Marine Berton
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Aramis
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  En savoir plus sur vos guerres

   
Bonjour,

Je suis une élève de 4e. Je voudrais vous poser quelques questions. Pensez-vous que vous allez mourir à la guerre? Avez-vous fait beaucoup de guerres? Lesquelles? Combien en avez-vous gagné? Combien en avez-vous perdu?

Cordialement,

Marine


Demoiselle,

Que de questions en si peu de mots! Le moyen de vous répondre sans devenir fâcheux ou ennuyeux? Je crois que je me tiendrai à l'ordre que vous avez pris, en essayant de ne pas être trop long. Les gens de votre siècle sont si directs et tellement concis dans leur prose que je ne sais si je saurai faire de même.

Je vous dirai donc que je ne crains pas de mourir à la guerre, pour la bonne raison qu'à l'heure où je vous écris, j'ai cessé d'être soldat. Ma casaque est au clou depuis longtemps et si je meurs demain, ce sera à la grâce de Dieu comme il l'aura voulu.

Oui, j'ai connu beaucoup de guerres, et depuis mon jeune âge, j'ai grandi avec les récits des exploits guerriers de mon grand-père et de mon père, qui avaient combattu auprès du futur roi Henri IV et du jeune Louis XIII. Mon destin était tout tracé. À seize ans, je fus admis parmi les cadets et je fis mes premières armes en Lorraine. L'été 1633 j'étais au siège de Nancy, ville qui était au duc de Bourgogne. Les armées du roi l'ont vaincue. Pour ma part, j'ai appris dès cette époque que la maladie tue bien plus de soldats que les mousquets.

J'ai poursuivi ma formation militaire avec les cadets, et fréquenté quelques mousquetaires, dont d'Artagnan. En 1636, j'étais assez aguerri pour me lancer avec les troupes du comte de Soissons au secours de Corbie. Nous avons gagné quelques batailles et assiégé cette place pendant des mois. Enfin, la ville est tombée et là aussi, la maladie et la faim firent plus de ravages encore que la poudre. Mais Paris était sauvée. N'était cette victoire, les Espagnols auraient pris Paris et le destin de la France en eût été changé.

Ensuite, la guerre n'a jamais cessé. Comme si l'ennemi espagnol ne suffisait pas, le peuple s'est révolté. Alors que mon régiment se rendait dans le Sud, il a fallu mater des révoltes de croquants poussés par la faim. Sur le front du Sud, l'ennemi mieux armé que ces malheureux nous attendait. Il y eut des victoires et des défaites, comme à Fontarabie.

En 1639, j'ai regagné le Nord et l'année suivante j'étais au siège d'Arras, comme mousquetaire du roi, enfin! Il y eut beaucoup de morts et de blessés, mais le siège d'Arras fut une victoire, ma première en tant que mousquetaire.

En 1642, j'étais à nouveau dans le Sud, en Catalogne. Nous avons pris Perpignan et Salses aux Espagnols. La campagne suivante, celle de 1643, eut lieu à nouveau dans le Nord. J'étais à Rocroi avec les armées du duc d'Enghien. Là aussi, une victoire... Il faut dire que la cavalerie espagnole nous a facilité la tâche. Au final, ce fut la plus triste victoire qu'il soit, car nous pleurions la mort de notre roi.

Mais je vois que je parle encore trop. Il me faut donc finir cet inventaire guerrier. J'ai encore combattu les années suivantes en Allemagne, dans l'armée de Condé. Mais il faut que je vous dise que depuis 1646, les mousquetaires avaient été dissous. Plus rien n'était comme avant. Il était temps pour moi de rentrer au pays.

J'espère avoir satisfait votre demande, Mademoiselle, ce fut un plaisir du moins de tenter de le faire.

Votre serviteur,

Aramis
16 juin 1670