Louis Sami Francois
écrit à

   


Louis II de Bourbon

   


Titres de noblesse
 

   

Votre Altesse,

Permettez-moi de vous présenter mes respects. Vous êtes une personne admirable, un héros de la Fronde! Cependant, sans vouloir trop vous gêner, j'aurais quelques questions à vous poser:

Vous possédez un grand nombre de titres de noblesse; lesquels (prière de m'en écrire la liste entière)? Existe-t-il une personne qui en possède plus que vous?

Je vais bientôt avoir un petit chien. Pouvez-vous m'aider à lui trouver un nom?

Vous m'obligeriez, monsieur, si vous répondiez à ces questions,

L. Sami
Duc de Bourgogne


Monsieur,

Il est vray que je possede beaucoup de titres, puisque je suis seigneur de nombreuses terres. Je ne vous les escriray point tous, mais je puis vous nommer entre autres ceux de duc de Chasteauroux et de comte de Charolais. Bien évidemment, je porte en premier le titre de prince de Condé, porte par mon père avant moy, ainsy que mon grand-père et mon arrière-grand-père. Il est certain que dans le royaume de France, le roy possede aussy un grand nombre de titres.

Avez-vous trouve un nom pour vostre chien? Pour un autre type d’animal, j’aurois envie de vous suggérer Mazarin, si j’osois encore ce genre de remarque... Mais point pour un chien, qui est le meilleur ami de l’homme!

Louis de Bourbon



Monsieur de Condé,

Je vous suis bien obligé de votre réponse si rapide.

Vous possédez en effet plusieurs terres. Je vous plains de tout le travail que cela procure! Vous ne pouvez sans doute point dormir la nuit... Et puis, avec toutes ces guerres... J'aimerais, monsieur, que vous me racontiez l'une de vos guerres les plus terribles. Pourriez-vous me détailler vos affrontements? J'aimerais aussi vous demander de me renseigner sur l'homme au masque de fer. Pensez vous que cela puisse être le duc de Beaufort ?

Avec mes sincères respects,

Le duc de Bourgogne

Monsieur,

Il m’a esté donné l’occasion de descrire la bataille de Rocroy à l'un de vos contemporains. Cette bataille fut importante et je vous transcriray ici la mesme description, comme response à vostre demande, si cela vous convient.

«Cette bataille eut lieu au mois de may 1643, alors que Louis XIII venoit tout juste de rendre l'asme et que mon père m'avoit escrit pour me demander de rentrer à Paris. Je refusay absolument: je n'allois point abandonner mon armée, qui n'estoit plus qu'à un jour de marche des Espagnols. Ces derniers avoient decidé de mettre le siège devant Rocroy, ville fortifiée située à la limite du royaume. Mais sa garnison n'estoit pas très importante et la ville ne pouvoit point tenir longtems sans secours. Après de vives discussions lors du conseil de guerre que je fis tenir le soir du 17 may, il fut décidé de marcher sur Rocroy et de livrer bataille aux Espagnols. J'estois d'avis, comme une bonne partie de mon estat-major, qu'il falloit attaquer. Une victoire auroit une grande importance dans les circonstances de la mort du Roy. Nous ne pouvions laisser les Espagnols entrer en France en nous limitant à seulement tenter d'envoyer des renforts dans la ville. Le lendemain, l'armée de vingt-cinq mille hommes estoit en marche vers Rocroy où nous arrivasmes dans l'après-disner.

L'effet de surprise fut de nostre costé. Les Espagnols avoient une armée d'environ vingt-six à vingt-huit mille hommes et heureusement pour nous, ils ne nous attendoient point et nous laissèrent le tems nécessaire pour nous placer dans un endroit propice, les laissant dos à la ville. Malgré notre bonne position, les Espagnols nous canonnoient et cela causa évidemment des pertes dans nostre armée. Et à cause d'une mauvaise initiative de l'un de mes mareschaux de camp, La Ferté, ils eurent une belle occasion de faire encore plus de dommage à notre aile gauche. Mais ils ne l'exploitèrent point et nous pusmes replacer tout le monde à tems à son poste. La bataille devoit estre livrée le lendemain mais les plans ne tardèrent point à changer. Dans la nuit, un déserteur du camp espagnol nous apprit que ces derniers attendoient des renforts importants vers sept heure et qu'ils passeroient alors à l'attaque. Sans hésiter, nous décidasmes de devancer nostre propre attaque et moins d'une heure plus tard, vers quatre heures, nostre aile droite avançoit vers l'ennemi dans un silence complet. Ce fut la surprise totale du costé des Espagnols qui perdirent en une heure leur aile droite. Mais après cette manœuvre, je me rendis vite compte que mon aile gauche estoit en danger, encore une fois en raison d'une mauvaise initiative de La Ferté. Les Espagnols réussirent alors à capturer nostre artillerie et à la retourner contre nous. Le baron de Sirot réussit à arrester le recul de nos troupes mais la bataille estoit loin d'estre gagnée.

À la vue de la situation fascheuse dans laquelle se trouvoit l'armée à ce moment-là, je déciday de tenter de déborder l'ennemi afin de surprendre son aile droite en arrivant par l'arrière. Je fonçay sur l'ennemi suivi de mille cinq cents braves cavaliers et nous atteignismes nostre but: le baron de Sirot, qui attaquoit déjà par le devant, fut bien heureux de nous voir arriver par l'arrière, vous pouvez m'en croire! C'estoit maintenant nostre armée qui dominoit le champ de bataille mais celle-cy n'estoit point encore gagnée pour autant. Car si nous avions enfoncé l'aile gauche et l'aile droite de l'armée espagnole, il restoit encore au centre les bataillons d'infanterie, les Tiercos Viejos. Je menay moy-mesme mes troupes d'infanterie à la bataille mais les Espagnols nous reservoient une surprise. Au milieu de leur formation se trouvoient quelques pièces d'artillerie, qui firent beaucoup de dommage dans nos rangs à chaque tentative. Mais nous avions retrouvé nos canons et notre artillerie se mit à canonner les Tiercos Viejos. Ceux-ci, ayant de moins en moins de munitions, feignirent de vouloir se rendre et lorsque nous nous avançasmes vers eux, ils se remirent à nous tirer dessus, ce qui eut pour effet de provoquer la colère de nos troupes. Un véritable massacre s'engagea mais je réussis à y mettre fin. La victoire fut acquise. Quelles troupes valeureuses! Quel courage dans la bataille! Lorsque je repense aujourd'huy encore à ces hommes qui se sont battus et à ceux qui y ont laissé leur vie, je ne puis qu'estre admiratif de leurs actions et de leur volonté.»

Je ne connois point d’homme au masque de fer. Je ne peux donc point vous respondre sur ce sujet.


Vostre dévoué,

Louis de Bourbon