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Kadok
écrit à

Atalante


Gladiatrice, bras de fer et élimination physique des vaincus


   

Bonjour Atalante!

J'espère que vous vous sportez bien!

Voici quelques questions:

- Vous avez battu Pélée à la lutte et je vous en félicite. N'avez-vous pas été tentée par une carrière de gladiatrice?

- Une actrice et culturiste, Cory Everson, incarne dans quelques séries votre personnage. On la voit se livrer à des joutes de bras de fer et battre des costauds comme Hercule (!) dans cet exercice. Vous-même, avez-vous pratiqué ce sport, et puni quelques mâles qui auraient osé vous affronter?

- Les prétendants que vous battiez à la course devaient être tués, ce me semble, ce qui de la part des concurrents révélait une certaine forme de caractère. Comment procédiez-vous? À mains nues? À l'épée? Les malheureux pouvaient-ils se défendre? Certains en ont-ils réchappé?

Je pense connaître la réponse et ne cherche en rien à minimiser vos exploits ni vos capacités hors du commun. Mais ne vous est-il pas venu à l'esprit que Pélée vous a peut être laissé gagner par galanterie?

Bien cordialement et sportivement,

Kadok


Salut, ô Kadok!

Parmi mon peuple, il n’y a pas de gladiateur au sens où tu l’entends. Les hommes qui s’affrontent lors des jeux sont toujours les meilleurs guerriers disponibles et non des esclaves entraînés uniquement pour se battre. Nous organisons des jeux lors des fêtes et festivals, mais également lors des funérailles. C’est une vieille tradition qui date d’une époque où les luttes successorales se terminaient en bain de sang. Afin de conserver un certain ordre social et de mettre un terme aux fréquents massacres de très bons guerriers (il faut toujours penser à la défense de la cité), les rois ont instauré des rites funéraires où les biens d’un défunt étaient distribués aux gagnants de jeux officiels. De nos jours, l’héritage d’un homme va à la succession qu’il s’est choisi de son vivant, mais la tradition est demeurée vivante et nous organisons encore des jeux où des prix symboliques sont remis aux vainqueurs. Ces jeux consistent en différents tournois: lutte, pugilat, tir à l’arc et à la javeline, course à pied, course de chars, combat armé, lancer du poids et, aussi, chant et danse. Ce sont des moments de réjouissances, mais où la compétition est tout de même féroce. Surpasser tous les autres dans une discipline est un grand honneur.

Je ne connais pas le «bras de fer». Lorsque nous voulons savoir qui est le meilleur guerrier, nous nous battons, à grands coups de poings gantés de cuir, et si c’est un ennemi, à l’épée ou à la dague, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Pour ce qui est des concurrents qui ne sont pas parvenus à m’attraper, ils n’ont pas été mis à mort. Ils ont été repoussés, tout simplement. J’ai déjà entendu chanter un aède qui racontait que je coupais les têtes des perdants et les fixais sur des piques dans l’arène. C’est parfaitement absurde! Jamais je ne priverais un compatriote de sépulture. Un ennemi, oui, certainement, mais un homme de mon peuple, de ma race, ce serait un sacrilège pour lequel les dieux m’auraient punie, assurément.

Il m’a fallu beaucoup d’explications de la part des prêtres et prêtresses de Dialogus pour comprendre le terme «galanterie». À mon époque, la femme est loin d’être la suzeraine de l’homme. Elle est une conquête. Notre culture, notre imaginaire, nos rites religieux, notre ordre social, sont tous centrés sur l’homme et sa supériorité sur son entourage. Zeus, le plus puissant de nos dieux, est un violeur réputé et admiré pour ses ruses et violences à l’égard des femmes. Pélée n’a pas hésité à violer la Néréide Thétis, il n’aurait pas hésité à me rabattre l’orgueil, face première dans la poussière. J’ai gagné parce que j’étais plus forte que lui et ça l’a mortifié de honte. Dans son monde, les hommes possèdent une force physique supérieure à celle de la femme et moi, en venant pulvériser son petit stéréotype rassurant, je l’ai complètement déboussolé, le pauvre! Et ça, ce n’est rien! As-tu entendu parler de la chasse de Calydon? Sais-tu qu’une guerre a été déclenchée uniquement parce que j’avais remporté la peau du sanglier géant et que les autres chasseurs ne pouvaient pas supporter l’idée qu’une femme leur souffle le prix? Quoi qu’il en soit, je n’envie pas cette galanterie. Un respect d’égal me conviendrait davantage. Heureusement, les dieux ne sont pas tous des Zeus et les hommes ne sont pas tous des brutes. Mon époux est un homme merveilleux qui me traite comme une véritable compagne, pas une chose à conquérir. Je ne sais pas si les mentalités changeront un jour, mais j’ose espérer que la galanterie ne sera qu’une étape transitoire vers un véritable respect.

