Bertrand
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Achille
Achille

     
   

Siegfried

   

Achille, je te salue,

Connais-tu l'histoire de Siegfried le Niebelungen, rendu quasi invincible après un bain dans le sang d'un dragon qu'il a vaillamment occis? Malheur à Haargen, le lâche qui eut recours à la ruse et à la tromperie pour le faire périr en plantant une lance perfide là où une feuille avait fait une brèche dans son indestructibilité.

Il me semble que ta volonté te porte vers une glorieuse mort de combattant. Mais as-tu envisagé que tu pourrais rejoindre le royaume d'Hadès par le fait d'un pleutre? Car, glorieux Achille, qui pourrait te battre lors d'un duel loyal ? Ta force paraît n'avoir d'égale que ta résistance et ton adresse, alors qui saurait te terrasser? Hercule? Hector? Penses-tu que tu pourrais connaître la défaite face à l'un d'entre eux, ou face à l'un des nombreux guerriers qui habitent ce monde ou d'autres contrées? N'est il pas terrible d'évoquer le fait que tu es peut-être, et -je me permets de le penser sûrement- l'être le plus fort de tous les temps?

Respectueusement,

Bertrand


Salut à toi, Bertrand!

J'aime ta manière de m'aborder. Tu es franc et sûr de toi. Je lis beaucoup de vaillance chez toi, et d'intelligence aussi.

Je ne connaissais pas l'histoire de Siegfried le Niebelungen. Ses aventures me semblent passionnantes!

Tu sais, bien des hommes de ton peuple m'ont laissé entendre que le couard Alexandre m'enverrait dans l'Hadès à l'aide d'une seule flèche. Cette idée me rebute et je m'accroche à l'espoir qu'une mort plus glorieuse couronnera ma vie. Cependant, comme tu le dis, ma quasi invulnérabilité ne me permettra peut-être pas de périr des faits d'un grand guerrier. Si tel est le cas, je me soumettrai à ma destinée.

Pourtant, c'est aussi possible pour un guerrier valeureux de mourir dans un combat loyal. Connais-tu l'histoire du prince Cycnus qui nous attaqua quelque temps après notre arrivée en Troade, pendant les funérailles de Protésilas? Il était réputé invulnérable aux coups. Je n'y croyais pas, mais je fus forcé de constater que sa renommée n'était pas fausse; j'avais beau lancer contre sa poitrine le bronze aigu de ma lance, je ne pouvais percer sa peau. Fier et arrogant, Cycnus arracha son armure et me présenta sa peau blanche. Mon épée ne pouvait pas déchirer cette peau, et tandis que je tentais de trouver une brèche, il m'assénait de bons coups et faisait couler mon sang. C'est alors que j'ai eu une idée. Je me suis précipité sur lui, à mains nues, et je l'ai étranglé. Sa peau avait beau être aussi résistante que l'or, il avait quand même besoin de respirer. Cycnus, malgré son invulnérabilité, a fait la gloire d'un grand guerrier, moi, et non celle d'un cœur de cerf.

Hector mourra de ma main, tu peux en être certain. Les chiens et les vautours se partageront sa carcasse! Qu'il pourrisse loin des larmes de ceux qui l'aiment, le chien, lui qui a osé prendre la vie du divin Patrocle!

Quant à Héraclès, c'est mon héros d'enfance et jamais je n'oserais me comparer à lui!

Que les dieux te soient favorables!

Achille



Salut Achille,

Merci, tes compliments me vont droit au cœur, et mieux vaut des compliments que ta lance!

L'histoire de ton affrontement avec Cycnus m'était inconnue, mais elle est passionnante et démontre que ta force ne t'empêche nullement d'avoir un esprit habile.

Il me faut aussi te remercier des connaissances dont tu m'as fait profiter quant aux multiples noms que les hommes donnent à Hercule. En effet, j'ignorais qu'il portait aussi le nom d'Héraclès. Mes connaissances de mortel sont encore bien fragiles! Quoi qu'il en soit, le fait que, malgré ta grandeur, tu puisses admirer quelqu'un, est le signe d'une humilité qui sert ta distinction.

Puisses-tu être un modèle pour nombre d'entre nous, Achille!

Bertrand



Salut, ô Bertrand!

Je crois que beaucoup de tes contemporains voient en moi uniquement un guerrier. Ils oublient que je suis avant tout un homme et que ma vie est bien plus que ces quelques années passées en Phrygie, que mon bras est capable de bien plus que de ces coups mortels que je distribue, que de ma bouche s'est échappé autre chose que des cris de guerre. Si j'excelle aux travaux d'Arès, cela ne signifie pas que je suis inexistant dans les autres domaines.

D'ailleurs, savais-tu que je peux filer la laine, broder et danser comme une femme? Je suis persuadé que peu de guerriers peuvent se vanter de connaître la vie comme je la connais. J'ai reçu l'éducation d'un guerrier sur le mont Pélion auprès du plus grand maître qui soit et j'ai également été éduqué en tant que vierge sur Scyros, apprenant tout ce qu'une jeune femme vouée à un mariage princier doit savoir. Non seulement je sais tout cela, mais je n'en rougis pas et ne cherche pas à dissimuler cet épisode de ma vie, car il fait partie de ce que je suis. Je suis un tout, à l'instar de tous les hommes.

