Anaïs
écrit à

   


Louis II de Bourbon

     
   

Vos parents

    Votre Majesté,

J’étudie en ce moment votre famille. J'aurais aimé savoir quelles étaient vos relations avec votre père Henri II de Bourbon-Condé et votre mère Charlotte de Montmorency.

De quoi sont-ils décédés? Est-ce exact qu'en 1618 votre mère a accouché de jumeaux? Que sont-ils devenus?

Pourquoi vous a-t-on surnommé «le Grand Condé»?

Merci pour le temps que m'accordez,

Anaïs


Mademoiselle Anaïs,

Décidément, vous voulez vraiment que je sois de nouveau en conflit avec le Roy mon cousin! J'ay souvenance de vous avoir escrit, dans mes précédentes missives, que je ne porte point le titre de «Majesté», mais bien celuy d'Altesse Sérénissime. Je vous prieray donc, Mademoiselle Anaïs, de vous adressez à moy de cette façon si vous m'escrivez de nouveau.

Vous me demandez quelles estoient mes relations avec feu mon père. Pendant longtems, elles ont esté celles d'un fils soumis face à son père. Mon père m'a fait donné la meilleure éducation et il tenoit à faire de moy un prince parfait. Je ne peux que luy estre reconnoissant sur ce point. Je fus son très obéissant fils pendant de longues années, mesme lorsque ces demandes alloient contre mes gousts et mon caractère. Et cela arrivoit assez souvent.

J'ay porté et je porteray toujours une grande admiration envers ma mère. Je n'eus point le bonheur de la connoistre beaucoup estant jeune, mon père me tenant éloigné d'elle et de ma soeur le plus qu'il le pouvoit. Mes parens eurent longtems de nombreux différens et mon père craignoit l'influence que ma mère auroit pu exercer sur moy. Mais je me repris plus tard: lorsque j'eus finalement le bonheur de costoyer plus librement ma mère, je découvris une femme des plus merveilleuses. Malheureusement, je ne pus estre présent à ses costés au moment de son décès, puisque j'estois en prison avec mon frère Conti et mon beau-frère Longueville, par ordre de la Reyne régente. Elle décéda de maladie, tout comme mon père.

Feue ma soeur, la duchesse de Longueville, fut le premier enfant vivant que mes parents eurent ensemble. Les autres ne survécurent mesme pas jusques à ma naissance, en 1621.

En ce qui concerne mon surnom, il vient du fait de mes victoires militaires. Vous me voyez surpris, Mademoiselle Anaïs, de vous voir ignorer des victoires ayant une si grande importance et qui furent si marquantes pour le royaume, tel que Rocroy en 1643 et Lens en 1648.

Il me fait grand plaisir, Mademoiselle, de pouvoir respondre à vos questions. Dans l'attente de vos prochaines missives, je demeure, Mademoiselle, vostre dévoué,

Louis de Bourbon