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Éloïse
écrit à


Achille


Ton implication dans la guerre de Troie


 

Cher Achille,

Mon scribe, bien que rapide, va sûrement mettre des semaines à te faire parvenir mon message.

Mais la curiosité est mon plus grand défaut, et je voulais te poser une question qui m'accapare l'esprit: que recherchais-tu exactement en t'impliquant dans la guerre de Troie?

Merci de me répondre,
       
Éloïse


Achille te salue, ô Éloïse à la belle ceinture!

Je présume que tu es une fille de noble famille. Tu possèdes ton propre scribe et tu as suffisamment de temps libre pour t'intéresser à mes exploits et même t'en retourner l'esprit! Je suis heureux de te répondre et de mettre ainsi un terme à ton tourment.

Lorsque l'aventure vers Troie m'a été proposée par le roi Ulysse, je venais de passer deux années à Skyros, sous les traits d'une jeune fille. J'avais quatorze ans et je désirais plus que tout prouver ma vaillance et ma force et faire ma gloire. Après deux ans à filer parmi les vierges, à devoir me comporter comme une jeune fille de bonne famille, à être obligé de me dissimuler pour seulement nager dans la baie ou courir sur la montagne, je ne rêvais que d'une chose: montrer au monde entier que je n'étais pas Pyrrha la vierge, mais bien Achille l'Éacide. Une énergie débordante me gonflait la poitrine et Ulysse l'avait bien compris. Cet homme n'est pas un fou et il savait qu'il ne me manquait qu'une occasion pour quitter ce déguisement ridicule et prendre ma place parmi les hommes.

Troie, c'était la chance de faire briller mon nom et de m'enrichir. Troie était mon rêve de petit garçon. Avant même que j'aie eu l'âge de suivre un entraînement quelconque, je désirais déjà devenir un grand conquérant et soumettre une riche cité d'Asie. Je ne pouvais pas refuser et c’est ainsi que je suis devenu l’amiral de la plus imposante flotte qui ait jamais navigué sur les flots poissonneux de l’Égée.

Voilà ce que je cherchais et que j’ai trouvé en guerroyant la Sainte Ilion. Je la guerroie toujours et outre la gloire, elle m’a aussi offert la mort et la désolation. Tu me diras peut-être que c’est ce qui arrive quand on oriente sa vie sur une décision prise à cinq ans, mais je crois fermement que le guerrier en moi n’aurait jamais pu se laisser convaincre d’être un berger ou un fermier, tu comprends? C’est ma vie et ainsi je la vis.

J'espère, ô Éloïse, que ma réponse te satisfait et qu'elle arrivera auprès de toi rapidement. Je confierai ce message à ma mère, qui ne manquera pas d'être infiniment plus prompte que n'importe quel autre messager.

Achille

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