J'ai admiré Héraclès, certes, mais j'ai admiré bien d'autres héros également. Mon père, l'Éacide Pélée, fut un grand guerrier et les histoires de ses aventures ont peuplé mon enfance. Peut-être en connais-tu certaines? Il a participé, entre autres, à la célèbre chasse de Calydon et à l'expédition des Argonautes. Mon univers a toujours été peuplé de grands hommes et c'est ce qui me pousse à être meilleur, à surpasser tous les autres, à glorifier mon nom et ma famille. Si je n'avais jamais admiré qui que ce soit, je crois que je serais encore cet enfant arrogant.

Puisses-tu faire de même et te surpasser! Je t'y encourage. Je perçois en toi la fibre authentique du héros.

Achille



Salut Achille,

Effectivement, à l'instar de la plupart des hommes de mon peuple, la seule facette que je percevais de toi était celle de l'estimable guerrier. Ainsi ta culture et tes connaissances me semblent passionnantes, mais je dois admettre qu'elle font naître une question nouvelle: n'as-tu aucun regret quant aux multiples vies que tu aurais pu mener? Un homme qui ne sait que chanter n'aura d'autre choix qu'être barde, une femme qui ne sait que faire jouer son corps deviendra danseuse sans hésitation. Mais toi qui connais tant de choses, comment as-tu fait le choix de t'engager sur le sentier de la guerre qui, si je ne m'abuse, constitue le plus gros de ton activité? Peut être que la question ne s'est pas posée, peut être est-ce le vent du destin qui t'a poussé là où tu es.

Pélée me semble être un immense héros, même si je méconnais ses aventures. Aurons-nous un jour l'honneur de nous adresser à lui grâce au miracle Dialogus?

Pour finir, je me permettrai d'évoquer Patrocle: je ne connais rien de lui. Était-il un guerrier? Mourir au combat était-il une volonté de sa part, comme elle l'est pour toi? Il aurait, selon les dires, usé de ton apparence pour affronter Hector, qu'en est-il? Quoi qu'il en soit, s'il a effectivement fait cela, sa soif de combat et de gloire est admirable.

Gloire à toi, Achille.



Salut, ô ami!

C'est trop simple, beaucoup trop simple de réduire une vie entière à un seul talent, fût-il grandiose. D'ailleurs, je ne me suis pas que satisfait des travaux d'Arès.

J'ai passé les huit ou neuf premières années de ma vie à Phthia, la cité de mon père, en Thessalie. Là, j'ai mené la vie d'un fils de seigneur. J'ai reçu une bonne éducation et j'ai profité de tous les plaisirs qu'offrait le palais de mon père: les banquets, les parties de chasse, les visiteurs venus de loin, nobles ou pas.

J'ai adoré cette vie et c'est bien à regret que je l'ai quittée pour me rendre sur le mont Pélion, où m'attendait mon nouveau maître, le grand Chiron. C'était un honneur d'être éduqué par le célèbre centaure, mais j'aurais préféré rester à Phthia en compagnie de ma famille et de mon cher Patrocle. Sur le Pélion, j'ai connu une vie rudimentaire et extrêmement exigeante. C'est là que j'ai développé toutes mes capacités. Les graines qui sommeillaient en moi, Chiron les a réveillées. De lui, j'ai appris à devenir un être supérieur aux autres. Je me suis perfectionné dans l'art du combat, mais également dans la musique, la médecine, l'astronomie, la chasse et tant d'autres leçons murmurées devant un feu, que je ne peux résumer pour toi.

C'est sur le Pélion que j'ai aussi fait la connaissance des autres Centaures, des êtres très primitifs et sauvages, avec qui je me suis lié d'amitié. Avec eux, j'ai vécu une tout autre vie, laissant tous mes instincts prendre le dessus. Je ne suis pas fier des mois passés en leur compagnie à piller les campagnes, incendier les fermes, boire du vin et raconter des histoires impossibles, mais je ne peux pas dire que je regrette non plus.

Ensuite, il y a eut les nymphes du Pélion et ça, ça ne se raconte pas. C'est là que ma divine mère a mis un terme à mes folies, m'éloignant à tout jamais du Pélion où je venais de passer les deux années les plus intenses de toute ma vie.

Cependant, Alexandre le Phrygien avait depuis longtemps enlevé Hélène de Sparte et sa renommée avait fait de lui un pilleur de cité et un voleur de femmes des deux côtés de la mer Égée. Des ententes de toutes sortes avaient eu lieu entre tous les grands princes afin de détruire Troie et de s'approprier ses richesses et une grande armée s'assemblait. Un oracle avait révélé que Troie ne serait jamais prise sans moi et Agamemnon me faisait rechercher. De tout cela, je ne savais rien. Ma mère se tint bien de me le révéler. Elle me dit seulement que ma vie était en danger et que je devais me cacher pour un temps.