Que ta santé soit bonne et ton esprit éveillé!

Atalante


Chère Atalante,

Merci pour vos réponses franches et précises. Je me permets de vous citer : «Lorsque nous voulons savoir qui est le meilleur guerrier, nous nous battons, à grands coups de poings gantés de cuir, et si c’est un ennemi, à l’épée ou à la dague, jusqu’à ce que mort s’ensuive»... je me doute que vous avez dû estourbir moult ennemis d'un coup d'épée à la gorge, mais avez-vous affronté des hommes à poings gantés? Et l'avez-vous emporté? Quel spectacle cela a dû être que de voir une jeune femme prendre le dessus!

Les récits de vos exploits sont impressionnants. Mais le plus fascinant reste pour moi votre victoire à la lutte face à Pélée. Si vous décrivez très bien la terrible humiliation que cela fut pour votre adversaire, je trouve dommage de ne trouver aucun récit détaillé de ce combat. Pourriez-vous nous donner des détails sur la manière dont vous avez vaincu? Le combat fut-il une brève empoignade ou une longue lutte acharnée? Avez-vous gagné de justesse ou avec une grande facilité? Y a-t-il eu dialogue entre vous au cours de la lutte? Étiez-vous inquiète avant le combat, ou au contraire sûre de votre force? Le public était-il nombreux? Vous a-t-il encouragé ou, au contraire, souhaitait-il la victoire du mâle? Il me semble qu'un tel exploit mérite d'être narré par le menu!

Il me faut vous expliquer ce qu'est le sport dénommé «bras de fer». Il s'agit d'une joute où force et rapidité font merveille. Les adversaires sont assis face à face, le coude  posé sur une table; les adversaires s'empoignent et celui qui rabat la main de l'autre sur la table est déclaré vainqueur. C'est un jeu considéré comme «viril» mais des femmes s'y adonnent avec succès, et de grandes championnes n'hésitent pas à se mesurer aux hommes et à parfois les battre. Inutile de vous dire que si j'avais dû vous affronter dans une telle épreuve, je n'aurais pas fait le fier...

Kadok


Salut, ô Kadok!

Ce deuxième message de ta part m’a fait un grand plaisir. Sais-tu que c’est la première fois qu’un correspondant me demande des détails de ma victoire? C’était pendant les funérailles de Pélias, le roi d’Iolcos. Pour l’occasion, Acamas, le successeur de Pélias, avait organisé des jeux grandioses et les spectateurs étaient nombreux, venus de plusieurs royaumes. Parmi eux, et à ce moment-là je ne le savais pas encore, se trouvait mon père biologique, Iasos, roi d’Arcadie. Dès le début du combat, les assistants huèrent ma présence dans l’arène et les organisateurs m’obligèrent à revêtir un pagne pour dissimuler mon sexe. C’était parfaitement ridicule et, d’ailleurs, il ne resta pas en place bien longtemps. Cependant, aussitôt que j’eus, par quelques bonnes prises, prouvé ma valeur, j’entendis quelques cris d’encouragement, lancés à mon intention. La lutte ne fut ni brève ni longue mais intense, car tous deux, nous avions visiblement quelque chose à prouver. La prise finale, celle qui m’accorda la victoire, fut une initiative de Pélée. Il m’empoigna et me serra contre lui, déterminé à me renverser mais, agrippée à ses hanches, je le fis basculer d’un croc-en-jambe impitoyable. La puissance de mes jambes a toujours été ma grande force. Le public parut choqué, mais lorsque les dieux vous distinguent, les hommes s’inclinent. Ma victoire fut donc célébrée adéquatement et le prix ne me fut pas disputé.

Je n’aime pas beaucoup la boxe, mais je sais me défendre. Ce sont mes pères adoptifs qui m’ont appris à me battre et ce furent les premiers hommes que j’envoyai visiter le néant, d’un coup de poing en pleine figure! Plus jeune, lorsque j’étais une chasseresse sauvage et libre, je me suis souvent battue contre des hommes et des bêtes, pour le plaisir ou pour la vie. Une fois, j’ai été attaquée par deux centaures qui voulaient me violer. Ils n’ont pas eu le loisir de raconter leur défaite. Pour cela, il eut fallu qu’ils ramassent les morceaux de leurs carcasses dispersés sur la route.

Je crois fermement qu’il existe autant de femmes fortes que d’hommes forts, mais tandis que toute la société encourage les hommes à se surpasser, une femme doit triompher en dépit de tous les obstacles mis sur son chemin. C’est exténuant et beaucoup de femmes abandonnent par manque d’encouragement.

Si, un jour, nous nous rencontrons, cher ami, je te promets que nous nous affronterons au bras de fer. Et après, nous boirons un coup à la santé du vainqueur, et un autre à la santé du perdant!

Atalante


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