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Nerwen
écrit à

La Belle au Bois Dormant

Lettre d'une conteuse à la Belle


   


Chère Belle,
 
J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur de cette familiarité, mais je vous connais si bien qu'il m'est difficile de vous donner du «princesse» ou même du «madame». J'imagine un soupçon de curiosité sur votre visage, et même un brin de contrariété peut-être. «Comment», direz-vous à la lecture de cette missive, «mais qui est donc cette inconnue qui prétend si bien me connaître, alors que je sais rien d'elle?»

Laissez-moi éclairer votre lanterne et, s'il vous plaît ainsi, je veux bien revenir à plus de respect et utiliser votre titre, à défaut de votre prénom qui nous est inconnu.

Je vous ai donc connue, princesse, bien avant que Walt Disney ne donne de vous cette image de pâlotte et maigrichonne blonde. Vous étiez une fille de seize ans, dans tout l'éclat de sa jeunesse, un rien casse-cou, un peu fouineuse pour aller dénicher tout en haut du donjon, «un petit galetas, où une bonne vieille était seule à filer sa quenouille». C'est du moins telle que je vous imaginais quand ma grand-mère me racontait votre histoire, qu'elle puisait dans un vieux recueil, illustré des gravures de Gustave Doré. Plus tard, c'est moi qui ai racontée, à des générations et des générations d'enfants aux yeux émerveillés, suspendus à mes lèvres quand je les faisais pénétrer dans votre pays enchanté d'une simple formule magique «Il était une fois...»
 
Je me suis battue, princesse, contre votre image de dessin animé, pour amener mes jeunes auditeurs à imaginer LEUR propre Belle. Et je lisais: «On donna pour marraines à la petite princesse toutes les fées qu'on pût trouver dans le pays (il s'en trouva sept), afin que chacune d'elles lui faisant un don, comme c'était la coutume des fées en ce temps-là, la princesse eût par ce moyen toutes les perfections imaginables». J'ai souvent d'ailleurs préféré la version des frères Grimm, plus «soft» pour de jeunes enfants, à celle de Perrault, où vos démêlés avec votre belle-mère tiennent plutôt du grand Guignol que du conte de fées. Mais Perrault écrivait pour des adultes qui, elles, appréciaient sûrement la fin!  Vous continuez d'ailleurs à intéresser le septième art: après Walt Disney, voici, maintenant que Tim Burton songe à mettre votre histoire en scène, avec une idée pour le moins originale: elle serait racontée du point de vue de la sorcière. Alors j'ai envie de vous poser cette question: aimeriez-vous que le prince ait, pour vous, les traits de Johnny Depp?

J'espère que vous ne considérerez pas cette question comme par trop déplacée, et que vous daignerez y répondre.

Pour conclure, permettez-moi, princesse, de vous vous remercier pour tous les merveilleux moments que je vous dois.


Respectueusement,

Nerwen



Chère Nerwen,
 
Veuillez tout d'abord m'excuser pour cette réponse tardive.

Ne vous inquiétez pas, je suis au contraire rassurée de voir qu'il y a à votre époque quelques personnes qui possèdent certaines valeurs fondamentales comme le respect et la bienséance.

Si vous pouviez voir mon visage au fur et à mesure que je vous lis, vous verriez un sourire de ravissement et de reconnaissance à votre égard: je ne sais toujours pas qui est ce Walt Disney, mais il me semble que pour sa vie, il vaudrait mieux que nos chemins ne se rencontrent pas. Qui est cet homme qui ose réinventer ma vie? À travers les lettres que je reçois, je me rends compte qu'il entache mon honneur, et cela, je ne puis le permettre.

Alors rassurez-vous, chère damoiselle, votre missive ne peut que me procurer du plaisir.

Je ne connais pas de Sir Depp, mais j'aimerais que l'on me consulte avant de me jouer dans une pièce de théâtre.

Avant de terminer ma lettre, je veux que vous sachiez à quel point cela me fut agréable de vous lire et je souhaiterais réellement vous voir un jour à ma cour.


Je vous souhaite une agréable journée et espère avoir le plaisir de vous lire prochainement,

Princesse Belle au Bois Dormant
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