Adeline Pavie
écrit à

   


Louis II de Bourbon

     
   

La Fronde

   

Au Grand Louis de Bourbon, duc de Condé,

J'aimerais, s'il vous plait, que vous me disiez quel a été votre rôle dans l'affaire de la «Fronde». Pourquoi vous êtes-vous rebellé contre Sa Majesté? Comment avez-vous regagné sa confiance? Quelle est la différence entre la Fronde parlementaire et la Fronde des Princes?

Je vous remercie d'avance,

Mademoiselle Adeline de Pavie


Mademoiselle de Pavie,

Je pourrois noircir des centaines de pages sur le sujet dont vous me parlez. Je vais tenter de respondre le plus clairement possible à vos questions en m’en tenant à une limite de quelques pages.

Commençons d’abord par respondre a vostre dernière question. La periode que l’on a appelée la Fronde a commencé bien avant la révolte des parlementaires contre Sa Majesté, mais si l’on devoit absolument y mettre une date plus précise, je dirois que toute la période s’estend de 1648 à 1653. Ce sont d’abord les parlementaires qui se révoltèrent contre l’autorité du Roy et de la Reyne regente, feu Sa Majesté Anne d’Autriche. Je ne vous exposeray point ici les raisons detaillées de leur révolte, celles-ci sont plutost complexes et nécessiteroient plusieurs autres explications avant que de vous expliquer le reste. Pour simplifier les choses, disons que les parlementaires tentèrent de profiter de la minorité du Roy pour s’approprier plus de pouvoir, pour obtenir des pouvoirs qui ne leur revenoient point. Dès ce moment, des princes y furent impliqués pour diverses raisons, à commencer par mon propre frère, le prince de Conty. Pour ma part, je pris évidemment la défense du Roy. Malheureusement, à cette epoque le Roy et la Régente se reposoient sur le cardinal Mazarin, lequel estoit un fin renard politique. Vous devinez sans doute à mes propos que je ne le portay jamais beaucoup dans mon coeur. Ce que vous appelez «la Fronde des princes» est sans doute ce moment à partir duquel, et suite à de nombreux evenements malheureux, je me retrouvay du costé des Frondeurs. À ce moment-là, la paix estoit revenue entre le Roy, la Reyne régente et les parlementaires, mais elle avoit disparu des relations qui me liaient au Roy. Tout cela par la faute du cardinal. Je le croyois à l’epoque et je continue de le croire aujourd’huy.

Jamais, Mademoiselle de Pavie, je me révoltay contre le Roy. Tout ce que j’ay fait estoit, au contraire, pour tenter de libérer le Roy de l’influence du cardinal Mazarin. Je ne me battis jamais contre Sa Majesté, mais contre Mazarin. Malheureusement, je dus m’exiler pendant quelques années suite aux troubles de la Fronde, mais je n’en continuay pas moins la lutte autant que je pouvois. Je ne fus jamais à la solde des Espagnols, comme certains l’ont prétendu, mais je traitay toujours avec eux sur le mesme pied d’égalité.

Je deplore les gestes que je dus poser à ce moment-là, ces gestes qui m’ont éloigné si longtems de mon Roy. Mais je deplore aussi ceux qui furent posés injustement à mon égard et qui m’ont poussé, inévitablement, vers la guerre civile.

Je pus rentrer dans le royaume la teste haute, sans avoir perdu aucune de mes possessions, suite aux négociations de paix menées entre les deux royaumes de France et d’Espagne. Le Roy d’Espagne respecta notre traité qui disoit que les conditions de paix ne seroient point acceptées si j’en estois exclu. Je ne le fus point et je pus rentrer dignement en France.

Malgré ces conditions, la confiance de Sa Majesté fut plus difficile à regagner et cela prit quelques années. Cependant, le Roy sait reconnoistre la valeur des gens qui l’entourent et il ne me tint point rigueur trop longtems de mes actions passées.

Voilà, Mademoiselle, un très court resumé des evenements qui se veut aussi une response à vos questions. N’hésitez point à m’escrire de nouveau sur ce sujet si vous souhaitez d’autres éclaircissements, cela me fait grand plaisir de respondre à vos questions et à celles de vos contemporains.

Vostre devoué,

Louis de Bourbon