C'est sur l'île de Skyros que j'ai passé les quelques années qui me séparaient de la guerre de Troie. À Skyros, on m'appelait Pyrrha et j'étais considéré comme étant la sœur d'Achille. Je fus placé parmi les vierges et dus agir comme elles. Tu peux imaginer le choc après la vie de débauche que je venais de mener sur le mont Pélion! D'autant plus que les mœurs concernant les femmes étaient beaucoup plus sévères à Skyros qu'elles l'étaient à Phthia. C'est là que j'ai découvert que plus les hommes tentent de se faire maître, moins ils le sont.

Tout cela pour te dire que je ne me suis pas contenté de la guerre. Regarde un peu tous les genres de vie que j'ai menés! Et c'est sans raconter toutes mes aventures en Asie pendant les neuf dernières années!

Je crois qu'il est impossible d'être une seule chose. Un chanteur sait faire autre chose d'admirable assurément. Toi-même tu dois posséder de nombreuses et diverses qualités!

Mon père sur Dialogus? J'adorerais, peut-être ainsi aurais-je plus souvent de ses nouvelles!

Patrocle… Patrocle était un être fantastique. C'était un noble, un vaillant guerrier, un merveilleux joueur de lyre, un divin chanteur, un habile chasseur, un danseur hors pair, un ami excellent, un conseiller avisé et tant d'autres choses encore! Sa mort est une tragédie. Les Troyens, favorisés par Zeus, avaient détruit et dépassé le mur du camp et s'avançaient dans la première rangée des vaisseaux. Plusieurs grands princes étaient blessés et les troupes reculaient sans cesse. Bientôt le navire de Protésilas prit feu et menaça le doux retour. Je ne voulais pas combattre, et il fut décidé que Patrocle, vêtu de mes armes pour tromper les Troyens, mènerait les Myrmidons au combat et repousserait les ennemis. Ce qu'il fit, brillamment, mais il ne revint jamais auprès de moi, car il fut dompté par Hector. 

Voilà, je ne peux écrire davantage pour cette nuit. L'aube ne tardera pas à s'étendre sur la voûte étoilée et une autre journée de combats m'attend, une journée qui, je le crois, fera ma gloire.

Achille



Salut Achille,

Ta vie est décidément aussi riche que complexe, mais tu sembles assumer chacun de ses aspects, et cela sert ta grandeur.

Comment se déroulent les combats? Penses-tu que ton peuple vaincra les Troyens par la force? Le recours à la ruse est-il envisageable pour toi sur le chemin de la gloire? Ton ami Ulysse -ou tout du moins compatriote, car j'ignore tout de vos affinités- semble exceller dans l'art de la ruse et il brille davantage par la force de son esprit que par celle de son corps. Qu'en penses-tu?

Comment prépares-tu ton affrontement avec Hector? En plus de la vengeance qui te porte vers ce combat, ressens-tu de l'excitation à l'idée d'affronter un guerrier renommé et craint par de nombreux soldats?

L'existence d'une armure particulièrement puissante, forgée par Héphaïstos à la demande de ta mère Thétis, m'a été évoquée. Qu'en est-il, la possèdes-tu? En quoi saurait-elle servir ta force?

Enfin, tes parents -et particulièrement ta mère qui semble très soucieuse de participer à ta protection- sont-ils présents dans ton cœur et dans ton esprit au moment des guerres? Cette question m'importe car, bien que je ne vive pas dans un climat de guerre, je me passionne pour l'art et la pratique du combat, notamment par le biais d'enseignements venus des pays du soleil levant. De ce fait, j'ai cru comprendre que la technique et la force brute, aussi exponentielles soient-elles, ne suffisent pas à faire un grand homme. Ta victoire sur Cycnus en est d'ailleurs l'illustration parfaite!

Merci, Achille, pour l'attention que tu porteras à mes mots, et j'espère que tu sauras pardonner mon appétit de savoir et ces très nombreuses questions.

À ta gloire!

Bertrand



Ami,

Tes messages sont un délassement pour moi et je t'interdis formellement de t'en excuser. Tu es franc et sans prétention, mon amitié t'est tout naturellement acquise.

Parlons combat puisque ton cœur le désire et que le mien y consent avec joie. Ainsi, tu n'as pas l'occasion de t'illustrer aux travaux d'Arès, c'est dommage. Il me semble incroyable qu'un jeune homme ne puisse rejoindre l'armée d'un puissant souverain. Un monde sans guerre? Je serais étonné de voir ça.

La guerre est comme l'amour, elle change tout le temps. Il faut savoir s'adapter à chaque situation et être pleinement conscient de son environnement. Je me rappelle que Chiron me bandait les yeux et que je devais éviter les lances et flèches qu'il me lançait, seulement en écoutant leurs sifflements alors qu'elles filaient vers moi.

Ulysse connaît les ruses et je ne dédaigne pas ce talent, seulement, je trouve que parfois son ingéniosité va trop loin; elle le déshonore dans un certains sens. Mais ne te méprends pas sur son compte, il est vaillant et courageux; il n'y a pas une goutte de couardise en lui.

