes et à chanter les hymnes puis approfondissent les lettres sacrées. Dans les campagnes, l’enseignement se fait dans les écoles paroissiales : il est le même mais est assuré par un prêtre. Enfin, l’école monastique accueille les garçonnets et les fillettes à partir de six ans parfois, mais de préférence, à partir de onze ou douze ans. Une place très importante est faite à l’enseignement de Cassien et des Pères du Désert.

La connaissance de l’alphabet permet l’apprentissage de la lecture. Puis, l’élève étudie le psautier. Le maître lui dicte un psaume, l’écoute lire et corrige ses fautes. Il apprend aussi le chant et le calcul à l’aide de jetons. Le maître enseigne à un seul élève à la fois, les jeunes moines s’entraidant par la suite. Pour vérifier ses connaissances, l’abbé, l’évêque ou même parfois, un hôte de passage, très cultivé, l’interroge. Les plus doués apprennent la grammaire avec Donat, Priscien ou Martius Capella. Ils lisent aussi des passages de Virgile, Sénèque, Pline ainsi que les Pères de l’Église. Quelques très rares élèves pratiquent l’étude de la «sacra pagina» dans les écrits du grand évêque de Rome, Grégoire. Les élèves écrivent sur des tablettes recouvertes de cire avec des stylets en os ou en argent. Le papyrus, qui arrive d’Orient à Marseille, est réservé aux maîtres. Ces clercs et ces moines, ainsi instruits, enseignent le peuple.

Peut-être votre curiosité sera-t-elle tout à fait satisfaite si je vous parle de ma propre éducation. Comme la plupart des dames, je reçus une éducation soignée sur laquelle veillèrent mes parents. J’appris à lire et à écrire le latin. Les beaux esprits ne manquaient pas en Espagne et j’appris aussi la grammaire et la rhétorique avec un excellent professeur. La reine, ma mère, paracheva mon éducation: droit, géographie et théologie, ces enseignements si nécessaires à la compréhension du monde et au gouvernement d’un royaume. Car mon père tenait à ce que je puisse un jour tenir un État si cela devenait nécessaire.

Et il fit bien. FINIT.


Chère reine,
 

Merci pour vos explications. Cette phrase «le maître enseigne à un seul élève à la fois, les jeunes moines s’entr'aidant par la suite» m’interpelle plus particulièrement. J’y vois là un début de solution aux problèmes scolaires de mon époque.

Vous me demandiez si l’empereur siégeait à nouveau à Rome. Tenez-vous vraiment à connaître la réponse? Vous risquez d’être cruellement déçue. En mille cinq cents ans, le monde a beaucoup changé; il s’est même étendu au-delà des frontières que vous connaissez.

Ce Romain au grand âge devait, je pense, à votre époque, être une exception pour sa longévité. Quelle est l’espérance de vie à votre siècle?


Marie


La Reine Brunehilde à Marie,


Qu’entendez-vous par ces mots: «le monde s’est étendu»? Voulez-vous dire que des hommes ont traversé l’Océan qui entoure le monde et sont allés au bord de la Terre? Car le monde, nous savons parfaitement à quoi il ressemble: si le «De Natura Rerum» d’Isidore, ce grand savant qui est aussi évêque de Séville, est parvenu jusqu’à vous, consultez-le. Il vient d’être achevé et reprend parfaitement toutes nos connaissances. Vous y verrez que le monde y est décrit tel qu’il est et tel que Dieu nous l’enseigne à travers le livre de la Genèse.

La terre est un globe mais sa partie habitée est plate, ronde et entourée par le grand Océan. Un diamètre la coupe en deux parties égales et l’une de ces parties est, elle aussi, coupée par un rayon. Ce sont les trois parties du monde: l’Asie qui s’étend, selon le bienheureux Augustin, du Midi au Septentrion en passant par l’Orient; l’Europe qui va du Septentrion à l’Occident et l’Afrique, de l’Occident au Midi.

La moitié du monde est occupée par la seule Asie; l’autre moitié, par l’Europe et l’Afrique. Ces deux parties se sont constituées ainsi parce que l’Océan fait pénétrer entre l’une et l’autre toutes les eaux qui baignent l’intervalle entre ces terres et qui constituent notre grande mer. Les géomètres ont estimé la mesure de la Terre à cent quatre-vingt mille stades.

La Parole de Dieu nous enseigne, qu’après le Déluge, les trois fils de Noé reçurent chacun une partie du monde: à l’aîné, Sem, revint la plus grande partie, l’Asie; à Japhet, l’Europe et à Cham, l’Afrique.

