Vos relations avec Louis XIV
       

       
         
         

David le boss

      Votre altesse,

Ayant appris que vous vous êtes donné la peine de nous rendre une petite visite dans le futur, je brûle d'envie de vous demander quelles étaient vos relations avec Louis XIV, qui est un de vos cousins je crois.

Dans l'attente d'une réponse favorable de votre altesse, veuillez agréer, Monsieur de Condé, mes salutations les plus princières.

 

       
         

Louis II de Bourbon

      Monsieur Leboss,

J'ai en effet l'honneur d'estre le cousin de Sa Majesté Louis XIV, estant le Premier prince du sang de ce royaume. Malheureusement, le cours de mon existence m'a quelquefois fait prendre des chemins de traverse, égarements que Sa Majesté, dans sa grande bonté, a bien voulu me pardonner. Vous n'ignorez sans doute pas de quels égarements je veux parler, ceux qu'on appelle la Fronde, bien sûr. Ces événements sont encore douloureux pour moy, mesme si près de trente années se sont écoulées.

Je dois avouer qu'avant les événements de la Fronde, je n'avois accordé que peu d'attention à l'enfan qu'estoit alors le Roy. J'estois déjà à cette espoque le vainqueur de Rocroy, tandis que le Roy luy, jouoit à la guerre. Je ne faisois que de rares séjours à la cour donc mes contacts avec Sa Majesté estaient très limités. Mais je tiens à préciser tout de bon que les gestes que j'ay pu poser durant la Fronde n'estaient en aucun cas dirigés contre la personne du Roy, mais contre son Premier ministre de l'espoque, le cardinal Mazarin. J'avois eu, jusqu'à l'espoque fatidique de mon entrée ouverte dans la rébellion, des relations cordiales avec le cardinal. J'hésitay longtems avant de me rebeller contre le royaume, mais le traitement particulier que mes amis et moy-mesme avons reçu durant les dernières années et le travail acharné des gens autour pour me perdre dans l'esprit du Roy eurent raison de mon obéissance. Le Roy, à cette espoque, n'estoit qu'un enfan et les enfans sont facilement influençables, quoi que Sa Majesté pourroit vous en dire. Après mon entrée en rébellion, mes relations avec Sa Majesté furent donc au point mort, jusqu'à la signature du traité de paix avec l'Espagne. Mais tout au long de mon exil, je conservay toujours le respect dû à mon Roy.

Le traité des Pyrénées comportoit des clauses m'autorisant à revenir au Royaume de France et me permettant de le faire la teste haute, et me redonnant la jouissance de mes domaines et charges. Le Roy de France estant le plus grand Roy du monde et n'ayant qu'une parole, une fois qu'il m'eut accordé son pardon, je pouvois désormais compter sur son amitié.

Durant les années qui suivirent, nos relations furent cordiales, comme elles doivent l'estre entre bon sujet et bon roy, et entre bons cousins. Malgré ces bonnes relations, ce sont les campagnes de la guerre avec l'Espagne de 1667 et 1668 qui me permirent de reprendre toute la place et tout l'honneur que je devois occuper dans l'esprit du Roy. Ces campagnes me permirent de démontrer à mon Roy mon entière soumission et d'effacer à tout jamais tout doute qui auroit pu demeurer dans son esprit.

Le Roy me fit aussi l'honneur de requérir mes services lors de la guerre avec la Hollande quelques années plus tard. C'est durant ces mesmes années que Sa Majesté prit la peine de venir visiter mon domaine de Chantilly. Je pris ma retraite du service du Roy avant la fin de cette guerre, mais le Roy me conserva toujours son amitié et son respect, et ce malgré les bévues commises ces dernières années par mes neveux Conty.

Voilà Monsieur, j'ose espérer que cette lettre pourra respondre à vostre question. Si vous en avez d'autres, n'hésitez pas à m'en faire part. Dans cette attente, je demeure, Monsieur Leboss, à vostre service,


Louis de Bourbon