Mélanie
écrit à

   


Aramis

     
   

Votre personnalité

    Cher Aramis,

C’est pour moi un grand honneur que de vous écrire.
Votre vie est, à notre époque, fort romancée. Vous apparaissez comme le plus discret, mais à la fois le plus raffiné et le plus spirituel des mousquetaires. En est-il de même dans la réalité?
Je profite de cette lettre pour vous demander également comment vous avez rencontré messieurs Portos, Athos et d'Artagnan? Avec lequel d'entre eux avez-vous le plus d'affinités?
Enfin, votre but est de servir le Roi: quelle mission vous a le plus marqué?

En espérant recevoir votre réponse, je vous salue bien bas, messire.
Mélanie



Dame Mélanie,

Je vous remercie pour votre lettre et tous les compliments que vous m'y faites. Il est vrai qu'à l'opposé de mon ami Porthos qui aime les honneurs et occuper la meilleure place en société, je ne me suis jamais senti à l'aise dans les rôles de premier plan. J'ai toujours mieux aimé observer et écouter les autres plutôt que de parler pour tenter d'intéresser autrui à ma modeste personne. L'humanité est ainsi faite, qui voit le centre du monde se confondre avec sa chambre à coucher alors que le reste de l'univers tourne autour de son auguste maison! Mais lorsque vous écoutez les gens, vous finissez par mieux les connaître et vous savez avec un peu de temps comment les toucher, comment vous faire entendre. Parfois, vous rencontrez une belle âme et c'est le début d'une grande amitié. Parfois, vous ne rencontrez que des ambitions terre à terre dépourvues de toute grandeur. Vous souhaitez me connaître? Je ne suis pas sûr que vous me garderez tant d'estime quand vous me connaîtrez mieux. J'avoue que dans mon existence, je me suis parfois servi de cette sorte de gens pour parvenir à mes fins. Les cours d'Europe sont pleines de courtisans prêts à tout pour arriver à gagner quelques faveurs. Je n'avais pas le pouvoir de changer les règles du jeu, alors je m'en suis servi à mon compte. Ce sont souvent des femmes qui m'ont aidé. J'ai toujours eu des affinités avec celles qui ne s'intéressent pas qu'au pouvoir et à la gloire. Il faut savoir séduire l'esprit d'une femme pour gagner son amitié, et éventuellement plus... Cela va au-delà des jeux de séduction où chacun étale plumage et ramage! Mais ne me prenez pas non plus pour un dom Juan: je ne suis pas un homme de trahison, n'en déplaise aux détracteurs. J'ai gagné dans ma jeunesse, chez madame de Rambouillet, une réputation de poète qui n'était pas complètement usurpée (je me donnais beaucoup de mal!). On m'attribuait, il est vrai, un peu d'esprit. Mais tout cela n'était rien qu'un jeu. Je m'intéresse désormais bien plus aux âmes qu'aux jolis yeux des dames (convenez-en, quelle hypocrisie!).

Athos, Porthos et d'Artagnan! Je suis ravi que vous les connaissiez aussi. Il serait bien trop long de vous parler d'eux à travers une simple lettre, tant il y aurait à dire. Je puis cependant vous révéler qu'Athos était, de tous, celui qui m'était le plus proche. Nous nous connaissions depuis toujours. Nous avions un parent commun, et non le moindre: monsieur de Tréville en personne, qui était passé capitaine de la compagnie des mousquetaires du Roi. Nous sommes montés ensemble de notre Béarn natal à Paris pour nous engager comme mousquetaires chez notre cousin Tréville. Nous avions seize ans et nous étions devenus des frères. Nous le sommes restés jusqu'à la fin. Quant à Porthos et d'Artagnan, je les ai connus un peu plus tard, à Paris. Porthos était à la fois le meilleur ami de d'Artagnan et d'Athos. C'est pour Athos que Porthos a changé son nom de «Portau» en «Porthos». Avec lequel ai-je aujourd'hui le plus d'affinité? Porthos s'est retiré à Lanne près de chez moi et nous nous voyons souvent. Je vous l'ai dit, il était le meilleur ami d'Athos et le meilleur ami de d'Artagnan. Il est aussi mon meilleur ami.
D'Artagnan... Qu'il vous suffise de savoir que je l'aime et l'admire. Il a réussi ce que je n'ai pas su faire et je n'en suis pas contrarié, bien au contraire. Je me réjouis sincèrement de sa réussite et, me connaissant, c'est ainsi que je sais que j'aime !
Avec mes amis, j'ai vécu bien des missions pour le Roi et pour la Reine... Celle dont nous sommes le plus fiers ne s'est pas passée sur un champ de bataille. Nous avons un jour contribué à réconcilier le Roi et la Reine qui ne voulaient plus se parler, avec la complicité du cardinal de Richelieu et de mademoiselle de La Fayette (eh oui!). C'était la seule façon de neutraliser Gaston d'Orléans et de mettre un jour un point final à la guerre de Trente ans. Quand le cardinal a fini par comprendre cela (et je m'y suis employé), il a cessé d'être l'ennemi de la Reine. Si vous aviez vu la tête de monsieur frère du Roi quand Louis-Dieudonné est né...

Je doute qu'en votre temps vous ayez entendu parler de cela. Mais peu importe. J'espère ne pas vous avoir lassée, Dame Mélanie, avec mes souvenirs de jeunesse, et acceptez les respectueux hommages d'un vieux soldat...

Aramis