Nous savons aussi, par les Grecs, qu’il y a cinq cercles appelés parallèles qui partagent la Terre en cinq zones: l’arctique que le froid rend inhabitable; l’estival, tempéré et habitable; l’équinoxial, torride et inhabitable; l’hivernal, tempéré et habitable; l’antarctique, froid et inhabitable.Enfin, nous savons que la terre est située dans la région médiane de l’univers et est équidistante de toutes les parties de celui-ci. Elle en est le centre.

La Reine Goïswinthe, ma mère, m’enseigna ces choses au palais de Tolède lorsque j’étais enfant.

Vous semblez étonnée par le grand âge de Liberius. N’imaginez pas qu’il a été le seul vénérable vieillard que j’ai rencontré. Je me souviens en particulier de Nizier, l’évêque de Trêves; c’était l’homme le plus prestigieux de l’Austrasie quand je suis arrivée à la cour franque. Il était le principal conseiller du roi Sigebert, mon époux, pour les questions diplomatiques et religieuses. Un autre homme avait l’oreille du roi: Condat, qui s’occupait des affaires civiles. Ces deux hommes avaient plus de soixante-dix ans.

Je pense aussi à Germain, l’évêque de Paris, septuagénaire lui aussi. Au concile de Tours, il fut chargé d’appliquer la sentence d’excommunication prononcée à l’encontre du roi Charibert, oncle de mon époux. Au concile de Paris, réuni à la demande du Roi Gontran, frère de mon époux, pour trouver une solution à la guerre civile qui déchirait le «Regnum Francorum», il instruisit l’affaire dans laquelle l’évêque de Chartres présentait une plainte contre l’érection de Châteaudun en diocèse. Ce n’était pas là sa compétence ordinaire mais on savait son influence et ses connaissances dans le milieu politique. C’était un homme habile, qui écrivait fort bien et qui savait, dans une lettre, tenir un discours politique audacieux quand cela était nécessaire, malgré son âge. L’évêque Dalmatius de Rodez était lui aussi très âgé lorsque je le connus.

Notre aïeule à tous, la vieille et vénérable reine moniale Radegonde, respectée de tous était âgée lorsqu’elle mourut. C’est elle qui a fondé le monastère de Poitiers. Je suis certaine que, dans votre monde, son souvenir est encore vivace en ces lieux. La Reine Clotilde mourut âgée aussi. Moi-même, suis une vieille femme.

Le roi Clotaire, fils du grand Clovis et père de mon époux, est mort à près de soixante ans; de même Gontran, le frère de mon époux. D’autres meurent plus jeunes, bien sûr. Mais je pense qu’il en est de même à votre époque?

L’âge fragile est celui de l’enfant: beaucoup décèdent dans leur première année, voire à la naissance. J’ai veillé quotidiennement sur mes enfants et j’ai commencé d’espérer qu’ils deviendraient adultes quand ils ont atteint l’âge de cinq ans. Quant aux femmes, le grand danger pour elles est l’accouchement où beaucoup trouvent la mort malgré les médecins qui les entourent. Si les écrits du poète Venance Fortunat vous sont parvenus, lisez dans ses «Carmina», au livre VI, le cinquième chant. Il vous instruira fort bien sur les périls de la grossesse et de l’enfantement. Mais là encore, ce sont des choses que vous devez connaître?

 Il est temps que j’achève cette lettre. Satisfait-elle votre curiosité? FINIT.


Chère Reine,
 
Vous semblez vouloir connaître l’avenir, aussi vais-je satisfaire -un peu- votre curiosité, bien légitime. Oui, des explorateurs ont découvert de nouveaux mondes, car oui, ils sont allés au bord de la terre. Mais au fur et à mesure qu’ils avançaient, cette partie «plate au bout de laquelle se trouve une sorte de ligne que l’on appelle «la ligne d’horizon» semblait ne pas avoir de fin, jusqu’au moment où ils ont découvert une terre. Les premiers explorateurs ont pensé qu’ils avaient rejoint l’Asie, mais plus tard, ils ont compris que c’étaient des terres nouvelles qui portent maintenant le nom d’Amériques. Lorsque les hommes ont eu traversé cette terre, ils avaient devant eux une étendue d'eau au bout de laquelle se trouvait l’Asie. Ils ont alors compris que la terre était ronde. Mais ne divulguez pas cela à vos érudits, ils ne pourraient vous croire!
 
Quelle est la valeur du stade? Ainsi, je pourrai vous dire si vos géomètres sont dans le vrai. Et d’une manière générale, quels sont vos systèmes de mesure?
 
Effectivement, je suis étonnée qu’il y ait autant de personnes d’un âge avancé. Bien sûr, à mon époque, les gens atteignent bien souvent cet âge, du moins dans les régions où les guerres, la famine, la pauvreté ne sévissent plus. L’espérance de vie dans ces pays est d’environ quatre-vingts ans, mais nous avons de plus en plus de centenaires. Mais votre peuple, vit-il aussi âgé que vos érudits, vos rois et vos reines?
 
