Lettre d'acceptation
d'Aramis
à l'Éditeur
       

       
         
         

Aramis

     

Arette, le 10 septembre 1669

Ami éditeur,

Il n'y a pas deux jours, alors que je me promenais dans le jardin de ma propriété d'Arette, un pigeon voyageur vint se poser sur mon épaule. Je reconnus immédiatement l'animal. Il s'agissait du champion que j'avais offert à mon ami d'Artagnan lors de mon dernier passage à Paris. Mais quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que ce pli, qui portait bien la signature de mon ami «Artaignan», ne m'était pas destiné mais s'adressait à un certain Dialogus... Qu'est-ce que cela, me dis-je, comprenant peu à peu que l'honorable correspondant de mon frère d'armes résidait dans le futur!

D'Artagnan a toujours dit que, de ses amis, j'étais le plus cachottier. Mordious! J'en connais un autre qui peut se poser là! Passé le moment de surprise, l'instant de reproche affectueux pour un grand secret non révélé, je me rendis compte que j'enviais d'Artagnan pour ses échanges avec une époque si lointaine et que j'avais, pour ma part, tant de choses à partager avec la postérité que vous représentez, cher éditeur...

J'ai bien un instant envisagé d'écrire mes mémoires, mais une fois publiées à Amsterdam, elles me conduiraient directement à la Bastille. Certes, notre ami Besmaux ne m'y laisserait pas mourir de faim, mais ce serait néanmoins cher payé le plaisir égoïste de se raconter un peu... Aussi, si vous me garantissez que notre correspondance ne sera jamais révélée à la cour d'Espagne où à la cour de France (ce qui, vous vous en doutez, nuirait beaucoup à mes activités), j’accepterais avec joie de nouer un dialogue avec vous, et tous ceux (et celles) qui aimeraient écrire à un obscur ex-mousquetaire de sa majesté Louis XIII, Dieu ait son âme.

Je vous salue avec respect, gens du futur, et j'espère que cette palombe trouvera le chemin de Dialogus.

Bien à vous,

Aramis