Je ne sais si nous vaincrons les Troyens, mais je le crois. Une chose est certaine: nous avons prouvé, nous, les princes d'Hellade, que nous pouvions unir nos efforts et faire tomber de grandes cités. Malgré nos dissensions, nos discordes, notre individualisme, nous avons su combiner notre puissance et faire front tous ensemble.

Je ne désire rien de plus que de combattre Hector en combat singulier. Je ne me prépare pas, je deviens fou à attendre ce moment! Il est peut-être craint des troupes, mais sa grande frayeur à lui, c'est moi; je suis son cauchemar. Il le sait et il aura beau fuir, il ne pourra m'échapper.

Mon armure est effectivement particulière. Lorsque Patrocle est mort, mes armes lui ont été arrachées. Ma mère m'a remis celles que je possède présentement, fabriquées par le dieu du feu. Ce sont des armes indestructibles, faites de bronze, d'étain, d'argent et d'or. Il n'en existe pas de meilleures au monde. J'ai un bouclier rond magnifique, une cuirasse brillante, un casque et des jambarts. Comment ces armes servent-elles ma force? Elles me protègent des blessures fatales, bien sûr. Dans la mêlée, je reçois de nombreux coups; de quoi aurais-je l'air si je me promenais nu au milieu du bronze aigu? Je serais percé de toutes parts en un instant.

Bien sûr que mes parents sont dans mon cœur! En m'illustrant, j'honore mon père et mes ancêtres et il n'existe pas de plus belle preuve d'amour.

Pour s'illustrer, il faut de la vaillance, de la force, de l'intelligence, de bons réflexes, de l'assurance, un esprit offensif et avant toute chose, l'appui des dieux. Voilà pourquoi un bon guerrier qui négligerait les dieux ne pourrait être glorieux au regard des hommes.

Que les dieux t'accompagnent!
Achille



Salut ami,

Quel plaisir de te lire et d'apprendre.

Un monde sans guerre, certes non. La guerre change, et il me semble aujourd'hui qu'elle est plus perfide que par le passé. Tous les hommes d'une nation ne se battent pas. Être guerrier, ou plutôt soldat comme on le dit de nos jours, est un métier: certains travaillent le bois, d'autres le fer, et d'autres la guerre.

L'issue des affrontements ne repose plus sur l'habileté physique et mentale des hommes, ceux-ci ne se battent plus sur la terre de leurs pères, l'abreuvant du sang de l'ennemi. Les soldats détruisent en projetant des missiles (que je pourrais te décrire comme d'immenses boules de feu!) à des milliers de kilomètres, et les pays les plus riches sont bien souvent les vainqueurs, alors même que leurs habitants passent parfois plus de temps à geindre qu'à œuvrer pour l'avenir de leurs fils.

Les corps s'affrontent dans le cadre de sports, ou de jeux: les gladiateurs modernes se battent sans armes, dans des cages ou sur des rings, parfois pour de l'argent, mais le plus souvent pour se prouver qu'ils peuvent faire face à la violence de l'autre... et à la leur. La mort n'est pas donnée à l'issue des combats, et le respect règne généralement entre les hommes qui osent entrer dans l'arène.

Ainsi les temps changent, les enjeux et la forme de la guerre évolue, mais sa présence, son omniprésence montre bien qu'elle coule dans notre sang.

Je te félicite de ta victoire sur Hector, même si elle ne constituait évidemment pas une surprise. Dans mon monde, le traitement de la dépouille d'une personne n'affecte en rien l'élévation de son âme, mais j'ai cru comprendre que ta souffrance te pousse à prolonger la défaite de ton ennemi au-delà de son trépas. Sais-tu qu'Hector craignait moins la mort que l'idée d'être haï de toi pour ce qu'il considérait comme un malentendu? Quoi qu'il en soit, encore une fois tu as vaincu, bravo, une pierre vient de s'ajouter à l'édifice de ta grandeur et elle ne manquera pas d'inspirer mon chemin.

À ta gloire.



Salutations, ô ami!

Quel bonheur de recevoir de tes nouvelles! J'aurais voulu que tu puisses participer aux jeux en l'honneur de Patrocle, mais ai-je tort de croire que cela est impossible?

Ici aussi être soldat est un métier. À la saison de la guerre, les hommes délaissent leurs champs, ou leur atelier, et s'engagent pour quelque temps. Il existe aussi des guerriers qui se consacrent uniquement à la guerre, sans parler de tous les mercenaires venus des quatre coins du monde.

Je suis désolé d'apprendre que les affrontements se font à distance. Tu sais, vous pourriez profiter de cette faiblesse et tenter une attaque directe, elle pourrait s'avérer victorieuse puisque l'ennemi ne s'y attend pas. Je dis cela, mais je ne sais même pas si ton royaume est en guerre, ni si tu souhaites te joindre à une armée.

Pour ce qui est des jeux, nous avons les mêmes. Nous luttons à mains nues jusqu'à ce qu'un des opposants soit à terre, et non mort! Nous faisons des concours de tir à l'arc, des courses de char, courses à pied, combats armés, etc... Et aucun d'eux ne va jusqu'à la mort, à moins d'un accident, ce qui arrive fréquemment lors des courses de chars, mais cela est infortuné!