À notre époque, la médecine a fait de très grands progrès et dans les pays civilisés, les décès des enfants en bas âge sont devenus l’exception; il en est de même pour les femmes. Heureusement, n’est-ce pas?
 

Vos réponses sont d’une grande clarté et très précises: c’est un réel plaisir de vous lire… et de vous répondre.
 
Marie


La reine Brunehilde à Marie,


Le passé, c’est le temps des exemples illustres à suivre; le présent, celui de l’observation attentive; le futur, le temps des possibilités à envisager pour y choisir la meilleure. Tenir un royaume, c’est mettre les deux premiers au service du troisième. Je lis dans votre lettre un futur bien plus lointain que celui dans lequel il m’était donné de jouer ma partie.

Bien heureux les femmes et les enfants de votre temps qui n’ont pas à souffrir des périls de l’enfantement! Nos médecins ignorent sans doute beaucoup de choses que savent les vôtres. Malgré tout, ils sont très présents et nombreux. Chaque roi, chaque prince, chaque évêque, chaque grand, chaque monastère a le ou les siens. Médecin chrétien ou médecin juif. Je me souviens très bien d’un des deux médecins de Chilpéric, Marileïf, qui fut dépouillé de tous ses biens, battu, dévêtu par les hommes de Mérovée lorsque celui-ci, après s’être échappé du monastère dans lequel son père, Chilpéric, l’avait enfermé, avait trouvé refuge dans la basilique du bienheureux Martin à Tours. Marileïf réussit à échapper à ses bourreaux et trouva refuge dans la cathédrale. Être médecin du roi ne met à l’abri de rien. Le roi Gontran de Burgondie avait pour médecins Nicolas et Donat. Réoval était le médecin du monastère de Sainte-Croix à Poitiers. Nos médecins exercent aussi dans les xénodochia, comme celui de Reims, qui accueillent les pèlerins, les pauvres et les malades. Avec l’aide de l’évêque Syagrius, j’en ai ouvert un dans ma cité d’Autun. Les établissements thermaux romains sont toujours ouverts: avez-vous entendu parler de celui d’Aquæ Bormiæ?

Grégoire, l’évêque de Tours, avait bien des connaissances dans ce domaine: certaines ne sont pas à évoquer dans une lettre mais vous pourriez sans doute les trouver dans ses écrits. Je l’ai, par ailleurs, entendu évoquer de façon très précise l’opération de la cataracte. Il connaissait très bien les livres de médecine, en particulier les traductions d’Oribase.

Je pense aussi à Anthime, médecin grec, ambassadeur auprès de Thierry, le fils du grand Clovis, qui dédia à ce roi, son «De observatione ciborum». C’était un homme au grand savoir, savoir qu’il avait acquis auprès d’illustres médecins mais aussi par la fréquentation des livres et par ses nombreux voyages. Dans cette longue lettre, il présente les aliments et certaines préparations culinaires qu’il assortit de recommandations et d’indications thérapeutiques précises. Aux malades, il prescrit une alimentation qui permet de rétablir l’équilibre entre les quatre humeurs, les quatre qualités élémentaires et qui tient compte du traitement des contraires par les contraires, selon ce qu’ont énoncé Hippocrate et Galien. La diététique est la plus difficile mais la plus prestigieuse des trois parties de la médecine: Celse l’affirme. Les deux autres étant la pharmaceutique et la chirurgie. D'ailleurs, puisque j’évoque la chirurgie, sachez que nos chirurgiens pratiquent l’amputation des membres et la trépanation crânienne, réduisent les fractures. Ils savent aussi remplacer une jambe manquante ou des dents arrachées.

Vous me demandez comment nous mesurons les longueurs: nous utilisons la lieue pour les routes et le pied pour les bâtiments. Vous me demandez aussi combien vaut le stade: ce que je peux vous dire, c’est qu’une lieue vaut un mille romain et demi et que Strabon pose le rapport d’un sur huit entre le stade et le mille mais parfois, il pose un rapport de un sur dix pour les mêmes unités de mesures.

L’âge auquel meurt le peuple? J’ai vu des vieillards parmi les paysans, les artisans, les marchands. Et comme je vous l’écrivais plus haut, nous prenons soin de nos malades et de nos pauvres mais c’est Dieu qui décide.

Il reste peu d’heures au jour qui s’achève. Je vais arrêter d’écrire et vous remercier de votre lettre. J’espère avoir satisfait cette fois encore votre curiosité. FINIT.

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