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écrit à

   


Louis II de Bourbon

     
   

Les années en prison

   

Votre Altesse,

En parcourant votre biographie ainsi que celle de votre frère Armand, prince de Conti, je suis tombé sur certains passages évoquant votre séjour en prison suite à la période dite de la Fronde.

J'aimerais que vous me racontiez vos sentiments concernant cette période, ainsi que les pratiques d'alchimie qui sont attribuées à votre frère et qui, semble-t-il, en ont bien fait rire.

D'avance, merci pour les informations que vous pouvez me donner.

Croyez en ma peine d'apprendre votre mauvaise santé, en vous souhaitant beaucoup de courage pour les maux qui vous accablent.

 Kanga


Madame Kanga,

Mon séjour en prison est un sujet que vos contemporains n'ont point souvent abordé avec moy et cela ne me gesne aucunement de respondre à vos questions sur ce sujet.  Cependant, je me permettray d'entrée de jeu de vous référer à mes responses précédentes sur le sujet de la Fronde, puisque vous me questionnez aussi sur ce sujet.  L'on m'asseure que vous pouvez consulter ces responses. 

La prison, Madame, est un endroit bien triste.  Mais contrairement à mon frère qui se laissa très tost assaillir par la mélancolie, ce ne fut jamais mon cas.  J'ay esté emprisonné injustement et je n'avois aucune raison de me laisser aller à la mélancolie.  Il falloit se battre et je ne cessay jamais de le faire.  L'on s'assura cependant de nous rendre la vie difficile, surtout dans les premiers tems de nostre captivité.  Je partageois ma prison avec mon frère, ce qui en soi n'estoit point éloigné d'estre un véritable supplice.  L'on nous faisoit surveiller si estroitement qu'il y avoit des gardes jusque dans les chambres.  Monsieur de Bar, gouverneur de Vincennes, oublioit souvent à qui il s'adressoit lorsqu'il nous parloit et je me faschai souventes fois contre son arrogance. 

Mais il ne fut point long que nous développasmes des astuces pour communiquer avec le monde extérieur.  Peu de tems après nostre arrivée, l'on tenta aussi de nous faire évader mais l'affaire fut esbruitée et la surveillance accrue.  Comme je passois une grande partie de mon tems à lire, l'on m'apportoit des livres où l'on prenoit soin de laisser quelques pages blanches et de grandes marges, où je pouvois escrire avec des tuyaux de plume que l'on m'avoit aussi fait parvenir discrètement.  L'on réussissoit aussi à me faire passer des messages, et c'est le soir que j'escrivois, caché sous mes couvertures. Outre la lecture, j'occupois aussi mon tems à l'entretien de quelques plantes qu'on avoit bien voulu me donner pour mettre un peu de vie dans cette prison. 

Mais, dans toute cette histoire, la prison fut sans aucun doute le point tournant.  Je fus outré et profondément blessé de cette arrestation injuste.  Je suis entré en prison innocent, je suis sorti le plus coupable de hommes.

Vous aurez jugé par mes propos que feu mon frère et moy n'avons pas esté les plus grands amis du monde.  Il se trouve que mon frère me fit bien rire en plusieurs occasions, presque autant qu'il me mit en colère lors d'autres occasions.  Nous estions très différent et vous n'avez qu'à constater ce qu'il estoit devenu pour comprendre nostre différence. 

J'ose espérer, Madame Kanga, que mes responses vous seront satisfaisantes, et je vous prie de ne point hésiter à m'escrire de nouveau si l'envie vous en prend.

Vostre dévoué,

Louis de Bourbon