Ces jeux ont toujours lieu, soit en l'honneur des dieux, soit en l'honneur d'un défunt ou d'un vivant victorieux. Le respect règne aussi entre nous, c'est un devoir sacré et une preuve de supériorité morale. Les vainqueurs remportent des prix superbes et la renommée. Tout cela ne me semble pas bien différent de la description que tu m'as faite de vos jeux.

Pour ce qui est d'Hector, mes sentiments sont troubles. Je suis heureux de l'avoir dompté, mais je croyais que cette victoire sur le meurtrier de Patrocle apaiserait ma souffrance et ce n'est pas le cas. Je me sens même plus désespéré que jamais et chaque fois que j'aperçois le cadavre d'Hector, je suis envahi par une haine incontrôlable. Je voudrais qu'il revienne à la vie pour pouvoir le transpercer à nouveau de ma lance. C'est absurde, je le sais, mais je ne peux rien y faire. Hector m'a supplié avant son dernier souffle de rendre son corps aux Troyens, mais le chien avait pourtant voulu priver Patrocle d'une sépulture et nos amis ont dû combattre férocement pour ramener sa dépouille à mon vaisseau. Hector le perçait de son épée, cherchait à le mutiler, à le décapiter même! Ce même Hector que je traîne toutes les nuits autour du tertre du tombeau de mon bien-aimé et ce n'est que justice!

Pardonne-moi mon emportement, je crois que j'ai trop bu de vin et que j'ai bénéficié de trop peu de sommeil.

Achille



Salut ami,

Que le monde est complexe! L'homme peut se lier d'amitié avec une personne qu'il ne pourra jamais rencontrer physiquement, mais il peut être contraint de côtoyer, chaque jour, des semblables qu'il exècre.

Je regrette fort de n'avoir pu me rendre aux festivités de ta victoire. Que le monde est complexe.

L'homme peut atteindre son objectif, celui qui, selon son cœur, lui apportera tout ce dont il a besoin, mais bien souvent il réalise alors qu'il n'a obtenu aucune satisfaction.

Selon une histoire qui réside en ma mémoire mais dont j'ignore la provenance, un homme se plaisait à contempler la lune le soir venu, assis sur un banc de bois. Un jour il quitte famille et amis pour voler jusqu'à l'astre lunaire. Mais, arrivé là haut, pris par le froid et la solitude, il réalise que ce qu'il désire le plus au monde n'est autre que... son banc de bois qu'il retrouvait chaque soir.

Pardonne la naïveté de ce récit, mais je peux imaginer ta douleur: ta victoire flamboyante et la mort d'Hector n'ont nullement entamé le chagrin qu'engendra la mort de Patrocle. Du plus, peut être ces morts successives te donnent-elles, parfois, l'impression de n'être qu'un pion sur l'échiquier des dirigeants.

Ma nation est en conflit, mais je ne souhaite pas m'engager dans les combats. Peut être en serait-il autrement si les affrontements avaient lieu sur nos terres. Mais aujourd'hui les guerres sont motivées par l'argent. Cette «valeur», si j'ose dire, surpasse la fraternité, le respect et la liberté dans les cœurs des puissants. Il est si difficile de défendre ses principes quand chaque acte peut avoir des conséquences qui dépassent notre volonté. Que ce monde est complexe!

Merci de tes mots, Achille, je te souhaite le bonheur, tôt ou tard.

Bertrand




Salut, ô ami!

Tu sembles triste, tes mots cachent mal ta morosité. J'espère que ce n'est pas moi qui t'enlève ta joie de vivre avec mes lamentations.

Ton récit n'est ni naïf, ni inutile. Je la ressens cette émotion que tu évoques. Je voudrais tant être de retour à Phthia avec Patrocle! Revivre nos années de liberté et de bonheur. Je voulais conquérir des royaumes, je voulais que mon nom soit chanté et il l'est, mais que ne donnerais-je pas pour retrouver ce que je possédais alors, et qui valait tellement plus que toutes ces richesses!

Tu as raison, ce monde est complexe. Je ne serai pas fâché lorsque la mort pourpre m'emportera. Ce sera un moindre mal.

Puisses-tu profiter de ta vie et ne pas chercher hors de chez toi une gloire futile!

Ton ami,

Achille



Salut ami,

La morosité qui a pu transpirer de mes mots n'était que passagère. La conscience aiguë du malheur qui touche de trop nombreuses personnes est comme une lame à double tranchant: mes idées s'assombrissent à l'évocation de la souffrance d'autrui mais, par là même, je goûte avec encore plus de délectation le confort dont je jouis.

Si tes lamentations me touchent, je conserve un regard confiant sur ton destin, et je sais que, un jour ou l'autre, tu regarderas, paisible, les épreuves du présent en profitant de ce qui se révèlera essentiel pour toi. Toi, dont les multiples facettes de la personnalité participent à ta richesse.

Sincèrement.



Ô Bertrand!

