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Aramis

     
   

À une personne qui m'est chère

    Très cher Aramis,

C'est un peu sensible et bizarre pour moi de vous écrire, car d'ici peu de temps nous allons nous rencontrer... Oh, peut-être que vous ne vous en rendrez même pas compte, ou peut-être qu'un peu quand même et ce serait tellement un grand moment pour moi.

Je vous explique brièvement la situation: avant que vous me preniez pour un fou, et demandiez que je sois jeté dans un des cachots les plus profonds de la Bastille.

Nous allons, en notre temps, raconter votre histoire sur scène. Votre histoire ainsi que celle de vos trois amis, la rencontre de Felton, la venue de cette Milady... Retrouver Bazin, Mousqueton et Grimaud... Enfin déjouer de nouveau les plans de Richelieu, combattre férocement les gardes du Cardinal et avant tout sauver la Reine, la belle Anne d'Autriche.

Et vous devez certainement mieux me saisir à présent. Oui c'est vous que j'interpréterai... Et cela me touche particulièrement. D'une part, car je me suis souvent senti proche de vous, de votre époque, que je suis un combattant, j'aime l'escrime, mais j'aime surtout l'honneur, l'amitié, et donc l'amour. Mais c'est aussi votre être à part entière dont je me sens plus le proche, et de toute façon je n'aurais pu jouer aucun autre personnage dans cette aventure, si ce n'est ce «terrible» Buckingham...

J'aimerais pouvoir correspondre avec vous pendant toute cette période, pouvoir vous dire ce que je ressens aux longs de ces répétitions, que vous puissiez m'aiguiller sur votre personnalité. Bien entendu nous serons proches de ce que monsieur Dumas a écrit sur vous, mais il est bien naturel que nous soyons plus proches de la fiction que d'une certaine vérité~: les acteurs ne sont-ils pas là pour distraire le peuple! Et quel bonheur...

J'espère pouvoir vous lire bientôt.

Votre ami

Pieryk



Cher Pieryck

J'ai pris connaissance de votre missive avec un grand plaisir. Depuis que mes pigeons voyageurs ont trouvé le chemin de Dialogus, j'espérais nouer une vraie correspondance avec un de ces êtres du futur. Mais aucun à ce jour n'est revenu vers moi pour engager un dialogue, comme le nom de Dialogus le suggérait. Vous me demandez si nous pouvons correspondre ensemble tandis que vous montez une pièce de théâtre? Bien sûr que oui, et n'hésitez pas à me solliciter, je serai heureux de vous aider s'il m'est donné de le faire.

Pour ne rien vous cacher, je suis très flatté qu'il se crée une pièce sur nous, si longtemps après l'époque où nous vivons. Que savez-vous de nous? Comment percevez-vous la vie, la mort, l'amour, l'amitié en votre temps? Est-ce si différent qu'en notre XVIIe siècle ? Rien de ce que l'on m'a écrit jusqu'à ce jour ne m'informe vraiment sur l'esprit de mes correspondants, et c'est pourtant cela qui m'intéresse le plus. Des siècles nous séparent mais nos esprits peuvent se rencontrer.

Non je ne vous prends pas pour un fou. Quand j'ai découvert que des lettres du futur tombaient du ciel, j'ai pu croire que c'était moi qui l'était, fou à lier, possédé par le démon de l'imagination débridée. Mais à présent je sais qu'il n'en est rien. Il n'est rien dans ce monde qui ne puisse s'expliquer un jour, avec l'aide de Dieu.

Vous parlez de m'interpréter pour distraire le peuple, vous allez mettre en scène notre histoire secrète? Fichtre, comme vous y allez! J'avoue que je suis curieux de savoir sous quel angle vous allez le faire. Apparemment, vous êtes déjà bien renseigné par ce Monsieur Dumas. Vous évoquez même Milady... Aujourd'hui encore, quand je pense à Milady, mon coeur se glace.

Vous dites que vous vous sentez proche de moi ? Vous êtes un combattant qui aime l'escrime, et surtout l'honneur, l'amitié, l'amour. Ce ne sont pas que des mots pour moi. C'est toute ma vie.

Mon frère comédien, je serais bien aise que vous m'écriviez. Je n'ai jamais joué la comédie (heu... ou de manière très privée, en tout cas pas sur une scène) mais votre expérience m'intéresse. Pour commencer, dites-moi où vous en êtes de votre pièce, est-elle écrite ? Avez-vous commencé les répétitions ? Où la pièce sera-t-elle jouée? Sera-ce en le Royaume de France? Pour le peuple de Paris? Ailleurs dans votre monde? Savez-vous ce que dit Molière lorsqu'on lui parle des relations des comédiens avec le public? Il dit que sur scène, c'est tous pour un et un pour tous... J'ai senti mon coeur battre un peu plus vite le jour où je l'ai entendu dire cela. Et vous?

Au plaisir de vous lire, Monsieur Pieryck, Je suis votre serviteur.

Aramis