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Jules
écrit à

Achille


Votre évidente faiblesse


   

Cher Achille,

J'imagine que, derrière votre insolence et votre courage de façade, se cache une peur bleue du changement. Je dois vous informer qu'avec votre lance et votre armement de bronze, vous ne pourriez même pas tenir une heure face à l'armée du Luxembourg. Même si vous veniez avec tous les hoplites de votre royaume.

Invoquez la colère des dieux sur moi si vous le voulez; malheureusement, tous leurs temples sont désertés.

Malgré mes reproches, j'admire grandement votre courage et vos exploits durant la guerre de Troie.

Bisous bisous,

Jules


Salut, Jules!

Je n’ai pas l’intention d’invoquer la colère des dieux sur toi. Tu es probablement un jeune homme et ton patriotisme envers ta cité est tout à fait naturel. Tu crois en la suprématie de ton peuple, comme presque tous les hommes de cette terre. J’avais aussi cette conviction profonde, il y a dix ans. Maintenant, je ne suis plus bien certain de mon camp. Les abus du roi que j’ai juré de soutenir me dégoûtent et ses mauvaises décisions ont mené mon meilleur ami à la mort. Cependant, ma terre natale me semble encore le plus bel endroit du monde et je comprends parfaitement cet attachement envers tes compatriotes et le sol qui t’a vu naître.

Lorsque j’ai rencontré le roi de Troie, Priam, j’ai ressenti à son égard beaucoup plus de considération que pour Agamemnon, mon généralissime, et cette constatation m’a bouleversé. Je voudrais tomber sous le coup des lances troyennes, je les voudrais vainqueurs et moi sous terre, au royaume des morts. J’attends celui ou celle qui saura me terrasser.

Peur du changement? Je le voudrais bien. Ma vie ne fut qu’une suite de métamorphoses douloureuses et soudaines. Chaque fois que je m’habituais à un nouvel état, que je trouvais du réconfort auprès de ceux que j’aimais, on m’arrachait à cette existence pour me plonger dans la confusion d’une destinée différente. Si bien qu’aujourd’hui, je ne sais même plus qui je suis. Heureusement, je sais que j’aime Patrocle et que mon désir le plus cher est de le rejoindre aux Enfers. Plus rien d’autre ne m’importe.

Que ta santé soit bonne, Jules, et ta maison prospère!

Achille



Cher Achille,

Il y a eu mésinterprétation: je ne suis pas né au Luxembourg, je voulais en réalité vous railler car ce pays est fort petit et peu puissant militairement. Je me rends compte, au vu de votre réponse, que j'ai eu tort de vouloir tourner en dérision le grand héros que vous êtes.

Je vous souhaite de retrouver Patrocle chez Hadès et vous remercie pour votre prompte et compréhensive réponse envers le jeune insolent que je suis.

Bien à vous,

Jules


Il n’y a pas de mal, Jules.

Mes Myrmidons ne sont pas nombreux, deux mille cinq cents guerriers tout au plus, mais ils sont vaillants et ne tournent jamais le dos à l’ennemi. Cependant, face à un adversaire aussi déterminé qu’eux, qui sait quelle tournure prendrait le combat? Ils sont mortels et peuvent donc être vaincus.

Je ne suis pas un grand héros. La gloire me suit comme une ombre fidèle mais elle est le reflet de mes victoires militaires et ne dit rien de mon cœur. Ma renommée est une manigance de devin destinée à gonfler la confiance des soldats et je me suis prêté au jeu comme un imbécile, croyant y trouver un sentiment d’accomplissement. Tu imagines mon amertume lorsque j’ai compris que je travaillais pour mon malheur.

Garde ton insolence et ta légèreté! Ce sont des dons inestimables qui, une fois perdus, laissent un goût de cendre dans la bouche.

Achille

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