Ton amitié et tes mots me touchent plus que tu ne pourrais le croire. Je t'en suis reconnaissant.

Des guerriers éthiopiens ont été aperçus en route vers Troie, et à leur tête, le légendaire roi Memnon, fils d'Éos. Je prédis que l'affrontement sera sanglant et je suis même impatient de me mesurer à leur champion.

J'aimerais que tu sois ici avec moi. Le jour, je t'aiderais à remporter ta part de gloire et le soir, tu m'aiderais à retrouver un peu de ma sérénité. Ne serait-ce pas fantastique?

Achille



Salut Achille,

Avoir l'honneur de combattre à tes côtés serait un privilège merveilleux, et avoir la possibilité d'apporter mon soutien à un héros tel que toi serait fantastique. Ta victoire sur Memnon et son champion me paraît évidente: quand bien même arriverait-il à animer les colosses de son palais, ce roi ne saurait altérer la moindre parcelle de ton être.

Le danger pourrait cependant venir d'autre part. Si tu n'as, je pense, rien à craindre des Éthiopiens, je sais que les Amazones vont entrer dans la bataille. A moins que ce ne soit déjà fait. Ces guerrières sont menées par Penthésilée. Connais-tu ce nom? Une femme qui se dresse contre des hommes. Une telle personnalité ne peut être que signe de grandeur, et je crains qu'elle ne sache t'atteindre autrement que par les armes. Alors, s'il te plaît, redouble de prudence.

Enfin, j'ai appris que ton bouclier, outre son incroyable résistance, portait, de par les représentations qui l'ornent, le secret de l'alternative à la guerre. Saurais-tu m'en dire plus?

À ta gloire, Achille.

Ton ami.



Salut, ô ami!

Tu dis vrai, je pense, car des rumeurs veulent que les Amazones, ayant appris la mort d'Hector, soient à proximité de Troie. Elles viennent prêter main-forte à Priam, ainsi que le fait Memnon et son armée. Les derniers alliés d'Ilion se pressent vers ses murs, la guerre touche à sa fin, et la victoire est encore incertaine.

Phœnix m'apprend que Penthésilée est reine des Amazones, mais il ne sait rien de ce danger mystérieux que tu évoques du bout des lèvres. Je voudrais te demander si elle sera responsable de ma mort, mais je ne sais pas si je veux réellement connaître la réponse. Quoi qu'il en soit, je ne ressentirai aucune honte à être tué par une femme, si elle est une vaillante guerrière. Et si c'est ce genre de mort qui fait se gausser les hommes de demain, eh bien, c'est qu'ils n'auront rien compris. La supériorité n'a pas de sexe.

Je redoublerai de prudence pour toi, ami, mais toi, n'oublie pas que je suis mortel et que ma destinée est de périr ici. Un jour viendra où les hérauts annonceront mon décès. Contre cela, contre l'inflexible Hadès, nous devons tous nous incliner.

Mon bouclier ne représente pas une alternative à la guerre, il offre une image globale du monde. Si une des cités illustrées est en paix, l'autre est en guerre. Mon bouclier représente la balance. Pour chaque débat, il existe une embuscade, pour chaque chœur joyeux, d'autres périssent sauvagement, pour chaque mariage, une vengeance du sang. Chaque scène trouve sa contrepartie, encerclée par le puissant océan. Ce monde, notre monde, n'est pas une alternative, ô Bertrand, c'est ce que nous sommes au plus profond de nous. Nier cette réalité entrave et déforme la vérité, et rien n'est plus dangereux.

Que ta santé soit bonne!

Achille



Salut ami,

Tes paroles sont sages et je me sens fier que des hommes tels que toi jalonnent l'histoire de notre espèce. En effet, tes actes de bravoure t'honorent, mais tu es porteur d'un passé, d'une histoire que certains pourraient cacher ou renier. Tu assumes chacun des pas qui fondent ton chemin et, pour cela, tu es un grand nom de l'humanité.

Mon temps est compté durant ces jours. Pendant que la guerre fait rage dans certaines parties du monde, je savoure le plaisir, l'honneur et le privilège de devenir père. Ma fille, qui se prénomme Anthéa (un prénom dont l'origine, j'en suis certain, ne t'échappera pas), est une source indéfinissable de bonheur. En ces instants de joie, mon esprit et mon âme paraissent bien étroits pour espérer contenir toutes ces émotions qui me submergent.

Cependant, l'idée même que quelqu'un puisse l'importuner fait frémir en moi un être de colère et de violence, cette pulsion fondamentale de vie qui pousse parfois à la destruction de ses semblables. L'amour ne serait-t-il pas un des piliers de la guerre?

Toi qui as, il me semble, au moins un enfant, te bats-tu pour la chair de ta chair? Peux-tu apporter tes lumières sur ce débordement de sentiments?

Pour terminer sur des propos moins plaisants, je me permets de te poser une question: as-tu eu l'occasion de croiser le fer des Amazones qui rejoignaient le combat aux dernières nouvelles?

Que les dieux te gardent.



