Séverin
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Aramis
Aramis

     
   

  Votre vie et vos exploits

   

Bonjour monsieur Aramis, chevalier d'Herblay,

J'ai l'immense honneur de pouvoir vous écrire par le biais de ce site providentiel qui s'appelle Dialogus!

Si je prends la plume ce soir, c'est pour vous faire part de mon admiration pour vos nombreux faits d'armes, vos multiples succès auprès de la gent féminine, votre élégance et votre raffinement. Vous êtes le plus spirituel des quatre mousquetaires (je parle de quatre mousquetaires puisque je compte d'Artagnan également)!

Un écrivain, Alexandre Dumas, à travers trois formidables ouvrages vous concernant -ainsi qu'Athos, Porthos et d'Artagnan- a conté vos nombreux faits d'armes, votre courage, votre intrépidité, votre fidélité au roi et à la reine, mais également vos aventures de cœur, domaine un peu plus intime. Or, selon lui, vous auriez eu une liaison avec une dame de la très haute noblesse, aussi belle que courageuse, aussi loyale envers vous que rebelle envers le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu, et finalement reniée par la reine qui fut naguère sa meilleure amie. Elle deviendra l'âme de la Fronde. Je veux parler de la très haute et très illustre Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, exilée par Louis XIII et qui se réfugiera d'ailleurs un moment en Lorraine afin de se mettre sous la protection du duc de Lorraine.

Alexandre Dumas nous a également raconté que le cardinal de Richelieu n'était pas aussi mauvais que la postérité voudrait bien le laisser croire. J'aimerais avoir votre avis sur la question. La grande Histoire l'a dépeint comme un tyran sanguinaire qui manipulait le roi, implacable envers ses ennemis (pour qui il choisissait soit l'échafaud, soit l'exil!), méchant, sournois et mesquin. En outre, il aurait aimé persécuter les petites gens, la reine et les personnes fidèles à cette dernière. Que pensez-vous de ce portrait peint au vitriol du Duc-Rouge?

Passez une excellente journée, monsieur Aramis, chevalier d'Herblay!


Avec toute mon admiration,

Séverin


Séverin,


Merci à vous pour votre missive. Y répondre aujourd’hui signe mon retour actif parmi les membres de Dialogus, même si je n’en étais pas vraiment parti.

Voici donc la raison de mon silence: je m’apprêtais  à embarquer à bord d’un galion espagnol qui me ramènerait en terre d’Europe. Mais, avant de quitter la mission et mes amis indiens, j’ai fait une ultime promenade à la lisière de la forêt, espérant apercevoir une dernière fois la fourrure tachetée de Tigrita, une femelle chat-tigre que j’étais le seul à pouvoir approcher. Je ne l’avais point aperçue depuis des jours. Elle vint à ma rencontre et me conduisit vers un arpent de broussailles où deux chatons l’attendaient. Auprès d’eux, quelques plumes subsistaient de leur dernier repas, une bague de cuivre et un message encore enserré dans son écrin. Les tigres avaient mangé un coursier de Dialogus. Voilà la raison de mon isolement! Peut-être l’ignoriez vous mais, où que je sois, les pigeons voyageurs me retrouvent toujours, c’est un vrai mystère, même au fond de la forêt vierge. Mais je ne m’étonne plus de rien car, après tout, quoi de plus inexplicable que de correspondre avec les gens du futur? Toujours est-il que mon amie chat-tigre me laissa approcher de sa tanière. Je pus ainsi découvrir plusieurs messages postérieurs à la dernière saison des pluies, tout ce qui restait d’autant de courageux messagers de Dialogus! Voilà donc pourquoi ce chat sauvage m’avait pris en amitié! Le temps de mon voyage de retour sera donc occupé à répondre à mon courrier en retard.

Donc, vous aussi, évoquez nos faits d’armes, nos succès auprès des dames et nos aventures du temps où nous étions mousquetaires? Je vois bien là la marque encore de ce monsieur Dumas. Son imagination féconde nous vaut à mes amis et moi d’être connus de vous. J’ose espérer que vous vous doutez un peu que tout ce qu’il a pu écrire n’est pas forcément vrai?

Enfin oui, ce qui est vrai c’est que nous avons fait la guerre pour Louis le Treizième, pour le Cardinal de Richelieu et son successeur Mazarin. Nous avons été les meilleurs amis du monde et avons tout partagé. Nous avons aimé, avons souffert et avons vu mourir beaucoup d’amis.

Aujourd’hui, je suis un homme d’église et tout cela me semble dater d’un autre temps, presque d’une autre vie. Mais je vais tout de même vous dire deux choses. La duchesse de Chevreuse était la plus belle femme du monde, libre et effrontée parfois, indifférente et amorale souvent. Je ne crois pas qu’elle ait tant pris de risque que cela. Le Cardinal ne faisait généralement pas exécuter les femmes. Le Cardinal de Richelieu était un homme habile, sa politique était vigoureuse mais sa constitution faible. Il envoyait ses ennemis au billot sans sourciller mais était capable de pleurer de rage et de faiblesse alors que tous le croyaient un roc. Il a cependant fait preuve de courage physique et moral et je crois que le royaume de France doit beaucoup à cet homme là. Il avait le sens de l’État. J’espère que l’histoire en tiendra compte car il faut savoir être juste et ne pas prendre les romans pour vérité historique.

Ai-je bien répondu à vos questions?

Je vous souhaite longue vie et de bonnes lectures.


Bien à vous,

Aramis