Athéna
écrit à

   


Achille

     
   

Vision cauchemardesque du futur

    Ô divin Achille, mon ami,

J'ai été prévenue il y a peu que des technologies mortelles nouvelles permettaient de correspondre avec les mortels du futur. Quelle immense surprise j'ai eu en voyant ton nom ainsi que celui de la divine Aphrodite parmi les autres personnalités présentes.

J'ai pris la liberté de lire certaines de tes missives et suis enchantée de voir que jamais tu ne changeras. Comment se passe donc la bataille contre Troie? Où en êtes-vous? Comment va Patrocle?

Pourquoi te poser cette question puisque je suis sensée le savoir. Par contre je te préviens, moi, Athéna, que je me mettrais dans une immense fureur si, lorsque vous vous emparerez de Troie et ferez régner la terreur dans l'enceinte de la Cité, les Grecs aient l'audace infâme de me provoquer en saccageant les temples de vos dieux, surtout les miens. N'oublie pas que j'ai choisi le camp des Grecs et je prendrais cela comme une offense s'il y a non respect de mon temple et de ses prêtres.

Aussi, fais très attention à la colère d'Apollon, farouche défenseur de la cité de l'illustre Priam, il s'agit là d'un conseil, car jamais je ne me confronterais à lui, j'ai trop de respect. Il me tarde également de voir ton combat certain contre Hector au casque scintillant, car il est forcé d'avoir lieu tant votre bravoure et votre courage sont presque égaux. De mon côté, je surveille de très près Arès, qui désire se lancer dans la bataille pour ses propres jouissances de sang et de mort. Qu'il prenne garde! Athéna saura faire la leçon à un imbécile qui ne sait pas se battre. Pardonne cet instant d'emportement, mais je n'apprécie guère ce frère indigne.

Moi qui ai une vision du monde futur, je t'avoue qu'immense était ma surprise en apprenant que la liberté des femmes, encore loin d'être égale à celle des hommes, a beaucoup évoluée. Je suis agréablement surprise - ce qui n'est pas au goût d'Arès, qui, si Aphrodite avait le tempérament des femmes d'aujourd'hui, se serait «pris une belle gifle» si je puis utiliser ces propos dits «modernes». Je ne sais cependant comment prendre ce nouveau monde si ce n'est que moi-même me sens un peu perdue devant l'insolence de ces mortels qui n'ont plus aucune croyance. On voit que nous restons à jamais dans les mythes, mais cela me désole affreusement de voir mon Acropole se désagréger, car c'est ce qui se passe. Mon magnifique Parthénon est en ruine, ainsi que tous mes autres temples. Il s'agit là d'un spectacle désolant et même affligeant. La cité de Delphe d'Apollon a presque quasiment disparu. Ceci est la triste vérité. Nous, Dieux éternels, sommes-nous toujours présents dans ce nouveau monde? Bien sûr, c'est comme ça que je peux te rapporter ces visions destructrice de l'Antique Grèce. J'ai vu le peuple romain usurper le nom des Olympiens pour faire leurs propres dieux. Ainsi ont-ils volé notre architecture et ont-ils formé un grand empire malencontreusement tombé en déchéance.

Ainsi, sur ces derniers mots, je te laisse la parole, je serai enchantée de lire ta réponse.

Au nom de la Raison, de la Guerre, de la Paix, des Arts et de la Cité.

Athéna

   
Ô Athéna aux yeux de chouette, divine fille de Zeus porte égide!

Tes mots ailés me laissent confus. Je ne comprends pas tout ce que tu me racontes, mais surtout, pourquoi n'être pas descendue à mon côté pour m'adresser tes conseils? Il y a peu de temps, tu te tenais derrière moi, retenant ma fureur d'éclater et m'ordonnant de remettre mon épée dans son fourreau. Maintenant, tu m'adresses une tablette d'argile? Agirais-tu à l'insu de ta divine mère, la Dame d'Argos?

Je suis bien triste d'apprendre ainsi que tout ce que je connais et aime s'écroulera. Des ruines, me dis-tu? Delphes où il y a quelques années encore je consultais la Pythie? Impossible! Ces cités ne peuvent disparaître comme tu l'annonces!

Peut-être n'es-tu qu'un songe pernicieux qui cherche à abattre mon moral?

Achille n'est pas celui que tu crois! Comment oses-tu penser que je pourrais saccager des temples? N'ai-je pas toujours suivi la volonté des dieux, même lorsque mon coeur en était irrité? N'ai-je pas toujours démontré que je suis le digne fils d'une déesse?

Je n'ai peur de rien et ne crains rien, noble fille du haut tonnant! Pas plus d'Apollon que d'Arès. Je suis prêt à affronter mon destin, Hector, tous les guerriers troyens et leurs alliés si cela est nécessaire.

Aie un peu confiance en moi.

Achille