Ami,

Tu me combles de joie en m'annonçant la naissance de ton enfant. J'espère que ton excellente petite fleur t'apportera d'innombrables moments de joie éclatante. Reçois toutes mes félicitations.

Je me rappelle comme s'il s'agissait d'hier du jour où j'ai appris que je serai père et le jour où je le devins. Je n'ai que très peu connu mon fils, mais il me remplissait de bonheur et de fierté. Je donnerais ma vie pour le défendre, lui et sa mère. Ils sont le feu sacré de ma demeure.

Je crois en effet que l'amour est un des piliers de la guerre. Il y aura toujours sur terre des hommes corrompus, des bandits, des meurtriers et des tyrans mal intentionnés. Contre eux, nous ne pouvons parfois que faire appel à notre force, car si certains hommes sont sensibles à la raison, d'autres y sont malheureusement imperméables. Vouloir protéger nos aimés contre ces maux est naturel et bon. Ainsi sont nées de grandes et belles cités, ainsi se sont épanouies des générations d'enfants rieurs. Être le meilleur, surpasser les autres, c'est savoir qu'une fois le pouvoir entre nos mains, nous en ferons un usage irréprochable, nous l'utiliserons pour le bien de notre communauté, nous la ferons s'élever.

Nul ne peut dire où se trouvent exactement les Amazones. Certains disent qu'elles se sont embarquées en Thrace et foncent sur nous dans de rapides navires de guerre et d'autres prétendent qu'elles marchent plutôt sur nous en provenance de la Phrygie de l'est. Je ne peux trouver aucune information crédible à ce sujet. Si seulement nous possédions un système de communication aussi perfectionné que celui qu'utilisent les prêtres de Dialogus! Pour ce qui est de l'armée de Memnon, beaucoup plus visible, elle traverse présentement la Lydie et ces informations-là, je les tiens de source sûre.

Pour l'instant, nous sommes en trêve avec les Troyens. Les jeux en l'honneur de Patrocle ne sont pas encore terminés et le corps d'Hector traîne toujours dans ma baraque. Je ne suis pas prêt à m'en séparer, ma douleur est encore trop vive. Sa carcasse appartiendra aux chiens et aux oiseaux lorsque j'en aurai fini avec lui.

Ce soir même je sacrifierai aux dieux de beaux moutons et des porcs luisants de graisse en l'honneur de la naissance de ton enfant. À ce banquet je convierai les grands princes et chacun aura pour ta petite princesse un vœu favorable à sa félicité.

Que les dieux te soient bénéfiques, admirable compagnon!

Achille



Salut à toi, mon ami,

Puisses-tu me pardonner d'avoir laissé tant de temps s'écouler avant de t'écrire à nouveau! Malheureusement, je suis parfois de ces hommes qui remettent au lendemain ce quoi doit être fait dans l'instant. Il me faut aussi préciser que, pour des raisons indépendantes de ma volonté, mes messages auront un point de départ différent pour te parvenir. Mais il est probable que, pour les êtres de Dialogus, cela n'est qu'un point de détail.

Mon statut de père me comble et je remercie le ciel de pouvoir profiter de cette vie sans avoir à subir la guerre, la faim ou la maladie.

Qu'en est-il des Troyens? Il est certainement difficile, pour vous, d'obtenir des informations. De nos jours, la connaissance est une source plutôt accessible, mais il faut croire que l'homme ne tend, en général, pas vers cette source. Peut être est-il limité par son appétit, peut être est-il saturé, débordé, peut être a-t-il peur de son ignorance? Ne dit-on pas que, plus nous apprenons de choses, plus nous prenons conscience de l'immensité de ce qui nous est inconnu?

Quoi qu'il en soit, je sais que le traitement de la dépouille d'Hector est un point important pour vos deux peuples, et j'imagine que, dans ton cœur, la tristesse et la colère se frottent à ton sens de la justice, du devoir et de l'honneur.

L'honneur me questionne aujourd'hui. Il est un peuple qui existera bien après toi et, parmi ces gens, se trouveront des guerriers que l'on appelle samouraïs. Ceux-ci, au fil de l'histoire, seront serviteurs de l'empereur ou bien plus indépendants, parfois même assimilés à des mercenaires. Leurs affrontements pouvaient avoir lieu lors de batailles rangées, au cours desquelles la mort faisait largement son office. Mais ils se battaient aussi en duel pour laver un affront ou tout simplement pour prouver leur efficacité au combat. Les armes qu'ils utilisaient, les katanas, étaient des sabres aux allures d'œuvres d'art exceptionnellement tranchants. Les combats, qui duraient rarement plus de quelques secondes tant le fil de leurs lames était mortel, se soldaient presque systématiquement par la fin de la vie d'un des deux combattants.

Il est trois niveaux de combat pour le samouraï: celui-ci peut riposter après avoir bloqué ou esquivé une attaque. Par la suite, quand ses compétences le lui permettent, il peut frapper son adversaire pendant ou avant même son attaque, cela peut s'apparenter à de l'anticipation. Enfin, et là repose ma question, le dernier niveau de maîtrise consiste à obtenir la victoire sans combattre.

