Marine Gavois
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Aramis
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  Le mariage du fils de votre ami d'Artagnan avec moi-même,Marine Gavois 

    Monseigneur,

Je me permets de vous envoyer cette missive, pour vous demander des renseignements à propos des cérémonies de mariage au XVIIe siècle. En effet, le fils de votre ami est mousquetaire, et moi je ne suis qu'une pauvre servante... Comment le mariage peut-il se dérouler, sachant que nous venons de deux mondes bien différents?

De plus, que se passe-t-il lors de ces fêtes? Comment se déroule la cérémonie, et une fête succède-t-elle à l'union devant Dieu?

N'étant pas vraiment renseignée sur le sujet, je vous demande de m'aider, Monseigneur, pour que je puisse enfin comprendre tout cela, pour que le mariage se déroule à merveille...

Merci de me répondre, votre aide me sera précieuse pour que ma connaissance des mariages du XVIIe siècle soit à son paroxysme...

Marine Gavois



Demoiselle,

Quelle idée vous êtes-vous mise en tête d’épouser un mousquetaire? Pour qu’un tel mariage puisse avoir lieu, il faudrait que les époux puissent recevoir le sacrement, que ce mariage demeure ensuite valable et ne puisse être dissout, que les consentements soient échangés devant Dieu et devant témoins alors que les anneaux sont échangés, mais comment cela se pourrait-il si la famille n’y consent pas? Quelle fête nuptiale (c’est en effet l’usage) pourrait-il y avoir sans le consentement de la famille? Avez-vous seulement une dot qui pourrait compenser votre condition? Quel contrat pourrait bien passer un notaire pour un tel mariage?

Voilà que je vous accable de questions, mais celle que vous me posez là n’est pas facile. Vous êtes simple servante et prétendez épouser l’un des fils du comte d’Artagnan. Or l’un d’entre eux héritera des biens de ses parents et ne pourra épouser une roturière. L’autre ne pourra se marier car son destin est de faire carrière dans les armes, comme le fait tout cadet sans fortune.

Je vois plusieurs empêchements à un tel mariage, qui ne vous permettrait de toutes façons pas d’échapper à votre condition, dût-il être contracté en secret. Mieux vaut se marier en secret que de vivre dans le péché, certes, mais les enfants ainsi conçus n’auront pas de nom.

Pardon, jeune fille, si je ne vous laisse aucun espoir, mais je ne vois pas qu’une telle chose soit possible, à moins que le fils de mon ami soit prêt à renoncer à sa condition pour épouser la vôtre. D’Artagnan a aimé jadis une femme de rang modeste qu’il a eu la douleur de perdre bien vite, mais jamais il n’en aurait fait autre chose que sa maîtresse, même si elle n’avait pas déjà été mariée (eh oui, d’Artagnan a toujours eu sa morale personnelle).

Ces paroles ne sont sûrement pas celles que vous attendiez: j’en suis désolé. À l’heure où je vous écris, je pense aux fils de mon ami qui ne sont encore que des enfants. Si vous devez aimer un jour l’un d’entre eux, aimez-le de loin. Je sais qu’un tel sentiment ne saurait être contraint, mais gardez vos sentiments pour vous. Ne vous compromettez pas et protégez-vous si vous le pouvez encore.

Je vous salue bien, jeune fille. Et souvenez-vous qu’un meunier ou un épicier est un bien meilleur parti pour qui veut fonder une famille et garder près de soi un mari aimant et fidèle.

Aramis