Selon l'adage: cent victoires en cent combats ne démontrent pas la vraie force. La vraie force se démontre par la victoire sans combat. Il n'était donc pas rare qu'un combattant, touché par l'aura de son adversaire, sa confiance en soi, sa supériorité incontestable, renonce au combat. Cela n'a, dans le code des samouraïs, rien de dévalorisant, rien de déshonorant.

Que penses-tu de cette façon de considérer le combat, de cette capacité à reconnaître la force d'un ennemi?

Déjà les minutes sont parties et il me faut à présent te souhaiter l'attention des dieux.

À bientôt, Achille,

Bertrand



Achille te salue, ô Siegfried!

Je te pardonne ton silence. Je dois reconnaître que je peine moi-même à répondre aux messages que je reçois. Ma tête et mon cœur sont accaparés entièrement par mes tourments. Tu sais, je t’envie. Je voudrais retrouver cette époque bénie où je découvrais les joies simples de la paternité. Comme il est loin maintenant ce temps! Nos espions racontent que les Troyens cherchent un moyen de récupérer le corps de leur prince, Hector. Les devins prétendent que les dieux favorisent leurs intentions. Mais qui pourrait me convaincre de rendre sa dépouille? Qui pourrait se présenter devant moi et affirmer que son chagrin est aussi grand que le mien?

Avant de mourir, Patrocle a supplié Hector de ne pas déshonorer sa dépouille et Hector a refusé, cherchant plutôt à séparer sa tête de son corps et à la planter sur une pique. Seule la vaillance de nos compagnons ont permis à Patrocle de ne pas finir sous les crocs des chiens. Maintenant que le cadavre d’Hector est en ma possession, je me venge et le prive de ce dont il voulait lui-même priver mon bien-aimé.

Je reconnais cette sorte de valeur que tu évoques. J’ai moi-même remporté de nombreuses victoires simplement parce que mes adversaires reconnaissaient ma supériorité et se livraient à ma volonté. C’est ainsi que je me suis fait maître de plusieurs cités, leurs portes s’ouvrant devant moi sans que j’aie à les enfoncer. Cependant, jamais je n’ai refusé le combat car aucun homme, fils de mortel ou d’immortel, ne m’a inspiré la reddition. Après tout, je suis ce fils qu’a craint d’enfanter Zeus le tonnant.

Que tes jours soient heureux et ton bonheur complet!

Achille 





Salut, ô Achille,

Qu'ils sont vifs pour se faufiler entre nos doigts, ces grains de sable que sont les minutes et les heures... Qu'en est-il de la guerre de Troie?

Le corps d'Hector est-il toujours à tes côtés? Je sais que ton chagrin est grand, mais il me paraît impensable que ton âme soit aussi inaltérable que ne l'est ton corps. Ainsi, n'as-tu pas songé à la peine de sa famille, son père, sa mère, sa femme, son enfant ou même son frère, le peu vaillant Pâris? Ceux-ci ne pleurent-ils pas un être cher et un guerrier qui a brillé par sa bravoure et son talent?

Certes, il n'a pas porté la moindre ombre sur ta légende (qui le pourrait?) et j'imagine que, à aucun moment de votre affrontement, tu n'as douté de ta victoire, mais je m'interroge: ta route a-t-elle déjà croisé celle d'un guerrier meilleur que lui? Je n'ignore pas que Patrocle était redoutable mais, de nos jours, les récits dépeignent Hector comme un soldat puissant, craint et respecté par de nombreux combattants.

Que les dieux guident ton glaive et tes choix, ami,

Bertrand



Salut, ami!

Tu te trompes si tu crois que je ne reconnais pas la grandeur d'Hector. Ma gloire aurait-elle été aussi grande s’il n’avait pas été un guerrier redoutable? Une prophétie disait qu’un seul homme pourrait dompter le prince au casque scintillant, le protecteur d’Ilion. La prophétie ne mentait pas, Hector était un adversaire redoutable et pendant dix années, nul ne sut le vaincre. Je suis celui qui parvint à le faire tomber, mais, comme dit mon bon vieux petit père, aurais-je eu la volonté de le tuer s’il ne m’avait pas tout d’abord privé de ce qui comptait le plus à mes yeux? Seuls les dieux connaissent la réponse à cette question.

Apprends également que j’ai rendu le corps de'ector à sa famille. Le vieux Priam a su m’émouvoir et disons que ses arguments et une rançon digne de mon ami ont su faire flancher ma détermination à voir pourrir le cadavre du meurtrier de Patrocle. Alors, tu vois, je sais me comporter honorablement et je leur ai même accordé onze jours de trêve. Pour ce qui est de leur douleur, je compatis sincèrement, mais j’ai mes propres douleurs à considérer; n’en est-il pas ainsi pour chacun, chaque vie ne comporte-t-elle pas sa dose de fardeaux, d’infortunes et de pleurs?

Pour ce qui est de Pâris, ce couard cœur de cerf, je lui souhaite de mourir d’une fièvre dans son lit. Il ne mérite pas une mort plus honorable!

Que les dieux te soient favorables et ta maison prospère!

Achille